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Mons 2015 - Boltanski

Mons 2015 - Boltanski
16 mars 2015 à 10:54Temps de lecture2 min
Par L'équipe Musiq'3

Christian Boltanski est né en France en 1944, d'une mère française et d'un père juif d’origine russe. Il investissait la nef du Grand Palais à Paris en 2010 dans le cadre de l’exposition Manifesta. L’œuvre Personnes était constituée d’une montagne de vêtements et d’une grue qui en soulevait quelques-uns avant de les relâcher. Elle symbolisait le doigt de Dieu ou le hasard.

L’exposition du Mac’s s'intitule La salle des pendus en référence au vestiaire des mineurs qui accrochaient dans cet endroit leur manteau. Une oeuvre s'inspire de ce vestiaire. Des manteaux noirs sont suspendus au plafond par un crochet ou accrochés à un rail mobile qui les déplace lentement.

L'exposition qui propose un parcours de l'ancien magasin au foin jusqu'à la dernière salle du musée creuse le thème de la mémoire et de l'oubli. La première salle présente Les Registres du Grand-Hornu. Commandée à l’artiste et réalisée en 1997, elle est une œuvre fondatrice de la collection du Mac’s. L’installation est un long mur constitué de 3 500 boîtes en fer blanc, rouillées ; chacune contient les archives d’un mineur du Grand-Hornu que sont les carnets de travail. Les personnes sont nommées. Elles sont des individus disparus, mais dont les noms subsistent. Prononcer le nom, regarder la photo d’une personne la fait surgir de l'oubli.

Face à l’œuvre, j'ai pensé aux hiéroglyphes gravés sur les murs des temples égyptiens. Dans l'Egypte pharaonique, le mot était un être vivant. Il suffisait de le prononcer pour que la réalité qu'il désigne se mette à exister et même poser le regard sur l’idéogramme était suffisant. Les Registres du Grand-Hornu avec les noms et les photos des mineurs permettent-ils de rappeler d'entre les morts tous ces disparus ? La tentative s’avère vaine, car après deux ou trois générations, la personne disparaît à jamais de toute mémoire.

Après, la dernière œuvre du circuit, présente une montagne de vêtements noirs. Elle ressemble à un terril, à une fosse commune ou un charnier. Les hommes et les femmes ont perdu toute identité. Il ne s'agit plus d'individus comme dans la première oeuvre du parcours, mais d'une collectivité d’anonymes. Une interprétation possible, selon Christian Boltanski, est la shoah, même si la lecture première renvoie au passé minier du site, mais le spectateur est libre d’interpréter l’œuvre selon son vécu et ses ressentis.

Les vêtements sont fréquents dans l'oeuvre de Boltanski tout comme les ampoules lumineuses qui éclairent faiblement et installent une pénombre comme un demi-jour qui règne dans une chapelle.

Les tissus parlent des corps qui sont absents. Christian Boltanski au fil du parcours convoque les présences fantomatiques et mêle les sens, l’odeur et le toucher des manteaux dans la salle des pendus. Le visiteur se frotte aux vêtements. Il traverse une immense garde-robe en écartant les fripes et les fantômes.

Les sons se joignent aux images. Des battements de coeur qui ressemblent à des bruits industriels sont associés à des compteurs qui totalisent le nombre de secondes vécues par des personnes bien réelles qui travaillent au Mac's. Leur âge est noté en secondes. Les secondes continuent à défiler. Il est effrayant de penser que le compteur s'arrêtera à la mort de la personne.

 

Pascal Goffaux.

 

Interview de Christian Boltanski par Pascal Goffaux.

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