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Moonage Daydream : un voyage immersif au cœur de l’œuvre Bowie

16 sept. 2022 à 09:45Temps de lecture3 min
Par Laurent Rieppi

Un film ? Un documentaire ? Moonage Daydream est avant tout une expérience musicale, visuelle, un patchwork psychédélique célébrant la vie et la carrière d’un des plus grands chanteurs et musiciens du 20e siècle, élu récemment en Angleterre comme artiste le plus influent des 50 dernières années, David Bowie.

Signé par le réalisateur américain Brett Morgen, Moonage Daydream est le premier documentaire validé officiellement par les héritiers du Thin White Duke depuis de nombreuses années. Il est vrai que dans la famille Bowie, on est extrêmement prudent sur ce qui sort et qui est autorisé. Souvent à juste titre, on est heureux d’ailleurs que les héritiers n’aient pas adoubé l’échec de 2020 qu’a représenté le long-métrage Stardust, basé sur les premières années du musicien avant l’explosion Ziggy Stardust.

Tout d’abord rectifions ceci, Moonage Daydream, dont le titre fait référence à un des extraits emblématiques de l’album The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders From Mars (1972), ne se concentre pas uniquement sur la période androgyne, paillettes et glam rock de David Bowie. Cependant le personnage de Ziggy y est omniprésent et de nombreux parallèles avec cette première époque de gloire sont dissimulés par le réalisateur alors qu’on évolue dans les différentes grandes étapes de la vie de l’artiste.

La voix de Bowie au centre du docu

C’est David Bowie "himself" qui incarne la voix narrative qui nous accompagne tout au long de ces 2h20 intense, véritable feu d’artifice mélangeant de nombreuses images d’archives puisées dans des captations live, des interviews, des conférences de presse ou encore dans les nombreuses apparitions de Bowie dans le monde du 7e art.

Morgen a dressé une ligne cohérente et rythmée de ces différents extraits d’interviews enregistrés au fur et à mesure des époques. Même si la voix change à travers le temps ou la qualité de l’enregistrement, l’ensemble reste harmonieux et on perçoit l’évolution de la pensée de Bowie et ses questionnements sur l’art, la représentation à travers les masques de personnages, le sens de la vie, la notion du temps, la mortalité ou l’importance du voyage, de la découverte spirituelle et physique.

Contrairement à de nombreux documentaires de qualité, proposés notamment par la BBC ces dernières années, le micro n’est pas tendu ici vers l’entourage et les musiciens qui accompagnaient l’artiste. Si l’on aperçoit, évidemment, certains de ses musiciens emblématiques à ses côtés à de nombreuses occasions, ils ne sont jamais interrogés, laissant uniquement la vision, les espoirs et désillusions de Bowie au centre de l'œuvre.

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140 minutes qui défilent en un éclair ...

Cette vision est très respectueuse de celle trame voulue par l’artiste de son vivant: l’explosion de popularité de Ziggy Stardust dans le début des 70’s, l’époque décadente "Plastic Soul" (célébrée notamment aujourd'hui par Arcade Fire), les expérimentations berlinoises de la fin de la décennie (qui évite étonnamment toute référence à Iggy Pop alors que la collaboration avec Brian Eno y est par contre souligné) et puis le retour en force dans les années 80 avec la représentation à Broadway d’Elephant Man, Let’s Dance et cette plongée dans la facilité et la répétition dans la fin des 80s puis, en guise de conclusion, le retour en force créatif début 90, la rencontre et le mariage avec Iman, et le formidable Blackstar.

Ici cependant, pas de place pour le pathos ou de conclusion larmoyante, l’œuvre étant au centre de tout, ce qui compte c’est cet héritage toujours très vivant que nous livre l’artiste.

On passe donc un excellent moment lors de ces 140 minutes qui passent à une vitesse folle. Pour les fans les plus "hardcore", on regrettera peut-être le faible pourcentage d’images réellement inédites (j’en avais déjà vu plus de 90%), mais le montage et aussi l’excellent boulot de remixage réalisé par le fidèle producteur Tony Visconti nous offre un moment de cinéma à l'aspect très fluide, agréable avec ce métissage son/image parfaitement maitrisé. Que vous soyez fan, grand fan, amateur ou simplement curieux, Moonage Daydream est une grande porte ouverte sur une carrière unique, une démonstration flamboyante qui vous donnera probablement plus qu’envie d’en savoir encore plus à la sortie de la salle… A recommander chaleureusement !

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