"Mom I'm fine" : un Belge accuse une marque canadienne d'avoir copié son concept

"Mom I'm fine" : un Belge accuse une marque canadienne d'avoir copié son concept

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19 juin 2019 à 07:17Temps de lecture4 min
Par Fiona Colienne

Jonathan Kubben sort du silence. Le Belge, influenceur et entrepreneur, est en colère contre Reitmans, une grande marque canadienne de prêt-à-porter, qui, selon lui, a utilisé son concept " Mom I’m fine " sans son autorisation. " Je suis choqué, triste, en colère ", nous indique Jonathan. Cela fait quatorze mois qu’il essaie de retrouver la paternité sur sa marque, jusqu’ici sans succès. Son histoire, c’est celle de beaucoup de petits créateurs qui se battent contre le plagiat.

La pancarte gagnante

Voici l’une des photos qui a fait la renommée de l’influenceur belge. Chaque fois, sa pancarte est bien en vue
Voici l’une des photos qui a fait la renommée de l’influenceur belge. Chaque fois, sa pancarte est bien en vue © Tous droits réservés

Tout est parti d’une pancarte, " Mom I’m fine ", en bon français " maman, je vais bien ". Au départ, Jonathan l’utilisait en voyage pour rassurer sa maman et il postait les photos sur les réseaux sociaux. Le concept a fait le buzz dans le monde entier, les " followers " se sont multipliés et Jonathan est rapidement devenu voyageur professionnel et influenceur, rémunéré par des marques pour utiliser sa visibilité. Il devient alors " Monsieur Mom I’m fine ", enchaîne les voyages et les conférences et obtient même un titre d’influenceur de l’année à Monaco.

" Mom I'm fine " : un Belge accuse une marque canadienne d'avoir copié son concept
" Mom I'm fine " : un Belge accuse une marque canadienne d'avoir copié son concept © Tous droits réservés

Face à ce succès, il crée sa propre marque de vêtements avec la phrase qui l’a rendu célèbre. Depuis le début, Jonathan sait qu’il doit protéger sa marque et son concept. En 2016, il dépose officiellement sa marque pour l’Union Européenne, protégeant ainsi son produit, le mode de diffusion et le droit d’auteur. Il souhaite étendre la protection au monde entier mais cela coûte cher, trop cher pour un jeune créateur comme lui. " Je me suis dit à l’époque : dès que j’ai les moyens, je dépose la marque en Amérique du Nord et dans le reste du monde ", explique Jonathan. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’il se fera doubler au Canada.

Le moment clé : la fête des mères 2018

Nous sommes en avril 2018 et Jonathan est alerté par des internautes qui le suivent sur les réseaux sociaux. L’entreprise Reitmans, leader du prêt-à-porter féminin au Canada, utilise " Mom I’m fine ". " Les gens me demandaient : est-ce que tu fais ça en partenariat avec eux ? Mais pas du tout, je n’en avais jamais entendu parler ", indique Jonathan Kubben.

Voici la campagne de la fête des mères 2018 lancée par l’entreprise canadienne Reitmans.
Voici la campagne de la fête des mères 2018 lancée par l’entreprise canadienne Reitmans. © Tous droits réservés

À l’occasion de la fête des mères 2018, l’entreprise a lancé un grand concours. Elle distribue des sacs et vend des T-shirts dans plus de 200 magasins au Canada. " Ce qui est frappant, c’est qu’ils ont utilisé la même phrase, les mêmes couleurs, la même police de caractères que moi, la même manière de communiquer sur les réseaux sociaux ", s’offusque le Belge.

Suite aux interpellations de certains internautes, l’entreprise Reitmans entre alors en contact avec Jonathan via un message privé sur Instagram. " Au début, ça se passe bien, on me parle même d’une possible licence rétroactive, peut-être même d’un partenariat ", explique le Belge. Mais quand Jonathan Kubben découvre l’étendue de ce que Reitmans a déjà produit, environ 10.000 t-shirts et 200.000 sacs, tous estampillés Mom I’m fine, la pilule est difficile à avaler. A partir de ce moment-là, nos avocats entrent en contact et Reitmans change totalement de posture. Et là, ce qui me choque le plus, c’est que pendant les discussions, Reitmans dépose la marque au Canada, dans mon dos. Mais pour moi, c’est le projet d’une vie, j’ai tout quitté pour créer ce concept ", ajoute l’influenceur belge.

La réaction de Reitmans

Nous avons contacté l’entreprise canadienne pour solliciter une réaction. Reitmans nous répond par voie de communiqué. En voici un extrait : " La campagne " Mom I’m fine " est l’une des nombreuses campagnes que notre marque a déployées sur une période de temps limitée, il y a déjà plus d’un an. Elle a été mise en place de façon légale et légitime. "

L’entreprise ne reconnaît aucune erreur. Elle indique avoir suspendu campagne de promotion une semaine après son lancement (un élément que Jonathan réfute, estimant que des T-shirts ont encore été vendus en juin 2018). Reitmans dit encore : " Nous avons entrepris des discussions afin d’établir un dialogue respectueux directement avec M.Kubben et ses représentants. Toutefois, ni M.Kubben ni ses représentants n’ont répondu à notre dernière communication, ce qui explique notre surprise devant les publications d’aujourd’hui. "

Jonathan Kubben s’est dit stupéfait face à cette réaction de Reitmans : " On n’a plus répondu parce qu’ils ne reconnaissaient aucun tord et n’offraient aucune réparation ", répond-il. Les versions continuent donc à diverger. Et le communiqué n’indique pas ce que Reitmans compte faire de la marque, qu’elle a officiellement déposé au Canada en avril 2018.

David contre Goliath

Jonathan est loin d’être le premier à mener une telle fronde. Dans le monde de la mode et du prêt-à-porter, plusieurs petits créateurs ont déjà révélé que de grandes marques avaient plagié leur idée sans leur autorisation. Mais le rapport de force n’est jamais en faveur des plus petits. Souvent, en allant au procès et à la confrontation, ils risquent de se ruiner.

Me Quentin Leclercq est avocat à Montréal, il a beaucoup travaillé dans le secteur de la mode. " C’est sûr que ça coûte beaucoup d’argent et d’ailleurs, en litige, on voit parfois la partie la plus faible économiquement qui abandonne avant la fin parce que, tout simplement, elle n’a plus les moyens de continuer ", indique-t-il.

Dommage à la réputation

Si le combat juridique est inatteignable pour des raisons financières, il reste une piste à Jonathan : faire réagir Reitmans en publiant son histoire sur les réseaux sociaux et la faire partager par son réseau d’influenceurs. " Ce n’est pas juste moi contre Reitmans, ce sont les petits créateurs contre les grosses entreprises ", croit le Belge.

Entre-temps, il a pris soin de déposer son concept aux Etats-Unis et au Mexique, pour éviter une autre déconvenue.

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