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Le 8/9

Nicolas Vadot : "Il faut une main de fer dans un gant de velours quand on fait du dessin politique"

Nicolas Vadot, pour son recueil de dessins "Nouveau Monde"

Le 8/9

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13 janv. 2022 à 10:044 min
Par François Saint-Amand

Le dessinateur de presse Nicolas Vadot était l’invité du 8/9 pour présenter son recueil de 2021, Nouveau Monde. Il a commenté sa méthode de travail et ses débuts de carrière au Vif/L’Express.

De l'élection de Joe Biden, contestée jusqu'au bout par Donald Trump - les États-Unis passant à deux doigts de la guerre civile le 6 janvier - jusqu'à la reprise en main de l'Afghanistan par les talibans, en passant par l'année Covid, les inondations, les 20 ans du 11 septembre et plein d'autres choses : revivez un an d'actualité en parcourant les meilleurs dessins de cette année 2021.

Sélectionner les dessins d’un best of

C’est une tradition pour les dessinateurs de presse : ils clôturent leur année par la sortie d’une livre qui compile leurs meilleures caricatures des 12 derniers mois.

Dans Nouveau Monde, Nicolas Vadot a donc sélectionné environ 80 dessins sur les 600 à 700 qu’il a produits en 2021. Comment choisit-il ceux qui s’offriront une seconde vie au travers de ce recueil ?

"Je prends les dessins suivant la pertinence, ou le fait qu’ils puissent résister à l’heure du temps. Quand je publie des bouquins, j’essaie de faire en sorte que les gens puissent les reprendre dans un an, 5 ans 10 ans s’il faut. Il y a des faits d’actu qui sont devenus absolument obsolètes, que tout le monde a oublié. Il y a des choses qui marquent plus l’inconscient. Et puis après j’ai des coups de cœur. Il y a des dessins que j’ai plus aimés que d’autres" révèle-t-il. S’il opère lui-même le tri, il se met d’abord à la place du lecteur pour que celui-ci "ait un plaisir de lecture du début à la fin du livre".

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Le travail du dessinateur en 2022

Nicolas Vadot lève aussi le voile sur sa méthode de travail au quotidien. Même si son style se caractérise par une colorisation accrue, il dessine encore 'à l’ancienne'. Il s’aide cependant de la technologie à disposition.

"Je pourrais travailler sur tablette, mais je ne le fais pas car je pense que le meilleur ordinateur reste la main humaine. Je dessine encore à la main, mais ensuite tout est évidemment trafiqué en Photoshop derrière" confie-t-il.

Le temps que requiert un dessin de presse est également très variable selon le dessinateur de 50 ans. Il doit pouvoir s’adapter à l’actualité en faisant preuve d’une grande capacité de réaction. "Comme je fais d’autres activités professionnelles, il m’arrive parfois de rentrer d’une émission de télé et de devoir faire un dessin en urgence parce que l’actu a bougé. Il y a donc parfois des dessins que je fais en 15-20 minutes et parfois en 3 ou 4 heures, jamais plus que ça car sinon je commence à m’ennuyer. Si je commence à m’ennuyer à dessiner, le lecteur s’ennuiera à regarder".

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Des débuts de carrière difficiles

Depuis 30 ans, Nicolas Vadot travaille pour Le Vif. Publier ses dessins dans l’hebdomadaire lui a demandé beaucoup de patience et de persévérance. Le milieu du dessin de presse reste en effet un microcosme, tant le marché est limité.

Nicolas Vadot, à ses débuts, a travaillé pendant trois ans comme agent d’accueil à l’UGC De Brouckère. Il allait porter ses dessins au Vif, espérant que ceux-ci soient publiés. "Il n’y avait pas internet. J’allais donc au secrétariat du Vif, car je n’osais pas monter à la rédaction, et je déposais des dessins faits main, qui prenaient 10 à 12 heures pièce à l’époque. J’en laissais 5 ou 6. Puis le vendredi, j’ouvrais Le Vif pour voir s’il y avait un dessin, et il n’y en avait jamais" se souvient-il. "Un jour, je me suis dit : 'Cette fois-ci, s’ils ne prennent pas, j’arrête'. Ils en ont pris un. J’ai pensé que c’était sauf qu’ils ont mis trois mois à mettre le suivant et ainsi de suite".

Le dessinateur travaille depuis 2018 pour un deuxième journal, L’Écho.

Du débat plutôt que de la censure

Nicolas Vadot estime que la Belgique reste un pays qui laisse une grande place à la liberté de presse. Il assure ne subir aucune censure de la part des rédactions avec lesquelles il travaille.

"Parfois il y a du refus, ils en ont le droit car ils sont des entreprises privées, mais c’est très rare. Cela arrive et cela fait partie du débat. Il faut savoir, et je le redis à chaque fois, qu’en Belgique on a une liberté de ton, que nous envient nos voisins" déclare-t-il. "Quand on fait un métier polémique on a le droit d’être critiqué. C’est ce que je dis toujours : dans une démocratie on a le droit de choquer et d’être choqué à partir du moment où on reste dans le cadre de la loi".

"Le Vif" en couleur, c’est le secret du bonheur

La marque de fabrique de Nicolas Vadot, c’est l’utilisation des couleurs fortes.

De son propre aveu, cette spécificité n’était cependant pas recherchée au départ. "Pour moi, le dessin de presse c’était en noir et blanc. J’étais à l’Ecole de Recherche Graphique à Bruxelles je ne faisais que ça. Je n’ai pas touché aux aquarelles ou autre. Quand j’ai voulu renter au Vif, on m’a dit que pour publier chez eux, il faut que ce soit en couleur. J’ai donc appris sur le tas" explique-t-il.

Aujourd’hui, il apprécie la couleur pour sa dimension narrative :

C’est important d’avoir une main de fer dans un gant de velours quand on fait du dessin politique : il faut attirer l’œil des gens pour ensuite les faire réfléchir.

"Plus le contenant est beau à voir, plus le contenu pourra rentrer dans leur inconscient" précise le dessinateur du Vif et de L’Écho.

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Du lundi au vendredi, retrouvez l’invité du jour dans Le 8/9 à suivre sur VivaCité et en télé sur La Une. Pour connaître le programme de la semaine, c’est par ici.

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