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Néonicotinoïdes: le terrible bilan des insecticides "tueurs d'abeilles"

Néonicotinoïdes: le terrible bilan des insecticides "tueurs d'abeilles"
26 juin 2017 à 14:40 - mise à jour 26 juin 2017 à 14:432 min
Par RTBF avec AFP

Alors que les instances européennes réétudient actuellement leur possible interdiction, les pesticides néonicotinoïdes demeurent des substances neurotoxiques qui, en s'attaquant au système nerveux des insectes, ont contribué au déclin des abeilles constaté notamment en Europe et en Amérique du Nord.

Un tiers des insecticides vendus dans le monde

Ces produits sont disponibles depuis 1994 en France où leur usage s'est répandu notamment dans les cultures céréalières (maïs, blé, colza...) et arboricoles.

Pour les céréales, ils sont souvent inclus dans l'enrobage des semences - les critiques dénonçant ainsi des recours "préventifs", qu'il y ait présence ou non de ravageurs.

Dans les vergers, les cultivateurs procèdent plutôt par aspersion des feuilles.

Selon la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, un tiers des insecticides vendus dans le monde sont des néonicotinoïdes.

Les agriculteurs évoquent de meilleurs rendements et arguent du manque d'alternatives chimiques, quand les antis mettent en avant des alternatives "techniques".

Taux de mortalité six fois plus élevé qu'il y a 20 ans

Ces pesticides s'attaquent au système nerveux des insectes.

Par la même occasion, ils affectent les pollinisateurs, qui conditionnent en bonne partie la sécurité alimentaire mondiale. Désorientées, les abeilles ont du mal à reconnaître les fleurs, à butiner. Ces produits sont en outre accusés d'altérer le sperme des mâles.

Selon une étude de 2015, non seulement les abeilles ne peuvent éviter les fleurs traitées, mais elles semblent même les préférer.

Le déclin des colonies de pollinisateurs sauvages est en moyenne trois fois plus marqué lorsqu'ils se nourrissent de plantes traitées aux néonicotinoïdes, indique une autre étude, basée sur les cultures de colza en Angleterre entre 2004 à 2011.

Les recherches confirment le risque représenté par les cultures à fleurs mais aussi par d'autres plantes non ciblées, qui absorbent ces pesticides. Difficilement biodégradables, les "néonics" se retrouvent dans le pollen, le nectar, le feuillage, et partent aussi dans l'eau et le sol.

En France, l'Unaf (syndicat des apiculteurs) observe un taux de mortalité de 30% dans les ruchers (contre 5% il y a 20 ans), même si d'autres facteurs y contribuent (frelon asiatique, virus, champignons).

Les invertébrés aquatiques, les rongeurs ou les oiseaux insectivores sont aussi affectés.

Enfin, ces substances sont "suspectées d'avoir des effets sur l'homme", relevait en mars le ministère de l'Environnement. Une expertise a été demandée à l'Agence de sécurité sanitaire (Anses). Ses conclusions sont attendues en fin d'année.

Tardive réaction législative

Votée en 2016, sur fond de protestations du monde agricole, l'interdiction de ces pesticides court en France à partir du 1er septembre 2018. Mais des dérogations seront possibles jusqu'au 1er juillet 2020, au cas par cas, lorsqu'il n'y aura aucune solution à court terme.

Après plusieurs avis de l'Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa), constatant le risque pour les abeilles, l'Europe a dès 2013 restreint l'usage des trois principales substances (clothianidine, imidaclopride, thiaméthoxame). Et ce pour les cultures à fleurs, mais pas sur les céréales d'hiver.

Les Etats européens devaient réétudier ce moratoire partiel, a priori avant l'été.

Selon la Fondation pour la nature et l'homme (ex-Fondation Hulot), le projet de la Commission prévoit une interdiction élargie (hors usage sous serres).

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