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Planète - Portraits

Nicolas de Schoutheete, l'esprit innovateur au service de la planète... et de son cheval !

Nicolas de Schoutheete, l'esprit innovateur au service de la planète... et de son cheval !

Écologiste dans l’âme, Nicolas de Schoutheete a toujours eu le petit geste précurseur pour préserver notre planète. À la fin de ses études d’ingénieur agronome à la KU Leuven, les petits gestes sont devenus d’innombrables gros projets. À presque 58 ans, il ne compte pas s’arrêter là avec la création de son dernier joujou : le 1CV-Hybride. Il s’agit d’une roulotte à assistance électrique qui n’est pas encore terminée mais il nous en fera la démonstration en septembre, le dimanche sans voiture, sur la Grand-Place de Bruxelles.

L’écologie a toujours été très importante pour Nicolas et c’est dans sa jeunesse qu’il a débuté à adopter ses réflexes écoresponsables. Dans les années 80, alors qu’il n’y avait pas encore de parcs à conteneurs, ni de sacs-poubelles de différentes couleurs, il s’est mis à recycler ses déchets. Tout ce qui était recyclé à l’époque, c’était les bouteilles en verre mais Nicolas prenait la peine de tout séparer. Il avait même un compost dans le fond de son jardin. " J’étais scandalisé par le fait qu’on brûlait des végétaux dans les jardins, qu’on ne fasse pas de compostage systématique, le fait qu’il y avait énormément de déchets sauvages et qu’on les broyait ".

En avance sur son temps, on peut qualifier son recyclage de téméraire puisqu’il ne voulait pas garder cette pratique innovante pour lui. En 1986, alors qu’il était étudiant à la KU Leuven, il a décidé d’installer plusieurs petits conteneurs dans toutes les cuisines de centre de logements de l’université pour trier les déchets ménagers. Une idée que les autres étudiants trouvaient un peu farfelue mais qu’ils suivaient parce qu’elle entrait doucement dans l’air du temps. " On voyait que les parcs à conteneurs allaient arriver et on avait fabriqué des fûts en métal, avec des roulettes et lorsqu’ils étaient remplis, on les poussait sur le trottoir pour les amener jusqu’aux bulles. C’était très bien vu par la direction ! "

Mission : replanter 100.000 arbres !

En plus de recycler chez lui, il était important pour Nicolas de planter des arbres. " J’ai commencé à planter des arbres très tôt, en commençant par des arbres fruitiers dans mon jardin. Ils sont maintenant très grands, ils ont presque 35 ans ! ". Il ne s’est pas contenté de planter dans son jardin, loin de là. À la fin de ses études, en 1991, Nicolas part sur l’île de Madagascar comme coopérant pour son reboisement. À cette époque, une mangrove entière avait brûlé, ce qui représentait une catastrophe pour la population locale puisque ce terrain était sa source principale de nourriture. La mission de Nicolas : replanter sur un terrain de 15 hectares, soit approximativement 100.000 arbres. Dix ans plus tard, il retourne en Belgique avec un enseignement bien ancré en lui : " Le plus important est de protéger ce qui existe déjà. Replanter, c’est bien mais il faut surtout empêcher qu’on brûle les forêts sur des grandes superficies, comme ça a été le cas à Madagascar ".

La présence d’arbres est capitale à notre survie et à l’équilibre de la nature sur Terre. " Ce sont des puits de carbone. Les arbres sont l’exemple même de l’équilibre biologique. Ils pratiquent la photosynthèse, produisent des fruits, produisent de la biomasse et font partie d’un cycle permanent. On est très reliés aux arbres. Sans eux, il n’y aurait peut-être pas le même environnement que nous connaissons maintenant ".

« Rien ne se perd, tout se récupère ! »

Nicolas ne s’arrête jamais d'innover. À son retour en Belgique, il a fait de l’attelage à Bruxelles (transport de touristes), construit son camping bike (un triporteur électrique capable de transporter des marchandises avec lequel il a fait des livraisons) ou encore, il a mis sur pied le ‘Cyclowatt made in B’qui est un carrousel de bicyclettes permettant de créer de l’électricité. Sa dernière création en date, la roulette appelée 1CV-Hybride qui est un excellent exemple du slogan de Nicolas, dérivé de celui de Lavoisier : ‘Rien ne se perd, tout se récupère !’. " Ma mère a eu quatre Citroën Ami 8, c’est la berline de la 2 chevaux. La dernière a été refusée au contrôle technique mais j’ai décidé de la conserver durant 23 ans dans mon jardin, sous une bâche. Je me suis dit que j’allais en faire quelque chose et j’ai donc fabriqué un chariot en récupérant les axes, la suspension, la direction, les essieux et les freins. L’objectif était vraiment d’atteler le Deux Chevaux à des vrais chevaux ! ". Concrètement, le 1CV-Hybride est un chariot fabriqué à base d’une Ami 8 qui comprend deux batteries, des freins magnétiques et des arceaux auxquels seront fixés dix panneaux solaires.

Ce projet de chariot pour son cheval est déjà en cours depuis dix ans et dans sa conception originale, il ne devait pas être électrique parce que Nicolas n’avait pas les moyens, ni les connaissances pour le faire. Le 1CV-Hybride tel qu’il est aujourd’hui est tout simplement le fruit d’un concours de circonstances. Nicolas avait investi toutes ses économies dans l’achat de cent batteries modernes pour créer cent camping bikes qui auront donc chacun une batterie. " Finalement, j’en ai vendues 50 à ce monsieur de Louvain, Alain qui vit dans sa péniche. Au lieu de me payer en liquide, il m’a plutôt payé en nature dans le sens où il m’a aidé à terminer le chariot. Ce qui est incroyable, c’est qu’il avait exactement ce dont j’avais besoin, comme les moteurs ".

Transformer l’avoine en électricité

Un des objectifs du chariot est de pouvoir se mouvoir seul. C’est pour cette raison qu’il est équipé de deux batteries qui peuvent être rechargées à une borne, mais surtout par les freins magnétiques, ainsi que les dix panneaux solaires que Nicolas compte encore installer. " Lorsque le cheval est attelé, on peut réguler la force de traction qu’il exerce sur le chariot. Greta, la jument Fjord que j’ai pour le moment, a 23 ans donc je voulais la ménager. Quand je pilote la roulotte, en appuyant sur l’accélérateur, je peux activer le ‘cruise control’qui donnera une impulsion égale à la vitesse du cheval. Ça l’aidera à franchir les côtes. Dans les descentes, au contraire, je peux utiliser les freins magnétiques qui me permettent de recharger les batteries. On peut dire que le cheval peut transformer l’avoine en électricité ".

Nicolas de Schoutheete - 1CV-Hybride

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« Le cheval doit retrouver sa place dans la société en tant que force motrice »

Le cheval et l’humain, c’est une longue histoire d’amour, néanmoins quelque peu délaissée. Les équidés ont été le moteur de la société durant des millénaires et ce n’est qu’à la découverte de la machine à vapeur qu’on a su dépasser la vitesse du cheval au galop. À partir de ce moment-là, on a oublié le cheval. " Dans toutes les initiatives de développement durable, je trouvais ça dommage de mettre le cheval de côté. Le cheval a une force incroyable de traction et c’est la conquête la plus noble de l’Homme. Je ne dis pas qu’on doit revenir à la traction chevaline mais le cheval doit retrouver sa place dans la société en tant que force motrice ". De plus, le chariot à assistance électrique serait une bonne réponse aux réglementations qui seront bientôt d’application dans notre capitale. " Je sais que Bruxelles sera interdite dans dix ans aux voitures essence et diesel et il n’y aura que des voitures électriques. Je crois que le cheval retrouvera sa place en ville. Il est capable de faire des livraisons, il peut transporter des personnes. En tout cas, la ville de Bruxelles va devenir très conviviale dans quelques années ! Il n’y aura plus toutes ces voitures polluantes et bruyantes ".

Sensibiliser les nouvelles générations

Le dernier objectif que Nicolas veut atteindre avec la création du 1CV-Hybride, c’est l’éducation de la population et surtout des nouvelles générations. " Il y a quand même pas mal d’ignorance. J’ai fait des études qui m’ont permis de comprendre la nature mais elles ne sont ni faciles, ni populaires. Mais ces sciences sont à la base de la compréhension du climat aussi ! Nous, on essaye de reproduire la photosynthèse grâce aux panneaux solaires : l’énergie solaire transformée en électricité. Et si on arrive à vulgariser ça, les gens comprennent beaucoup mieux et c’est une victoire ! ". Et pour répondre à cet objectif, Nicolas sera sur la Grand-Place de Bruxelles lors du prochain dimanche sans voiture, en septembre. Il fera un tour de la place, en attachant le cheval derrière la roulette pour prouver qu’elle peut se déplacer de manière hybride ! On note le rendez-vous !

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