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Molenbeek Sport : une plainte pénale de l’ancien directeur contre la commune et l’échevin Azaoum

Jamel Azaoum, échevin des Sports de Molenbeek.
18 mai 2021 à 10:16 - mise à jour 18 mai 2021 à 10:51Temps de lecture5 min
Par K. F.

Nouvel épisode dans le dossier de Molenbeek Sport, l'ASBL qui gère les infrastructures sportives et les subsides aux clubs locaux de la commune. Comme l’a appris à bonne source la RTBF, l’ancien directeur, Laurent Bensalah, a décidé de porter plainte pénalement contre la commune et l’échevin des Sports (et président de l’ASBL) Jamel Azaoum (PS).

Une plainte introduite ce week-end, pour harcèlement moral et non respect de la législation relative au bien-être des travailleurs. Le plaignant nous confirme la démarche mais se refuse au moindre commentaire.

Crise sans précédent

L’ASBL Molenbeek Sport vit une crise sans précédent, aux multiples rebondissements. En l’espace d’une année, les tensions au sein de cette association paracommunale financée à hauteur d’1,2 million d’euros d’argent public ont atteint des sommets.

Il y a eu une plainte d’un club sportif s’estimant lésé dans la répartition des terrains de foot, des décisions de justice, une demande d’intervention psychosociale d’une partie du personnel suite à un conflit avec l'échevin, l’écartement de Laurent Bensalah en octobre 2020, un doublement du projet de budget recalé par la commune...

Ce n'est pas fini: un audit financier et organisationnel jugé "alarmant" mené par la firme KPMG, le départ fracassant du directeur ad intérim (Patrick Thairet) après quelques mois seulement, des demandes de démission de l'opposition adressée à Jamel Azaoum, la reprise de la gestion de l’ASBL par la commune… Bref, une véritable saga aux multiples tenants.

Des propos calomnieux, bouc émissaire

Celle-ci rebondit, une nouvelle fois : Laurent Bensalah introduit à son tour une plainte, que nous avons pu consulter. Que dit-elle ? Laurent Bensalah dénonce "la tenue de propos calomnieux et/ou diffamatoires portant atteinte à mon intégrité psychologique et professionnelle, ma réputation et mon honneur". Par propos, il entend des déclarations émises à son encontre dans la presse et sur les réseaux sociaux par l’échevin Azaoum et le vice-président de l’ASBL Khalil Boufraquech.

Il ajoute : "Je suis le bouc émissaire de la mauvaise gestion de certains dossiers, comme celui des clubs de football et mon éviction de mon poste de directeur est instrumentalisée afin d’atteindre des objectifs politiques obscurs. Tout ceci ressort de l’analyse minutieuse faites dans des conclusions judiciaires que je dépose", notamment d’un contre-rapport rédigé par l’intéressé suite au rapport de KPMG.

Ce contre-rapport de 66 pages, appuyé par plus de 230 pièces justificatives, tend à faire la lumière sur "les erreurs, les approximations, les répétitions, les plagiats, le manque d’objectivité", du rapport KPMG. En d’autres termes : plusieurs dysfonctionnements avaient déjà été pointés du doigt par Laurent Bensalah. Son analyse a été adressée à l’ensemble des conseillers communaux.

Un isolement psychologique plus profond

Dans sa plainte, l’ancien directeur égrène différents épisodes comme "des relations tendues provoquées par M. Azaoum avec le personnel et avec moi-même" et sa mise "au placard" dans une fonction "obscure"… Officiellement "une mesure de protection" pour laquelle "je n’ai jamais été entendu, on ne m’a jamais rien expliqué", ajoute le plaignant.

"J’ai depuis le début contesté la mesure de protection prise à mon encontre, qui en réalité me plonge jour après jour dans un isolement psychologique plus profond", peut-on lire. "A aucun moment, je n’ai obtenu de réponse, d’explication ni même de la part de la bourgmestre qui n’est jamais intervenue, m’obligeant à passer par la voie d’un avocat qui n’a également eu aucun retour à ses courriers, ne nous laissant d’autres choix que de lancer une procédure judiciaire civile."

Une tentative de conciliation a été engagée le mois dernier, mais celle-ci n’a rien donné selon M. Bensalah. "Je dois constater que M. Azaoum n’est qu’un beau parleur et qu’il n’a aucun égard envers ma personne. Le harcèlement moral continue notamment par des propos diffamatoires ou calomnieux qu’il tient dans la presse."

L’échevin prend acte

L’échevin Jamel Azaoum, contacté par la RTBF, déclare "prendre acte" d’une plainte dont il n’est "pas encore au courant". Mais, selon lui, cette plainte est "dans la droite ligne de l’acharnement de la part de l’ancien directeur, me semble-t-il. Si on en arrive à cette situation, celui-ci doit d’abord questionner sa gestion de l’ASBL, c’est cela qui lui porte préjudice, au-delà de tout le reste. Je rappelle que ce dossier part d’un contrôle légitime mené par les gestionnaires publics, qui met le doigt sur des choses gravissimes. L’audit ne fait que préciser ces choses."

L’échevin ajoute : "Comme le contrôle ne plaît pas, on argue le harcèlement, les comportements des uns et des autres, la calomnie de la part de celui qui est censé contrôler l’organe en question. J’ai le sentiment qu’il y a de l’acharnement alors que la commune n’a fait que son triste devoir. Cette plainte constitue donc pour moi une démarche très particulière."

L’échevin dit ne pas exclure l’introduction d’une plainte de sa part. "On suit les étapes les unes après les autres. L’audit parle également d’un subside utilisé de manière particulière et il est possible, pas certain encore, mais possible qu’on doive rembourser des subsides à l’autorité subsidiante. C'est gravissime."

Pas étonné

De son côté, Ahmed Elkhannouss, chef de groupe cdH au conseil communal (opposition), ne se déclare pas "étonné" par la plainte dont il a pris connaissance.

"Je tire la sonnette d'alarme depuis à peu près trois ans", ajoute l'humaniste. "Il y a, depuis l'arrivée du président actuel, l'échevin Jamel Azaoum, de très nombreux problèmes de gouvernance et de gestion, de harcèlement avec trois plaintes déposées par des membres du personnel, des décisions prises en dehors du cadre légal... Les autorités communales, aveuglées par une position 'particratique', n'ont jamais voulu ramener la sérénité pour que l'ASBL soit bien gérée. Nous avons d'autres faits aussi graves que ce qu'a subis l'ancien directeur de l'ASBL Molenbeek Sport."

Lesquels? "Le directeur du site sportif du Sippelberg a subi pendant des mois et des mois du harcèlement et des menaces. Ses demandes d'aide à la commune sont restées lettre morte. La seule solution trouvée dans ces différents dossiers: une fuite en avant, ne pas répondre à un organe de bien-être au travail suite aux plaintes, des audits externes qui ne disent pas la vérité... Ce qui se passe aujourd'hui est gravissime. On utilise les moyens publics pour atteindre des objectifs illégaux: se débarrasser du directeur qui a toujours travaillé correctement."

Des interpellations sont prévues ce mercredi lors du conseil communal.

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