Musimu prépare trois records du monde

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12 déc. 2009 à 13:59Temps de lecture3 min
Par RTBF

Le no limit, c'est la technique qui consiste à descendre, le corps entraîné par une gueuze (un poids sur un câble) et à remonter tiré par un ballon gonflé au gaz.. En 2010, Patrick Musimu envisage de battre 3 autres records du monde.

Ne dites pas à Patrick Musimu que c'est un extraterrestre, il déteste ça. Musimu, c'est 1m85 pour 81 kilos d'un corps taillé à la serpe. Une capacité pulmonaire de neuf litre et une résistance à l'acide lactique bien au-delà de la moyenne. Formé sur les tatamis à assouplir son corps, il a également puisé dans les arts martiaux un mental à toute épréuve. Mais ce qui est tout à fait unique chez cet apnéiste, c'est la technique qu'il a mise au point pour descendre tjrs plus bas.

"J'ai mis au point une technique qui consiste à ne pas porter de masque pendant la descente et à laisser complétement innonder mes cavités sinusales et mes oreilles par l'eau de mer. Tous les 10m, il y a 1kg de pression par centimètre carré qui s'exerce sur le corps. Donc à 200m, il y 21 kg de pression. Si on avait des cavités aériennes, elles exploseraient à cette profondeur. En remplissant ses cavités d'eau, ces contraintes morphologiques humaines disparaissent."

Inspirée de la respiration aquatique des cétacés, cette technique de remplissage des cavités aériennes était au départ terriblement douloureuse mais Patrick Musimu est parvenu à accepter et à gérer cette douleur pour ne plus la ressentir aujourd'hui. Mais pour descendre encore plus bas, Patrick Musimu travaille sur une autre technique, encore expérimentale aujourd'hui.

"Je décide aujourd'hui de travailler pour aller mimer ce que certaines espèces de phoques font. Je vais devoir descendre sans air dans les poumons pour éviter tous risques de décompression. Est-ce que mon organisme va être capable d'aller sans air jusqu'à ces profondeurs-là ... on ne sait pas. Aucun calcul, aucun algorithme qui peut nous permettre d'en être complètement certain. Bien entendu, je ne vais pas descendre directement à 200m, il va falloir y aller progressivement."

Pour descendre à ces profondeurs, Patrick Musimu doit s'entraîner à rester quatre minutes, le temps calculé de l'aller retour à -240 mètres, sans air dans les poumons.
Pour s'habituer à cet effort contre-nature, l'apnéiste bruxellois s'entraîne au sec et jamais dans l'eau.... En salle de fitness, il habitue progressivement son corps à produire un effort physique sans inhaler d'air.

"Les marges de progression sont assez fulgurantes puisque de 25" sur un steppeur je suis déjà passé à 2'20". L'organisme en deux trois mois de temps a réussi à se repositionner par rapport à l'effort que je lui demande."

Aujourd'hui, il se prépare à un triple record du monde. Une plongée en tandem à moins 140 mètres, un record à -240 mètres et un retour au source avec une tentative de plongée à -150 mètres selon une technique traditionnelle.

"Je vais utiliser la logistique des anciens pêcheurs de perle du le Golfe Persique. Sans masque, sans palmes sans frein, je n'aurai qu'un poids que je maintiendrai à l'aide de mon pied. Et au signal, on me larguera comme une ancre à la mer. La corde se déroulera et s'arrêtera à la distance prédéterminée. A ce moment-là, les personnes sur le bateau devront me hisser le plus rapidement possible".

Parce qu'il considère que sa passion de l'apnée se situe aujourd'hui à la limite entre le sport et de l'expérimentation scientifique, Patrick Musimu ne fera pas homologuer ses records par l'AIDA, la fédération internationale.

"Pour moi la démarche du no-limit absolu, là maintenant quand je vais sous la barre des 200m, on est effectivement plus dans les limites d'un sport, on est dans la quête. Ce n'est même plus de la conquête, c'est une quête personnelle, c'est de la recherche. Il y a énormément de choses qui doivent être travaillées en amont. C'est ce qui me passionne, parce que c'est redécouvrir le corps, redéfinir des concepts établis. Sa façon de penser mais aussi de fonctionner. Et c'est ça qui me motive dans la démarche".

 

David Bertrand

 

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