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Economie

Mondialisation : "La souveraineté réapparaît aujourd'hui comme un attribut majeur du commerce"

Le marché matinal

Guerre en Ukraine: la fin de la mondialisation ?

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30 mars 2022 à 08:11Temps de lecture3 min
Par A. Lo. sur base de la chronique de Michel Gassée

Une petite phrase qui a fait beaucoup de bruit dans les milieux financiers : "L'invasion russe de l'Ukraine a mis fin à la mondialisation que nous avons connue au cours des trois dernières décennies". Elle est tirée de la lettre de Larry Fink, le patron du groupe américain BlackRock. C'est la plus grande société de gestion d'actifs dans le monde : 10.000 milliards de dollars d'actifs sous gestion.

Larry Fink, c'est donc une voix qui compte. Mais a-t-il raison ? Le point de vue de l'économiste Bruno Colmant.

"En tout cas, c'est une mondialisation qui est altérée. Elle a véritablement commencé en 2001, quand la Chine a rejoint l'Organisation mondiale du commerce. Vingt ans plus tard, avec une guerre et on se rend compte que la mondialisation avait en grande partie gommé la souveraineté des États. C'est faux. La souveraineté aujourd'hui réapparaît comme un attribut majeur du commerce. Donc, effectivement, c'est un choc de mondialisation qui, je crois, va perdurer pendant très, très longtemps."

La mondialisation va peut-être entretenir l'inflation

Quelles pourraient en être les grandes caractéristiques ? Relocalisation de toute une série d'activités ? Modification structurelle des chaînes d'approvisionnement ? On va refabriquer des jeans en Europe ? Comment est-ce qu'on pourrait décrire ce qui pourrait se passer ?

"Je crois que la relocalisation des entreprises va être considérée, mais ça va durer très longtemps. Certaines entreprises vont revenir chez nous, mais qu'on va garder un niveau de mondialisation, mais à un coût plus élevé, parce qu'en fait que la mondialisation a conduit à une structure déflationniste des prix. Les prix ont pu baisser grâce à cette mondialisation. Donc, je crois qu'on pourrait imaginer que les entreprises restent localisées dans les endroits où elles sont en grande partie. Mais malheureusement, les coûts de transaction vont devenir plus élevés. Et donc la mondialisation ne va plus être déflationniste. Elle va peut-être même entretenir l'inflation, comme on le constate maintenant."

Ces relocalisations d'activités ne seront sans doute pas massives, mais porteront sur des biens d'importance stratégique. On peut penser par exemple aux semi-conducteurs. Aussi, par exemple, aux molécules de médicaments. On avait découvert avec la pandémie en Chine que beaucoup étaient fabriqués et qu'on ne les avait pas nécessairement à disposition chez nous. Et il y aura sans doute aussi un rôle accru pour les pouvoirs publics.

Je crois que la notion de service public, de biens publics en matière d'énergie va être réhabilitée

Concernant l'énergie, on le voit bien en France, en Allemagne, avec la Commission européenne : les pouvoirs publics semblent vouloir reprendre la main, au moins en partie. "On l'a vécu la libéralisation de l'énergie. On a vécu aussi la privatisation de l'énergie, il ne faut pas l'oublier. Le cas français est très révélateur. Autant "Gaz de France" avait été une entreprise nationalisée après la Seconde Guerre mondiale, autant maintenant elle est sous le contrôle du privé. Ce qui se passe maintenant, c'est que les États européens comprennent qu'il faut avoir une approche coordonnée, ce qui va immanquablement limiter la privatisation de l'énergie et augmenter son caractère national et européen. Et donc, je crois que la notion de service public, de biens publics en matière d'énergie va être réhabilitée dans la plupart des pays européens, dont la classe moyenne et inférieure est fortement touchée par les augmentations de prix qu'on constate maintenant."

Cette envolée des prix de l'énergie qui alimente l'inflation et la hausse des prix va sans doute se calmer. Mais elle risque néanmoins de s'installer structurellement. "On a vécu depuis le début des années 80 une déflation, ou en tout cas une désinflation, continue de l'économie. On appelle ça d'ailleurs rétrospectivement la grande modération en matière de prix. Cette grande modération est liée, entre autres, au vieillissement de la population, mais surtout liée à l'ouverture des frontières qui a permis de profiter des matières premières et du coût du travail peu cher situé à l'autre bout du monde. C'est ce qui a conduit d'ailleurs des entreprises à se délocaliser à l'étranger et ça a conduit à cette mondialisation du commerce. Si on part de l'idée aujourd'hui que cette mondialisation va être freinée, va être bridée ou en tout cas va être contrôlée par des États, alors immanquablement, ça va conduire à alimenter l'inflation."

En résumé, après une pandémie mondiale pas tout à fait terminée d'ailleurs, et une guerre en Ukraine pas terminée non plus, nous entrons très certainement dans une nouvelle ère économique.

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