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Tipik - Pop Culture

#MusicToo France, c’est terminé, mais le combat des femmes dans la musique continue

Christine & The Queens
Flore Benguigui L’impératrice
Pomme
27 oct. 2021 à 12:54Temps de lecture3 min
Par Fanny Guéret

Le collectif MusicToo France a annoncé sa dissolution. Créée en juillet 2020, l’initiative aura donc été furtive.

Cependant, en un peu plus d’une année, beaucoup d’actions ont été menées pour lutter contre le harcèlement et les agressions sexuelles, libérant la parole des femmes dans une industrie musicale où l’on ferme les yeux et où les victimes sont encore trop souvent murées dans le silence.

Les langues ont commencé à se délier

Après le monde du cinéma avec #MeToo, les langues ont commencé à se délier dans le domaine des médias, du sport, jusqu’à en arriver aussi à l’industrie musicale. Parce qu’évidemment, dans la musique, les femmes aussi sont victimes de harcèlement, d’agressions sexuelles, de propos sexistes, racistes. Ça a toujours existé, mais tout le monde, à tous les niveaux, faisait semblant de rien.

Face au mouvement #MeToo, on se souvient de la déclaration puissante de la chanteuse Janelle Monae aux Grammys. En annonçant le live de Kesha (avec sa chanson Praying, Kesha évoque sa bataille contre le producteur Dr. Luke qu’elle accuse de l’avoir violée), elle lâchait : "C’est fini. Cela ne se passe pas qu’à Hollywood ou à Washington. C’est aussi dans notre industrie. Nous avons le pouvoir d’influencer la culture, mais nous avons aussi le pouvoir de défaire une culture si elle ne nous sert pas. Alors travaillons ensemble, femmes et hommes, en tant qu’industrie unifiée, déterminée pour arriver à des ambiances au travail plus sûres, l’égalité de salaires et un accès pour toutes les femmes." Le travail est colossal mais le ton était donné.

Le 17 juillet 2020, l’initiative du collectif MusicToo était lancée en France. Son objectif était clair : libérer la parole des femmes du milieu musical, pour que cessent au maximum les faits de harcèlements et d’agressions sexuelles. Des artistes soutiennent le mouvement et prennent la parole : Christine & The Queens, Flore Benguigui de L’Impératrice, Pomme, Camélia Joradan, Suzane et des femmes qui parlent amènent d’autres femmes à oser parler. Le collectif garantit l’anonymat et sa collecte de témoignages permet à des médias de mener à son tour des enquêtes.

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Qu’est-ce qui a changé depuis ?

L’heure est déjà au bilan. Le collectif a annoncé la dissolution de son projet qu’il considérait comme temporaire et l’impossibilité de continuer de manière bénévole et sans accompagnement structurel. Mais cette fin est en réalité le début d’autre chose selon ses membres : "Il s’agissait de lancer le moteur, mettre un coup de pied dans la fourmilière. L’impunité est terminée. Il s’agit maintenant d’assumer la responsabilité individuelle et collective […] pour réformer nos organisations".

Concrètement, ce ne sont pas moins de 302 témoignages qui ont été recueillis, dont une majorité a donné le nom de l’agresseur présumé. Ceux-ci ont servi de base à des enquêtes journalistiques par des médias partenaires comme Mediapart et Neon. 18 enquêtes ont ainsi été réalisées, et quelque 150 articles ont été écrits sur le sujet. Des podcasts ont émergé. Et tous ont donné une résonance à l’ampleur du phénomène, montrant aussi que tous les milieux sont touchés, du classique au metal, de l’underground au mainstream, et à différentes échelles, des musiciens aux managers.

Autre constatation : dans les postes de responsabilités, on ne trouve que 14% de femmes. Des noms d’agresseurs sont sortis : le rappeur Retro X, le musicien Gautier R. de Boy Racer, le label de rock Deaf Rock Records, le parolier Yohann Mallory… ou encore Patrick Bruel. Et en cascade, Romeo Elvis, Spleen, Moha La Squale…

Tout ceci a bel et bien entraîné des changements dans le secteur. Au Centre National de la Musique, les aides versées aux acteurs impliqués sur ces sujets sont passées de 200.000 à un million d’euros. Quant aux versements de subventions, ils passent désormais par la signature d’un protocole destiné à limiter au maximum les risques d’agression et à faciliter leur signalement. Enfin, MusicToo a fait des petits puisque d’autres collectifs ont vu le jour ces derniers mois : Balance Ta Scène (avec des déclinaisons locales), Consentis, Les Catherinettes…

La révolution est en marche, elle est lente et le chemin est encore long, mais elle est en marche.

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