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MR contre MR : le retour de la revanche

MR contre MR : le retour de la revanche
10 déc. 2021 à 06:49 - mise à jour 10 déc. 2021 à 15:503 min
Par Bertrand Henne

Le très controversé décret pour une fiscalité juste du ministre wallon Jean-Luc Crucke sera bien à l’ordre du jour du Parlement de Wallonie aujourd’hui. Il avait pourtant suscité une bronca des élus libéraux. C’est donc l’heure de vérité pour le MR et la majorité wallonne.

La fronde et le frigo

On rappelle donc que ce décret comprend plusieurs mesures visant les zones grises fiscales, notamment les donations ou les véhicules utilitaires. Le texte est porté par le ministre du budget, le libéral Jean-Luc Crucke, il est déjà passé trois fois au Gouvernement wallon. Mais oh surprise, les députés libéraux se sont révoltés il y a deux semaines. Ils ont été soutenus par leur président de parti qui jugeait que les mesures s’attaquaient à la classe moyenne. Il devait constater aussi que le torchon brûlait déjà entre Jean-Luc Crucke et certains députés.

Willy Borsus a accepté dimanche dernier de sacrifier le texte de son confrère Jean-Luc Crucke. Elio Di Rupo, sentant le roussi pour sa coalition, a demandé de mettre la bombinette au frigo parlementaire. Mais la mise au frigo n’a pas éteint l’incendie, elle l’a attisé car le ministre Crucke a menacé de démissionner. L’incendie menaçait la cohésion de la majorité wallonne.

Tenir bon !

Hier matin, réunion de groupe MR Wallonie. Le président Bouchez fixe la ligne. Le texte reste au frigo, pas question de le voter. C’est une attaque contre les classes moyennes. Il faut tenir bon, coûte que coûte. Willy Borsus est donc chargé de défendre cette ligne claire au Gouvernement quelques heures plus tard.

L’accueil que lui réserve le PS et Ecolo est glacial. Les deux partenaires veulent que le texte soit bien voté ce vendredi, sans y toucher, sauf un amendement qui ne posait déjà pas problème il y a deux semaines. Elio Di Rupo pose la question de confiance et somme Willy Borsus de choisir entre la ligne Bouchez et la Wallonie. Willy Borsus choisit la Wallonie contre la présidence du MR et s’engage à ce qu’aujourd’hui le texte soit voté par les parlementaires libéraux wallons à la commission budget du Parlement.

Deux MR

Le MR restera bien le partenaire du PS et d’ECOLO en Wallonie. Mais attention, par n’importe quel MR, le MR de Jean-Luc Crucke et de Willy Borsus. Pas le MR de Georges-Louis Bouchez. Le PS et Ecolo ont clairement demandé aux libéraux de choisir, et sauf surprise les députés libéraux au Parlement choisiront de suivre leurs chefs de file Willy Borsus, Jean-Luc Crucke et Valérie De Bue. Trois ministres qui, faut-il le rappeler, ont été nommés et ont négocié l’accord de Gouvernement avant l’arrivée à la présidence de Georges-Louis Bouchez.

Cette autonomie de fait du MR wallon était déjà une réalité. Mais l’affaire Crucke a révélé une tentative de la présidence de reprendre de l’autorité sur ses troupes. Il est vrai que cette situation d’autonomie ne serait acceptée dans à peu près aucun autre parti. Plusieurs députés ont été séduits par les arguments de leur président. Mais voilà, la menace de démission de Jean-Luc Crucke les a placés au pied du mur.

Conséquences

L’affaire à des multiples conséquences.

  1. Le Gouvernement wallon dans son ensemble est fragilisé, alors que les défis à venir sont colossaux, en particulier au niveau budgétaire.

  2. Le MR est divisé et potentiellement en crise interne. Car si les positions de Georges-Louis Bouchez séduisent une majorité au sein du parti et qu’il bénéficie d’un réel soutien, sa stratégie elle se heurte à la réalité du pouvoir. Sur le nucléaire il est isolé et il est en train de perdre son combat. En passant, il s’aliène Alexander De Croo et les partenaires flamands.

  3. Sur la Wallonie il est soigneusement tenu à l’écart des décisions. Jean-Marc Nollet et Paul Magnette appellent ça la stratégie de l’endiguement, référence à la stratégie des États-Unis pour contrer les communistes durant la guerre froide. En Wallonie et en fédération Wallonie-Bruxelles, ils n’ont plus de contact avec Georges-Louis Bouchez, ils appellent les ministres directement, mais ignorent la toison d’or, le siège du MR. Comme si Georges-Louis Bouchez était devenu pour eux infréquentable. Un terme qui hante l’histoire du MR et terrorise ses cadres qui n’ont plus qu’à espérer qu’en 2024 le MR soit incontournable, sinon… Sinon ce sera la tempête et il faudra s’accrocher au mât.

Les coulisses du pouvoir

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