Environnement

Non, le noyau terrestre ne s’est pas mis à tourner à l’envers

Image d'illustration.

© Getty images

24 janv. 2023 à 16:54Temps de lecture3 min
Par Romane Bonnemé

Contrairement à ce que plusieurs sites d’information, dont la RTBF, ont diffusé le 23 janvier, le noyau terrestre n’a pas commencé à tourner dans le sens inverse de la surface du globe.

En moins de 24 heures, l’information a fait le tour de la Terre : "Le noyau terrestre pourrait s’être mis à tourner à l’envers, selon une étude".

A l’image de ce titre de la RTBF, bon nombre de médias étrangers – tels que le quotidien espagnol El Pais ou le français Libération - ont repris une information initialement publiée par l’Agence France Presse (AFP) ce 23 janvier 2023.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes se sont aussi empressés de partager cette information, à commencer par des comptes, considérés comme "complotistes", en insistant notamment sur les effets terribles d’un tel phénomène :

"Il est indéniable qu’il se passe quelque chose de très grave au centre de la Terre qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques en surface. Il ne nous reste plus qu’à vivre comme les anciennes civilisations turques : dans des villes souterraines !" écrit par exemple cette Twitto qui compte plus de 25.000 abonnés.

Sauf que cette information, ainsi que les conséquences qui en découlent, est à mille lieues de la réalité : le sens de rotation du noyau de la Terre n’a pas changé.

Que dit l’étude en question ?

L’étude d’où découlent ces nombreuses réactions a été publiée le 23 janvier 2023 dans la revue Nature. Dans le résumé de cette étude, on lit que ces deux auteurs ont mené des recherches sur "la rotation différentielle du noyau interne de la Terre par rapport au manteau".

En d’autres termes, pourquoi la partie la plus profonde de la Terre, que l’on appelle la "graine" ou "le noyau", aurait une vitesse différence de celle de la surface de la Terre.

En aucun cas, l’étude de Nature publiée ce 23 janvier n’affirme que le noyau va dans le sens inverse de celui de la surface de la Terre.

"La conclusion de l’étude de Nature est beaucoup moins sensationnelle" indique Jérémy Rekier, chercheur à l’Observatoire royal de Belgique. "Selon ses auteurs, la graine pourrait avoir commencé à tourner un peu plus lentement que le reste de la Terre. Ils avancent la possibilité qu’il y aurait des cycles d’environ 60 ans au cours desquels la graine alternerait entre une vitesse plus rapide puis moins rapide que celle du reste de la Terre."

"L’étude de Nature n’est qu’une pierre de plus à l’édifice théorique"

Cette hypothèse d’un "décalage entre la rotation de la graine à l’intérieur de la Terre et celle de la surface" n'est pas nouvelle, indique le chercheur de l’Observatoire royal de Belgique, qui estime un début des recherches sur le sujet à la moitié des années 1990.

"C’est un sujet qui est depuis longtemps débattu et cela n’a pas encore été totalement formellement établi dans la littérature scientifique. L’étude de Nature n’est qu’une pierre de plus à l’édifice théorique dans un ensemble de publications actuellement en compétition" ajoute le chercheur de l’Observatoire royal de Belgique.

Tandis que les débats sur ces différentes vitesses de rotation font rage au sein de la communauté scientifique, une chose est sûre : le noyau ne tourne pas dans un sens inverse de la Terre. Et les conséquences dramatiques prévues ne sont donc pas à l’ordre du jour.

Un scenario de science-fiction

En effet, tandis que la conclusion faite de cette étude est erronée, les conséquences en chaîne qu’un tel phénomène pourrait entraîner sont quant à eux corrects. "Un changement aussi dramatique du sens de rotation à l’intérieur du noyau liquide, ça aurait des conséquences tout à fait remarquables sur le champ magnétique qui émerge en fait à l’extérieur de la surface de la Terre" affirme Jérémy Rekier.

Mais pas de panique, ajoute le chercheur d'un ton rassurant : "Il est absolument inconcevable d’avoir un arrêt ou un départ dans l’autre sens du noyau solide de la Terre, cela relèverait de la science-fiction".

C’est effectivement au cinéma, avec la sortie du film "Fusion" en 2003, que ce scenario a pris forme. Si cette hypothèse existe, c'est donc bien du côté du divertissement qu'il faut la chercher et non pas de la science.

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