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“Naître d’une autre”: un documentaire sensible sur des grossesses pas comme les autres

Naître d'une autre
14 déc. 2020 à 06:57 - mise à jour 14 déc. 2020 à 08:18Temps de lecture1 min
Par Anne Schiffmann

Au nom du droit à l’enfant, la science permet à une femme de porter un bébé pour quelqu’un d’autre : c’est ce qu’on appelle la gestation pour autrui (ou GPA). La Belgique tolère cette pratique mais à condition qu’elle ne soit pas commerciale. La réalisatrice Cathie Dambel a passé un an dans le service du C.H.U St-Pierre à Bruxelles, un des quatre hôpitaux à la pratiquer en Belgique. Son film explore avec finesse et sans jugement, toutes les facettes d’une question éthique délicate. Une question qui sera au cœur du débat animé par Julie Morelle à la suite du documentaire.

Une soirée Regard Sur à ne pas manquer le lundi 14 décembre dès 21h05 sur La Trois et à revoir sur Auvio jusqu'au 31 décembre.

Cela fait 20 ans déjà, qu’au service gynécologie-obstétrique du C.H.U St-Pierre à Bruxelles, l’équipe spécialisée dans la procréation médicalement assistée rend possible la gestation pour autrui (la GPA). En France, cette pratique reste interdite. Et les demandes qui arrivent dans ce service bruxellois émanent de couples belges mais aussi de couples français.

Le film nous raconte trois histoires de G.P.A. que l’équipe médicale a accompagnées. La première histoire est justement celle qui décida le service à se mobiliser pour un couple dans une situation très douloureuse. 20 ans après, le couple et leur enfant partagent leur expérience. Avec la deuxième histoire, le film aborde les sentiments d’une future mère, celle qui va élever l’enfant, la mère d’intention. Comment pourra-t-elle assez remercier cette amie qui va porter son enfant ? Enfin, le film suit un couple venant de France durant tout le temps des tentatives de gestation. Sa sœur pourra-t-elle faire venir au monde l’enfant tant espéré ?

Depuis les questionnements d’une équipe d’une humanité exemplaire - gynécologues, psychologues, biologistes et infirmières - jusqu’à la rencontre et au suivi des protagonistes, le film décrit tout le lent processus qui rend possible qu’une femme porte un enfant pour une autre. A travers ces différentes histoires, le film dépeint les enjeux et les questions complexes qui se posent. Avec beaucoup de sensibilité, le film rend compte de ces expériences qui bouleversent tous les repères, et qui pose la question de la place de chacune, du statut pour la mère porteuse et du devenir pour l’enfant.

Un film produit par Image Création et Abacaris Films en coproduction avec la RTBF et ARTE GEIE

Rencontre avec la réalisatrice Cathie Dambel

Naître d'une autre - Réunion d'équipe
Naître d'une autre - Réunion d'équipe © Tous droits réservés

Comment est née l’envie de faire ce film ?

C’est d’abord une révolte par rapport à l’instrumentalisation du ventre des femmes, jamais dans l’histoire humaine cette limite n’avait été franchie, et une inquiétude. Mon enquête au départ se focalise sur les États Unis et l’Inde où le “marché” de la GPA - car il s’agit bien d’un marché- est très porteur" et fonctionne selon les règles violentes du marché réduisant la femme qui porte l’enfant a un “ventre à louer”. Il est très important de distinguer cet aspect, de ne pas faire d’amalgame. Puisque la pratique existe, j’ai voulu poser ma caméra, dans un pays où la question de la marchandisation n’interfère pas et   où il s’agira non d’une transaction matérielle mais d’une  transaction symbolique. En Belgique, la GPA est autorisée à condition qu’elle ne soit pas commerciale. La mère porteuse est une mère porteuse relationnelle, une sœur souvent, une amie parfois. Je souhaitais lui donner un corps, la faire entendre, comprendre ce qui se joue pour elle et l’empreinte que cela laissera dans sa vie, le titre initial était " L’empreinte ".

La mère porteuse est une mère porteuse relationnelle, une sœur souvent, une amie parfois. Je souhaitais lui donner un corps, la faire entendre

Après avoir tourné plus d’un an dans ce service au C.H.U St-Pierre, votre regard a-t-il changé sur cette pratique ?

J’ai eu la chance d’être accueillie par l’équipe de Procréation Médicalement Assistée (PMA) de l’hôpital Saint Pierre, je les remercie.  Ils ont été exigeants avant d'accueillir ma caméra comme ils le sont face à toute demande de G.P.A qui les engage. Car il s’agit, certes de répondre à la souffrance et je n’imaginais pas voir se déployer un tel spectre de souffrances, mais d’élaborer un cadre précis pour accompagner ces demandes sans engendrer d’autres souffrances. Il faut que chaque terme de l’histoire qui se met en place soit possible du point de vue médical, relationnel, juridique et en particulier veiller tout au long à préserver la place de " sujet " de chacun. Cette équipe remarquable montre que " c’est possible " mais en posant un certain nombre de garde fous.

Comment les femmes et les familles que vous suivez ont-elles accueilli votre projet ?

C’était évidemment délicat de témoigner dans un processus qui met en danger tous les repères. Marie Laure GUSTIN, la psychiatre périnatale de l'équipe leur présentait mon projet. Si les familles le souhaitaient, je les rencontrais ensuite. Dans mon travail de cinéaste, je me place aux côtés de ceux que j'accompagne, on chemine ensemble; le film doit créer un espace protecteur.

Il me semble que la femme qui a permis de faire venir au monde un enfant ne doit pas être invisibilisée

En Belgique, la GPA est tolérée mais il n’y a aucun cadre législatif. Est-ce un manque selon vous?

Dans le flou juridique, comme tout n'est pas figé ni définitif, on peut penser qu’il y a précisément la possibilité d'élaborer, d'inventer. Une forme de liberté. Cependant, il me semble que la femme qui a permis de faire venir au monde un enfant ne doit pas être invisibilisée. La société est en avance sur le droit mais pourquoi la loi ne lui ferait elle pas une place? J’imagine une mention dans l’état civil pour l’enfant venu au monde grâce à la G.P.A " Né(e) de .. et de .. "

Où est-on dans ce débat chez vous en France où la GPA reste interdite? 

En France, le récent vote de la loi autorisant la PMA s’est fait paradoxalement en diabolisant la GPA (on dit oui à l’une et non à l’autre). L’interdire, plutôt que d’imaginer un cadre exigeant pour l’acceuillir, c’est favoriser les pratiques que l’on dénonce, le marché!
 

 

 

La GPA : le débat animé par Julie Morelle

Julie Morelle
Julie Morelle © Tous droits réservés

En Belgique, la gestation pour autrui n’est encadrée par aucune loi. Ce vide juridique permet à des personnes qui, le plus souvent, ont épuisé toutes les autres possibilités, de devenir parents en faisant appel à une mère porteuse. Seuls 4 hôpitaux en Belgique pratiquent cette technique de procréation médicalement assistée, et selon des règles très strictes. La GPA reste une pratique encore marginale et qui suscite un certain nombre d’interrogations.

Pour en parler, Julie Morelle reçoit le Dr Laurie Henry, Directrice du Centre de Procréation Médicalement Assistée de l’ULiège-hôpital de la Citadelle, Nathalie Delsupexhe, mère porteuse pour des amis, Michel Dupuis, professeur à l’Institut supérieur de philosophie de l’UCLouvain et spécialiste en éthique biomédicale et Fabien Gaudry, en couple homosexuel et père de 2 enfants conçus par GPA aux Etats-Unis.

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