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Cinéma

"Nitram" de Justin Kurzel, plongée dans la tête d’un tueur de masse

L’acteur américain Caleb Landry Jones pose avec son trophée, après avoir remporté le prix du meilleur acteur pour son rôle dans "Nitram".
09 mai 2022 à 10:462 min
Par AFP

C’est l’histoire d’un traumatisme collectif : "Nitram", du réalisateur australien Justin Kurzel qui avait offert à son interprète principal le prix d’interprétation masculine à Cannes en 2021, sort dans les salles mercredi. Remarqué pour "Les crimes de Snowtown" (2011), Justin Kurzel s’inspire cette fois-ci de la tuerie de Port-Arthur en Tasmanie – île au large de l’Australie – en 1996, l’une des plus meurtrières de l’histoire du pays qui a fait 35 morts.

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A peine débuté, le projet avait suscité la colère et la crainte des familles de victimes, inquiètes de voir à travers le film une glorification du tueur Martin Bryant, condamné à la perpétuité.

Mais le film n’est pas un portrait du meurtrier, même si le titre ("Nitram") est une référence directe à son prénom, et il n’a pas non plus été tourné à Port-Arthur.

En s’attardant sur les jours qui ont précédé l’attaque, il offre une plongée dans la tête du tueur, magistralement interprété par l’américain Caleb Landry Jones ("Les panneaux de la vengeance", 2017). Il a été récompensé par le prix d’interprétation masculine en juillet dernier au Festival de Cannes.

Avec un scénario très bien ficelé et des acteurs d’une grande justesse, le film parvient à décrire de façon claire et précise la mécanique qui a engendré un traumatisme collectif. Celui-ci n’a jamais été dépassé et a conduit le gouvernement australien à légiférer contre les armes.

"Le film a généré beaucoup de débats et de haine", avait admis auprès de l’AFP le réalisateur qui vit en Tasmanie. Mais pour lui, ce film vise avant tout à "comprendre comment un tel acte a pu se produire".

Parents dépassés et non soutenus par les institutions, ventes libres d’armes… le film avance des pistes de réflexion sans jamais trancher. "Je crois que c’est aussi une façon de dire que, collectivement, nous avons tous été un peu complices", avait-il ajouté, saluant toutefois le "changement de culture" autour des armes dans le pays, grâce aux lois votées dans la foulée de la tuerie.

Habitué à s’intéresser aux univers violents, Justin Kurzel a fait le choix de ne pas filmer les scènes de tueries. "Je n’aurais pas pu faire un film avec de telles scènes", s’était-il justifié.

Palme d’or à Cannes en 2003, "Elephant" de Gus Van Sant traitait aussi d’une tuerie de masse (Colombine, aux Etats-Unis, en 1999) mais, à l’inverse, montrait les tueurs en action.

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