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Le moment musical

Moment musical | Les coupes budgétaires dans la culture en Flandre

Jan Van Eyck, "Les anges chanteurs"
12 nov. 2019 à 12:01 - mise à jour 12 nov. 2019 à 12:01Temps de lecture2 min
Par Camille De Rijck

Dans son moment musical, Camille De Rijck revient sur une décision politique qui secoue le monde culturel flamand.

Les hommes politiques, on le sait, aiment communiquer par petites phrases. Les grands rhéteurs du passé ont cédé la place au sens de la formule, de la petite bombe médiatique qui captera le plus d’attention en emportant tout sur son passage. Ce n’est pas terrible mais ça a fait ses preuves et dans la cacophonie des temps, c’est plus ou moins tout ce que les gens sont prêts à entendre. Dans la torpeur d’un long week-end de célébration de la Première Guerre mondiale, le sympathique et lumineux Jan Jambon a annoncé avec un rictus de peine infinie que le gouvernement flamand allait devoir sabrer dans le budget culturel de plus ou moins 60%. Alors, couper 60% du budget culturel flamand, ce n’est pas une mesure, c’est un symbole, c’est placer trente kilos de TNT sous l’aile droite d’un Jumbo-Jet en pleine vitesse de croisière, ce n’est rien d’autre qu’une déclaration de guerre au secteur culturel, c’est couper sa tête même et la tendre à la foule car les acteurs culturels flamands sont peu à avoir prêté allégeance à la N-VA ou au Vlaams Belang, ils auraient même à véhiculer des idées très soigneusement éloignées de celles du parti nationaliste, à savoir celles d’une société multiculturelle.

Alors, on veut bien laisser s’exprimer, tous ces artistes de gauche, mais on ne va tout de même pas les financer… Souvenons-nous de la petite phrase de Filip Dewinter, alors président du Vlaams Belang : "Les cultureux sont des suceurs de subsides comme sangsues sorties d’un marais tourbeux". Or, ce qui avait semblé relever alors de la petite pique, de la provocation d’un provocateur bas de gamme est devenu le plan quinquennal de la Flandre de 2020. Mais le plus étonnant dans tout cela est sans doute que la culture flamande est prise en otage par un mouvement nationaliste et identitaire. La Flandre qui, depuis dix siècles, brille partout dans le monde par ses artistes, dont les polyphonistes sont allés disséminer les codes d’une nouvelle esthétique musicale européenne, par-delà les Alpes dont les peintres primitifs, comme Jan Van Eyck, ont influencé les pigments et les formes de la Renaissance comme nuls autres, dont les artistes contemporains font aujourd’hui la gloire et la fierté de leur terre natale un peu partout dans le monde et ce dans plus ou moins tous les domaines d’expression, Luc Tuymans qui est fêté en ce moment à Venise, Philippe Boesmans qui sera joué au Palais Garnier cette année, Lukas Dhont qui vient d’être récompensé à Cannes, Tom Lanoye, Ivo van Hove, jan Fabre, Anne Teresa De Keersmaeker, faut-il vraiment tous les citer ? Tous ces artistes sont-ils devenus persona non grata dans ce petit carré de terre dont ils ont contribué à faire raisonner le nom à travers le monde entier ?

La vérité est que l’identité flamande repose sur la culture et que l’en dépouiller, c’est commettre un attentat identitaire, c’est la délester d’un de ses murs porteurs, et ça, venant d’un mouvement nationaliste, c’est vraiment le comble.

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