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Nasser Al-Khater, grand patron de Qatar 2022 : "Les progrès doivent être faits au niveau de la mise en application des lois"

Nasser Al-Khater, CEO du Comité Suprême en charge de l’organisation de la Coupe du monde 2022 au Qatar (Supreme Committee for Delivery & Legacy)

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16 oct. 2022 à 15:19 - mise à jour 20 nov. 2022 à 09:18Temps de lecture5 min
Par Eric Destiné, de retour de Doha (Qatar)

Quelques semaines avant le coup d’envoi de la Coupe du monde au Qatar, nous avions rencontré Nasser Al-Khater, le grand patron du Comité Suprême en charge de l’organisation de la coupe du monde dans l’émirat. Une interview organisée dans la tour Al Bidda, au centre de Doha. C’est là que le comité a installé ses bureaux pour gérer toute l’organisation de l’évènement qui se déroulera du 20 novembre au 18 décembre 2022. Une première dans la péninsule arabique.

Au Qatar, il y a 330.000 Qatariens sur les 2 millions 800.000 habitants que compte le pays. Et plus de 80% de ces Qatariens travaillent dans des structures administratives ou dans des organismes qui ont un lien avec l’Etat du Qatar. Certains sont aussi impliqués dans l’organisation de cette Coupe du monde. Les autres habitants sont des travailleurs venus de l’étranger. Parmi eux, on retrouve un million d’ouvriers originaires principalement d’Asie ou d’Afrique et qui travaillent en majorité sur les chantiers. Les projets d’infrastructures ont rythmé ces 12 dernières années sur place. Depuis l’annonce officielle du choix du Qatar comme organisateur de la Coupe du monde, en décembre 2010, le pays fait aussi face à un nombre très important de critiques de la part de grandes ONG de défense des droits humains ou du climat. Les critiques concernent notamment les conditions de travail de ces ouvriers étrangers ou l’impact environnemental attendu de cette Coupe du monde. Nous avons voulu connaître le point de vue Nasser Al-Khater. Voici ses réponses.

Quel est l’objectif du Qatar en organisant cette Coupe du monde ?

"Le Qatar est un pays amoureux du sport. Le Qatar a accueilli des évènements sportifs régionaux et internationaux depuis longtemps. Nous avons compris depuis longtemps que le sport avait de l’importance pour la société et pour le développement. Un des objectifs principaux du Qatar, il y a plus de 10 ans maintenant, était vraiment d’améliorer la vie des gens, à travers une vie saine et la participation au sport. Nous voyons que la perspective de la Coupe du monde a un grand impact à ce niveau-là. Si on regarde simplement le nombre de personnes qui pratiquent maintenant un sport régulièrement, la différence par rapport à il y a 10 ans est exceptionnellement grande. L’autre point, c’est que le Qatar, spécialement depuis les Jeux asiatiques de 2006 qui ont eu lieu ici, a remarqué que l’accueil d’un évènement sportif majeur est vraiment un élément catalyseur pour le développement du pays. La stratégie que le Qatar a mise en place en 2008, appelée "Vision 2030", a vraiment défini quels sont les objectifs pour notre pays. Et en organisant la Coupe du monde le Qatar croit que c’est le catalyseur qui pourra réellement accélérer ce développement. On voit cela avec les infrastructures impressionnantes qui ont été érigées. C’est le cas de l’aéroport Hamad International, du système de métro à Doha qui a été implanté depuis 2011 et complété en seulement 8 ans. C’est un énorme réseau de métro. Donc on a vu beaucoup de développements dans le pays sur une période de temps très courte".

Le Qatar est sous les projecteurs depuis 12 ans et l’attribution de l’organisation de la Coupe du monde. Concernant les droits des travailleurs étrangers, le Qatar a annoncé des réformes. Certains travailleurs dénoncent pourtant toujours des problèmes importants. Êtes-vous conscients de cela ?

"En ce qui concerne le bien-être des travailleurs, je veux revenir à notre stratégie "Vision 2030". Cela a mis en lumière la situation des travailleurs et le besoin d’améliorations des conditions de travail qui sont acceptables pour les travailleurs. C’est quelque chose que nous avons mis en place pour la Coupe du monde pour être sûr d’atteindre ce but. C’est clairement écrit dans les documents relatifs à la " Vision 2030 ". Savions-nous que ce sujet allait être mis sous les projecteurs ? Oui, absolument. Cela a-t-il aidé, accéléré et mis en lumière certains problèmes ? Oui, c’est le cas. Nous avons mis un plan en place, en travaillant avec les ONG et l’Organisation internationale du travail qui nous a aidé à mettre en place ce plan et à accélérer ce plan en décrivant des mécanismes pour assurer leur sécurité, pour assurer leur bien-être. Beaucoup de législations ont été mises en place sur une période de temps très courte. Peut-il rester des problèmes aujourd’hui ? Oui. C’est un changement sociétal. C’est un changement progressif qui prendra du temps. Donc y a-t-il des problèmes qui existent encore ? Oui. Y a-t-il moins de problèmes qu’il y a 10 ans ? Oui, beaucoup moins. Et ce qu’il est important de réaliser, c’est qu’il faut écouter les personnes qui sont allées sur le terrain, les experts, les organisations qui travaillent vraiment sur le terrain main dans la main avec nous. Malheureusement les gens aiment se focaliser sur ce qui fait les gros titres. Et généralement, les gens font des commentaires à partir des gros titres".

Quel type de progrès doit encore être réalisé, selon vous, au niveau du bien-être des travailleurs étrangers ?

"Les progrès doivent principalement être faits au niveau de la mise en application des lois. Comme vous le savez, le Qatar a une large population de travailleur sur son territoire et bien sûr cela veut dire qu’il faut avoir beaucoup plus de mécanismes pour permettre de faire appliquer la loi. Pour être sûr qu’avec le temps, les gens commencent à comprendre que cela doit être mis en œuvre. C’est la même chose quand vous avez des nouvelles règles de circulation, cela prend du temps pour que les gens s’y habituent et s’y soumettent. Cela prend du temps pour que ces choses changent".

La question environnementale est aussi un point très important. Vous savez, par exemple, que l’utilisation de l’air conditionné dans les stades est critiquée par des grandes ONG qui évoquent le fait que cela n’est pas écologique du tout ?

Nous devons regarder cela de manière globale. On ne peut pas regarder seulement une chose et dire que ce n’est pas écologique. Les systèmes sont beaucoup plus efficients que les premières générations d’air conditionné que nous avions. Car nous avons maintenant des systèmes de climatisations dans les stades depuis 2008 ici au Qatar. Les nouveaux stades sont plus de 30% plus efficients que la génération précédente. Donc il y a beaucoup de choses en places pour rendre les choses plus écologiques. Si on regarde l’empreinte carbone globale de cette coupe du monde, il sera, je pense assez faible. Le fait, par exemple, qu’il n’y aura pas de déplacement en avion dans le pays. La plupart des déplacements seront effectués en transport en commun. Ce qui est bon pour l’environnement. 30% de notre système de transport fonctionne avec de l’énergie électrique. Et toutes les constructions, tous les stades et un grand nombre de bâtiments ont été bâtis avec des critères et des standards bons pour l’environnement.

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