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Coronavirus

"NeoCoV" : que sait-on de ce coronavirus et de l’alerte lancée par une équipe chinoise ?

"NeoCoV" : que sait-on de ce coronavirus et de l’alerte lancée par une équipe chinoise ?
28 janv. 2022 à 14:02 - mise à jour 28 janv. 2022 à 15:562 min
Par Johanne Montay

NeoCoV ? Késako ? Un "nouveau" coronavirus ? En réalité, "NeoCoV est un virus avec, potentiellement, la mortalité du MERS-CoV (30%) et la contagiosité du SARS-CoV-2. De plus, ce virus serait suffisamment différent pour ne pas être reconnu par les anticorps neutralisant contre le SARS-CoV-2", explique Eric Muraille, maître de Recherche au FRS-FNRS.

Le virus n'est cependant pas neuf, il fait l’objet d’études depuis une dizaine d’années. Il se propage chez les chauves-souris. Ce qui est neuf, c’est une étude publiée sur le site de prépublication BioRxiv par une équipe de scientifiques chinois, mais non encore revue par les pairs.

Un virus proche du MERS

Les chercheurs de l’université de Wuhan et de l’Institut de biophysique de l’Académie chinoise des sciences ont détecté NeoCoV chez des chauves-souris présentes en Afrique du Sud. Ils se sont concentrés sur la façon dont ce virus est capable de pénétrer dans nos cellules. NeoCoV est génétiquement proche d’un autre coronavirus, le MERS-CoV (le Middle East Respiratory syndrome-related coronavirus), apparu en 2012 en Arabie saoudite. NeoCoV partage au moins 85% du génome du MERS-CoV, d’après un article du Journal of Virology de 2014. Or, ce MERS-CoV a provoqué des épidémies mortelles au Moyen-Orient.

Question de récepteur

C'est la question du récepteur qui préoccupe les chercheurs chinois. Comme l’explique le professeur Cyril Cohen, immunologue et professeur à en  l’université de Bar Ilan, à Tel Aviv, "ils ont montré qu’à la différence du virus MERS-CoV, qui est vraiment un cousin voisin, le récepteur d’entrée de NeoCoV est l’ACE2." L'ACE2 est une protéine clé de l'infection par le SARS-CoV-2, notre coronavirus actuel, car il s'attache à ce récepteur présent à la surface des cellules.

L'équipe chinoise ne s'attendait pas à ce que ce cousin du MERS ait une autre voie d'entrée que lui, poursuit le professeur Cohen : "Cela les a surpris. Le fait que ce virus est capable de se lier à l’ACE2 chez la chauve-souris, est problématique, parce qu’ils ont montré que de manière très faible, il existe une possibilité que ce virus puisse aussi infecter des cellules humaines". Ils ont montré qu’avec une seule mutation, ça le rendait beaucoup plus infectieux aux cellules humaines.

Pas de panique mais surveillance

Encore faut-il que ces chauves-souris soient en contact avec l’humain et que ces mutations se produisent de façon naturelle. La publication chinoise est une alerte. Pour Eric Muraille, maître de Recherche au FRS-FNRS: "le point important à retenir est qu'il y a dans la nature un nombre considérable de virus potentiellement dangereux. Plus nous envahirons les écosystèmes sauvages et plus nous seront en contact avec ces virus et plus la probabilité d'une adaptation à l'humain de ces virus augmentera. C'est une réelle menace. Mais qui n'est vraiment pas nouvelle".

Chaque année, des dizaines de milliers d’infections zoonotiques (causées par un pathogène transmis aux humains par l’animal) se produisent à cause de coronavirus, surtout en Asie. Ce n’est pas pour autant qu’elles se transmettent ensuite d’humain à humain et déclenchent une pandémie.

 

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