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Mort de la journaliste Shireen Abu Akleh : Israël refuse de juger le soldat responsable et de revoir ses règles de tir

Un portrait géant de Shireen Abu Akleh décore le mur de séparation israélien à Bethléem.

© AHMAD GHARABLI / AFP

Les États-Unis maintiennent la pression sur Israël pour que toute la lumière soit faite sur la mort de la journaliste Shireen Abu Akleh, et pour que les responsables soient jugés. Après des mois de dénégations, Israël vient de reconnaître une possible responsabilité d’un de ses soldats dans le tir fatal, mais refuse fermement de le faire comparaître en justice. Derrière ce cas emblématique, c’est toute la politique d'ouverture du feu de l’armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés qui est remise en question.

Shireen Abu Akleh était une journaliste connue et expérimentée de la chaîne Al Jazeera. Elle a été tuée d’une balle dans la tête le 11 mai, alors qu’elle couvrait un raid militaire israélien dans le camp de réfugiés de Jénine en Cisjordanie. Elle portait pourtant un casque et un gilet pare-balles siglé "presse".

Américano-palestinienne

L’armée israélienne a rapidement conclu que des tirs indiscriminés venus d’une position palestinienne avaient touché la journaliste. Cette version a été fermement démentie par les autres journalistes présents sur place : il n’y avait pas de tirs palestiniens au moment où la journaliste a été tuée. Des enquêteurs des Nations Unies sont arrivés à la même conclusion.

Née à Jérusalem-Est, Shireen Abu Akleh détenait également la citoyenneté américaine. Les États-Unis ont expertisé la balle qui l’a tuée et ont jugé vraisemblable la thèse selon laquelle le tir venait d’un soldat israélien, tout en excluant qu’il s’agissait d’un tir délibéré.

Le soldat a mal identifié sa cible et il en est désolé

Mardi, l’armée israélienne a reconnu pour la première fois "une forte possibilité" d’avoir tué la journaliste américano-palestinienne. Le soldat responsable du tir était posté à 200 mètres et n’a pas vu l’inscription "presse" sur son gilet pare-balles, a expliqué un responsable militaire. "Le soldat ne cherchait pas à cibler un journaliste d’Al Jazeera ou un journaliste en général. Le soldat a mal identifié sa cible et il en est désolé", a déclaré ce militaire. "Cela n’aurait pas dû se produire, il n’a pas fait ça de manière délibérée", a-t-il ajouté.

Cet aveu du bout des lèvres n’a pas éteint les demandes de clarifications et de justice. Il s’agit d’une "fausse confession", selon l’ONG israélienne B’tselem. L’employeur de la journaliste, Al Jazeera a condamné "la réticence des forces d’occupation israéliennes à admettre explicitement leur crime et leurs tentatives d’éluder les poursuites contre les auteurs".

L’importance de rendre des comptes

L’administration américaine a également poursuivi ses interpellations publiques pour demander que toutes les responsabilités soient établies : "Nous nous félicitons de l’examen par Israël de cet incident tragique, et soulignons à nouveau l’importance de rendre des comptes dans cette affaire, ainsi que des procédures visant à empêcher que des incidents similaires ne se produisent à l’avenir", a déclaré le porte-parole du département d’État, Ned Price.

Cet appel américain a été très froidement reçu par les responsables israéliens. "J’entends les appels de poursuivre en justice des soldats après la mort de Shireen Abu Akleh. Personne ne nous imposera nos règles de tir quand nous nous battons pour nos vies. Nos soldats ont le soutien total du gouvernement", a martelé le Premier ministre israélien Yaïr Lapid lors d’une cérémonie militaire.

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Le bureau du procureur militaire israélien avait déjà annoncé lundi qu’il "n’y avait pas de soupçon d’un acte criminel justifiant l’ouverture d’une enquête criminelle par la police militaire", malgré la "forte probabilité" que Shireen Abu Akleh ait été tuée par des soldats israéliens.

Revoir les règles d’engagement

Mais Washington poursuit le bras de fer : "Les Etats-Unis vont continuer à encourager nos partenaires israéliens à revoir attentivement leurs politiques en matière de règles d’engagement", a déclaré un porte-parole du département d’Etat américain, Vedant Patel. Il a appelé Israël à penser à des "mesures supplémentaires pour minimiser le risque de dommages infligés aux civils, protéger les journalistes et éviter que de telles tragédies se reproduisent".

Au-delà du cas de la journaliste, c’est donc toute la politique de maintien de l’ordre par l’armée israélienne dans les Territoires palestiniens occupés qui est mise en cause. "Le meurtre d’Abou Akleh est le résultat prévisible de la politique scandaleuse d’Israël en matière d'ouverture du feu dans les territoires occupés", écrit l’ONG B’Tselem.

Des milliers de Palestiniens tués

Elle constate qu’Israël a tué des milliers de Palestiniens au fil des ans, sans rendre de compte. "Cette politique reflète un profond mépris pour les vies et les biens des Palestiniens. Elle permet de continuer à utiliser la force meurtrière, essentielle pour permettre à Israël de conserver son contrôle violent sur des millions de Palestiniens", accuse l’ONG israélienne.

Pour le quotidien israélien Haaretz, "l’enquête Abu Akleh prouve que, sans pression réelle, Israël ne rendra jamais de comptes".

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