Moscou qualifie de "blasphèmatoires" deux dessins de Charlie Hebdo sur le crash

Moscou qualifie de "blasphèmatoires" deux dessins de Charlie Hebdo sur le crash

© Charlie Hebdo

06 nov. 2015 à 14:16 - mise à jour 06 nov. 2015 à 17:23Temps de lecture4 min
Par RTBF avec AFP

Le Kremlin a qualifié vendredi de "blasphématoires" deux dessins publiés par Charlie Hebdo sur le crash de l'Airbus russe qui a fait 224 morts samedi dans le Sinaï, l'hebdomadaire satirique français dénonçant de son côté une "instrumentalisation".

"Dans notre pays, ça s'appelle du blasphème, au sens large du mot, cela n'a rien à voir ni avec la démocratie, ni avec la liberté d'expression", a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui a également qualifié d'"inacceptables" les caricatures de Charlie Hebdo.

M. Peskov a toutefois précisé que la Russie n'allait pas demander d'explications à Paris concernant ces deux dessins publiés mercredi, dont l'un montre un islamiste se protégeant de débris d'avion qui pleuvent autour de lui avec pour légende "Daech: l'aviation russe intensifie ses bombardements".

"Y a-t-il des limites à la russophobie dans les médias occidentaux", s'est interrogé pour sa part le député Alexeï Pouchkov, président de la commission pour les affaires étrangères à la Douma d'Etat (chambre basse du Parlement russe).

"Alors que le monde entier compatit avec la Russie, Charlie Hebdo proclame le droit odieux au blasphème", a-t-il écrit sur Twitter.

Le sénateur Konstantin Kossatchev, à la tête de la commission des Affaires étrangères au Sénat, s'est également insurgé de ce "mépris inacceptable pour les valeurs morales".

Si la Russie a participé à la marche historique organisée à Paris contre le "terrorisme" après l'attaque de Charlie Hebdo en janvier, elle s'est vite désolidarisée des caricatures de l'hebdomadaire.

"C'est une manipulation du Kremlin, qui utilise Charlie Hebdo", a rétorqué le rédacteur en chef du journal satirique, Gérard Biard.

"Il veulent attirer l'attention sur deux malheureux dessins et créer une polémique qui n'a pas lieu d'être. Cela ressemble à la manipulation habituelle d'un pouvoir totalitaire", a-t-il commenté à l'AFP.

"Que même les Russes s'y mettent" contre Charlie Hebdo, "ce n'est pas nouveau: c'était déjà le cas avec la polémique sur le dessin sur Aylan. Et aussi quand un opposant russe a été abattu devant le Kremlin (Boris Nemstov, assassiné en février NDLR) , ils avaient dit qu'il avait été tué parce qu'il avait soutenu Charlie Hebdo".

"Ce journal est censé être irrespectueux, donc allons-y, utilisons Charlie Hebdo ! ", a-t-il ironisé. "Or nous respectons plus de valeurs que le pouvoir russe, comme la démocratie, la laïcité, la liberté d'expression", a ajouté Gérard Biard.

Le crash de l'Airbus A321 de la compagnie russe Metrojet dans le Sinaï égyptien a fait 224 morts le 31 octobre.

L'hypothèse d'une bombe à bord a été évoquée par Washington et Londres. Le président russe Vladimir Poutine a ordonné vendredi la suspension des vols des compagnies aériennes russes vers l'Egypte, sur recommandation des services secrets.

Poutine ordonne de suspendre les vols russes vers l'Egypte

Le président russe Vladimir Poutine a ordonné vendredi la suspension des vols des compagnies aériennes russes vers l'Egypte, sur recommandation des services secrets, après le crash de l'Airbus de la compagnie Metrojet dans le Sinaï, qui a fait 224 morts samedi.

"Le chef d'Etat russe a accepté les recommandations" du chef des services secrets russes (FSB), Alexandre Bortnikov, et "ordonné au gouvernement d'élaborer les mécanismes permettant de mettre en place ces recommandations", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par l'agence publique

"Je trouve nécessaire de suspendre les vols de l'aviation russe vers l'Egypte, jusqu'à ce que nous puissions établir les vraies raisons de ce qui s'est passé" avec l'avion russe dont le crash a été revendiqué par le groupe jihadiste Etat islamique (EI), avait déclaré M. Bortnikov, cité par la télévision russe, lors d'une réunion du Comité national antiterroriste.

Il s'agit "en premier lieu" des vols liés au "tourisme", a-t-il précisé.

Le président Vladimir Poutine a également chargé le gouvernement d'"assurer le rapatriement des citoyens russes" actuellement en Egypte, selon M. Peskov, alors que ce pays est l'une des destinations privilégiées des touristes russes.

Quelque 45 000 Russes sont en vacances en Egypte, a indiqué Oleg Safonov, chef de l'agence publique de tourisme russe, Rostourism, selon l'agence Tass.

Cela "ne signifie pas" que Moscou soutient l'hypothèse d'une bombe à bord

Mercredi encore, la Russie qualifiait l'hypothèse de la présence d'une bombe à bord de l'avion, de "spéculations". Ceci alors que le groupe djihadiste Etat islamique (EI), lui, réaffirmait être à l'origine du drame.

La décision de la Russie de suspendre ses vols vers l'Egypte "ne signifie pas" que Moscou soutient l'hypothèse d'une bombe à bord, a souligné M. Peskov.

"Aucune des pistes (examinées par les enquêteurs, ndlr) ne peut prévaloir" pour l'heure, a-t-il insisté.

De son côté, le ministre russe des Situations d'urgence, Vladimir Poutchkov, a annoncé vendredi que les experts russes déployés sur le site du crash en Egypte avaient prélevé des échantillons de surface sur "tous les fragments de l'avion, des bagages et des cargaisons (...) qui pourraient éventuellement contenir des traces d'explosifs".

"Ces échantillons ont été transportés à Moscou et sont en train d'être examinés (...). S'il y a vraiment des traces d'explosifs, ils seront sûrement détectées", a-t-il déclaré, cité par l'agence TASS.

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