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Mons: des travaux de restauration inadaptés causent des dégâts catastrophiques au patrimoine de la Collégiale

La peinture blanche utilisée, qui est du type de celle que l'on trouve dans le commerce aujourd'hui, n'est absolument pas compatible de par ses composants chimiques, avec les matériaux d'époque
27 janv. 2021 à 10:02 - mise à jour 27 janv. 2021 à 18:00Temps de lecture3 min
Par Vincent Clérin

La Collégiale Sainte-Waudru à Mons fait l’objet de travaux de restauration depuis de nombreuses années. Ce mardi 26 janvier, un communique de la Communauté Historia – Réseau Archeologia.be révèle les dommages subis récemment par de nombreuses pièces du patrimoine situées à l’intérieur de cet édifice de style gothique brabançon.  

La ville de Mons a réagi en fin de journée ce mercredi par communiqué exprimant sa "stupéfaction" à la découverte des informations relatives aux travaux initiés à l’intérieur de la Collégiale Sainte-Waudru par la Fabrique d’Eglise.  Le communiqué ajoute que le Bourgmestre Nicolas Martin (PS) "a convoqué une réunion avec les responsables de la Fabrique Sainte Waudru et est en contact étroit avec les responsables du patrimoine wallon (administration et cabinet de la Ministre)".  Dans le même communiqué, la ville précise que "la Collégiale est gérée par une Fabrique d’Eglise indépendante du pouvoir communal".

Les faits

Tout serait parti le 24 janvier dernier de la réaction de riverains surpris de "la tournure bizarre" que prenaient les travaux de restauration de la Collégiale.

Interpellés ces riverains prennent contact avec les membres de la Communauté Historia pour les prévenir que "depuis plusieurs mois, un ouvrier, a priori commandité par un responsable de l’édifice, réalise des travaux en ayant recours à des méthodes de restauration qu’ils estiment "inappropriées" et en totale contradiction avec les règles élémentaires de conservation préventive".

La Communauté indique avoir pris contact avec le cabinet de la Ministre wallonne en charge du Patrimoine culturel, Valérie De Bue (MR), où il leur a été confirmé "qu’aucune opération n’était en cours au sein de l’édifice" et "qu’un architecte allait être dépêché sur place sur-le-champ afin de vérifier le bien-fondé des allégations rapportées".

Historia précise encore que "l’Agence wallonne du Patrimoine (Awap) a également confirmé ne pas avoir été mise au courant ni informée de quoi que ce soit".

Ayant constaté que des interventions avaient encore été effectuées le week-end dernier, les riverains avaient tiré la sonnette d’alarme. Depuis, il semble que les travaux dénoncés aient été stoppés.

L'albâtre d'un bas-relief au-dessus d’un autel près de la sacristie est marqué par de nombreuses et récentes traces de ponçages excessifs. Des traces de fer sont incrustées dans l’albâtre même

La liste des dommages

Un état des lieux a été posé et la liste des dégâts reprise dans le communiqué de la Communauté Historia est édifiante :

Elle mentionne "les détériorations subies par un bas-relief au-dessus d’un autel près de la sacristie dont l’albâtre est marqué par de nombreuses et récentes traces de ponçages excessifs. Des traces de fer sont incrustées dans l’albâtre même".

Le relevé indique que plusieurs statues présentent également des traces d’interventions récentes et que "des couches de peintures bon marché de couleur blanche ont été appliquées sur une grande partie des statues dans la collégiale. On a appliqué de l’acrylique pour remplacer les anciennes dorures. Les autels et statues sont pour la plupart touchés ".

La liste souligne que plusieurs volutes ont été arrachées de l’autel saint Hilaire et entreposées cachées sous un drap noir près des toilettes.

L’inventaire des dégâts mentionne également que "La cloche du chœur a été complètement griffée en raison d’un ponçage excessif, l’ange au-dessus de la cloche a complètement été enduit d’acrylique".

Il semble aussi que tous les bas-reliefs de l’église aient été poncés à la fibre de verre et que du béton a été utilisé pour réparer des ornements d’un autel.

Enfin, il apparaît que le laiton de l’autel numéro 15 a été nettoyé avec un produit nettoyant pour métaux (du Sidol), quant aux autels ils ont été nettoyés à différentes reprises à l’eau.

Saisir la justice

Inutile de préciser l’émoi que ces interventions suscitent dans le chef de ces défenseurs du Patrimoine qui invite la ministre "à recourir aux services de l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) afin que puisse être établi un constat technique détaillé".

Mais ces défenseurs du Patrimoine ne s’arrêtent pas là puisqu’ils exigent "que madame la Ministre se constitue Partie Civile en déposant plainte contre le ou les auteurs présumés". Ils estiment par ailleurs une enquête judiciaire nécessaire "au vu de l’enjeu financier énorme que représentera une remise en état des éléments affectés par des interventions inacceptables".

 

 

Sujet JT 27/01/2021

Ste-Waudru : restauration en dépit des règles

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