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Nadia Boulanger, pianiste, cheffe d’orchestre, compositrice, et l’une des plus grandes pédagogues du XXe siècle

Nadia Boulanger
14 juin 2022 à 12:34Temps de lecture2 min
Par Hélène Michel

Les sœurs Boulanger ont fortement marqué l’histoire de la musique : les sœurs Lili et Nadia Boulanger, destins exceptionnels pour toutes les deux, même si la cadette, Lili musicienne extrêmement douée, a eu une vie d’étoile filante puisqu’elle a été emportée par la maladie à l’âge de 24 ans.

Nadia en revanche va vivre pour deux, et disparaîtra à l’âge de 92 ans, après avoir été pianiste, organiste, cheffe de chœur, cheffe d’orchestre, compositrice, et l’une des plus grandes pédagogues du XXe siècle, comptant parmi ses quelque 1200 élèves, plusieurs générations de compositeurs.

Dans une famille de musiciens

Toute jeune, elle a baigné dans une famille très musicienne. Son père, Ernest Boulanger avait, dans sa jeunesse, remporté le très convoité Prix de Rome. Il aura une vie bien remplie et attendra d’avoir la soixantaine, pour rencontrer sa femme, qui deviendra donc la mère des sœurs Boulanger.

Les petites filles vont grandir ainsi en côtoyant le milieu du Paris musical de l’époque, la famille recevra dans son salon des visites prestigieuses, celles de leur ami Gabriel Fauré, celle de Gounod, Massenet, Saint-Saëns, et bien d’autres.

Initiée à l’orgue très tôt, Nadia devient organiste suppléante de Gabriel Fauré, à l’orgue de l’église de la Madeleine, et en élève brillante, elle suit les cours de Louis Vierne au Conservatoire.

A 21 ans, elle remporte un deuxième second grand prix de Rome, pour sa cantate La Sirène. Raoul Pugno, ami et voisin de la famille Boulanger va la prendre sous son aile et lui envoyer ses premiers élèves américains. Quelques années plus tard, ce sont les musiciens du monde entier, qui viendront suivre ses cours d’analyse.

En 1918, sa sœur Lili Boulanger, tout aussi douée qu’elle, mais de santé très fragile, meurt prématurément. C’est un bouleversement pour Nadia, qui déclare qu’elle arrête de composer pour se consacrer intensément à la diffusion de l’œuvre de sa sœur mais aussi à l’enseignement et à la direction musicale, une activité exceptionnelle pour une femme de cette époque.

Légende vivante

Elle enseigne jusqu’en 1939 à l’École normale de musique de Paris, où elle est d’abord l’assistante de Paul Dukas avant de lui succéder et devenir titulaire de la classe de composition. Elle enseigne également au Conservatoire américain de Fontainebleau, établissement dont elle va devenir la directrice jusqu’à sa mort, en y révolutionnant les cours d’harmonie, qui vont devenir de véritables "cours d’analyse musicale". Elle devient peu à peu une légende vivante, les élèves se bousculent pour assister à ses cours, tels que Stravinsky Copland, Gershwin, Bernstein, Michel Legrand, Quincy Jones, Philip Glass, et beaucoup d’autres noms devenus célèbres par la suite.

Son dernier élève, le pianiste Emile Naoumoff, raconte sa droiture, sa rigueur aussi : "Elle était extrêmement austère", dira-t-il. "Au fond, elle enseignait au mérite, il n’y avait pas de concours, pas de passe-droit, pas de favori."

Découvrez une partition qu’elle a écrite à l’âge de 25 ans : la Fantaisie variée pour piano et orchestre, une œuvre qu’elle avait destinée au pianiste Raoul Pugno, avec qui elle avait connu un amour passionné. Une partition tombée dans l’oubli, jusqu’en 2009.

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