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Movulango dévoile un excellent premier EP et confirme les espoirs placés en lui

© Bob Jeusette

18 nov. 2022 à 17:15Temps de lecture4 min
Par Guillaume Scheunders

Protégé de Stephane et David Dewaele (Soulwax, 2manydjs), Movulango s’est découvert une voix il y a quelques années, lui qui officiait auparavant uniquement derrière des machines électroniques (notamment avec Future Sound of Antwerp). L’année dernière, il a dévoilé Leave, son premier single, où il dévoilait au grand jour son habileté avec un micro. Il passe la seconde en cette mi-novembre avec un premier EP, Mirror in Man, dans lequel il explore ses états d’âme, entre introspections et chansons d’amour. Après avoir notamment joué en première partie de Hot Chip à l'Ancienne Belgique, le néo-Bruxellois démarre ainsi une carrière prometteuse, proposant une sorte d’indie-electro-pop teinté de grunge, de psyché et de toutes les influences qui ont pu se mettre sur sa route. Rencontre avec Movulango.

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L’année dernière, lorsqu’on s’était parlé, on évoquait ton futur EP. Aujourd’hui, il est enfin sorti, comment te sens-tu ?

Movulango : Je suis super heureux, plutôt confiant sur ce que j’ai écrit, je trouve que les chansons sont bien. Là où il y a deux ans, lorsque j’étais convaincu de certains sons et que je les montrais à des gens, j’avais toujours une petite voix dans la tête me disant qu’ils pouvaient être meilleurs.

Il a fallu du temps pour que tu sois satisfait de toi-même ?

M : Oui, je pense que je grandissais, mais c’était assez organique.

Pour parler de l’EP, ça a été une sacrée aventure. Dans le communiqué accompagnant l’EP, on parle d’un processus de cinq ans ?

M : C’est ce que dit le communiqué mais ce n’est pas exactement ce qui s’est passé. Je ne suis pas resté bloqué dessus pendant cinq ans. Je produisais beaucoup de musiques, je n’arrêtais pas de montrer des démos à Stephen et David (Dewaele, NDLR), à chaque fois, on rassemblait quelques sons pour créer un EP. Mais comme je produisais tout le temps, je revenais à chaque fois avec du nouveau matériel. Et ils trouvaient ça à chaque fois meilleur, donc on se concentrait sur les nouveaux morceaux. C’est ce qui s’est passé en boucle pendant les cinq dernières années.

Ça doit te laisser des dizaines de sons non sortis alors ?

M : Oui, des centaines même (rires) !

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Dans cet EP, il y a des chansons d’amour, de rupture, des introspections… Ce sont des sujets qui te sont familiers ?
M : Oui. Quand tu écris de la musique, tu penses toujours à ce qui se passe dans ta vie à ce moment-là. C’est assez cool parce que tu peux te sentir assez mal à propos de certaines choses et mettre des mots dessus t’aide à te sentir mieux. Tu peux ressortir quelque chose de ces moments négatifs. Ça peut être très cathartique.

Ta musique est assez spéciale dans le sens où on ne peut pas vraiment la définir. On entend de la pop, de l’électro, de l’indie, du psyché, du grunge… Il y a cette volonté de ne pas rentrer dans une case ?

M : Exactement. Je tente vraiment d’amener quelque chose de neuf. Quand les gens me demandent de définir ce que je fais, je n’arrive jamais à répondre. C’est une question compliquée pour tous les musiciens. J’essaye de créer mon propre univers, d’apprécier toutes les musiques qui en sortent, même si ce ne sont pas forcément les meilleurs sons, je cherche à ce que ce soit complètement nouveau et hors de la norme, des algorithmes et des playlists spotify toutes faites. Il y a trop peu de gens qui prennent ce parti pris.

Ça reste un melting-pot de tes influences. Ta biographie cite le kraut rock, la french touch, les Beach Boys, les Beatles, on entend aussi du grunge, notamment sur le morceau The Peak… Il y a énormément de styles qui forgent ton son ?

M : Bien sûr. Et le communiqué n’est même pas complet. Je trouve beaucoup d’influences dans le grunge en effet, du Nirvana, My Bloody Valentine, Lush, The Jesus and Mary Chain, ce sont des groupes que j’aime énormément. Ce sont des groupes qui ont mixé la pop et ses mélodies, ses riffs catchy avec des sons violents. J’aime beaucoup cet esprit.

La dernière fois qu’on s’est vus, tu mentionnais Bad Brains aussi. 

M : Oui, en grandissant j’ai écouté beaucoup de punk aussi. J’aime l’attitude de ce genre et j’ai l’impression que c’est quelque chose qui revient avec la génération qui arrive, ceux qui ont entre 16 et 25 ans. Ils gravitent un peu plus autour de cette façon de penser, ce style “je m’en fous”. Il y a une sorte de mouvance punk postmoderne que j’essaye d’implémenter dans ma musique aussi.

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À côté de ce projet Movulango, tu avais aussi les groupes Future Sound of Antwerp ou Ego Troopers. Est-ce que tu continues à jouer dedans ?

M : Oui, même si nous ne jouons plus trop. Avec Olivier, on ne s’est jamais séparés mais on est très concentrés sur nos projets personnels. Avec Asa Moto, il crée de la super musique, ils ont beaucoup de dates et ça fonctionne vraiment bien. Et ils travaillent sur un nouvel album en ce moment, ce qui est très chouette. Mais le plus cocasse, c’est que je ne savais pas que des gens savaient qu’on existait. On me demande de plus en plus ce qui se passe avec FSOA depuis que j’ai ce projet solo. Mais lorsqu’on produisait de la musique, au début de l’aventure Deewee, personne ne s’en souciait. On n’avait qu’un seul booking les deux premières années. Mais du coup, si beaucoup de personnes le demandent, on fera une tournée de retour (rires).

Tu as mis du temps à accepter ta voix sans effets ou vocodeur. Es-tu plus satisfait à l’heure actuelle ?

M : Oui. Je suis très confiant maintenant. La voix n’est qu’un muscle, tout le monde peut chanter en s’entraînant un peu chaque jour. Si tout le monde chante sous la douche chaque matin, tout le monde saura chanter. Mais parfois, ça fait toujours partie de mon processus créatif d’utiliser l’autotune. Par exemple, sur scène, je l’utilise sur deux morceaux. Mais c’est clair que maintenant, chanter sans autotune n’est plus un problème.

Tu as eu quelques concerts récemment, notamment en première partie de Hot Chip. Ce n’était pas compliqué de chanter ces morceaux plutôt personnels en face d’une foule ?

M : Si ! Mais je pense qu’il y a du stress qui s’était envolé car j’avais bien répété. Quand tu t’entraînes cent fois, ça devient juste un exercice. Et toute la partie émotionnelle attachée aux morceaux disparaît. Et puis je me dis parfois que je me sentais vraiment merdique en écrivant une chanson et là je la chante devant des gens, ce qui est plutôt chouette parce qu’elle prend vie.

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