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Belgique

Moins pour les pensions en 2018... Une étude qui bat en retraite

faute de mesures, le temps joue contre les futurs retraités.
18 oct. 2013 à 12:38 - mise à jour 18 oct. 2013 à 13:28Temps de lecture4 min
Par Jean-Claude Verset

Le moins que l’on puisse dire est que l’étude Roland Berger publiée par le journal économique suscite des critiques de toutes parts. A en croire ce bureau de consultance, les réserves accumulées pour financer le surcoût des pensions seront épuisées en 2018. Roland Berger assure que les réserves du Fonds de vieillissement ne totalisent que 14 milliards d'euros, alors que le surcoût des pensions résultant du vieillissement de la population atteindra 304 milliards d'euros à l'horizon 2060. Des chiffres descendus en flammes tant à gauche qu’à droite.

Pas de financement sans réduction de la dette

Selon Roland Berger, si le fonds créé en 2007 n’a pas été financé comme prévu à raison de 0,3% du PIB par an, ce serait dû à une "faute de volonté politique essentiellement". De source gouvernementale, on se dit «frappé», par plusieurs éléments qui échapperaient au bureau de consultance. Le premier est que la condition sine qua non pour faire intervenir le fonds dans le coût du vieillissement est que la dette publique de notre pays descende sous la barre des 60% du PIB. Ce qui ne se produira que dans de très longues années. Le scénario avancé par Roland Berger ne tiendrait pas compte de cette condition. Une analyse confortée par Michel Jadot  (ancien président de la Conférence nationale sur les Pensions) sur les ondes de la RTBF:  "Le fonds de vieillissement avait été créé en 2001 mais il fallait réduire le taux d’endettement de la Belgique. On a créé ce fond argenté en y injectant certaines ressources comme le fonds de pensions de Belgacom et les revenus de la DLU". Mais il fallait ensuite alimenter ce fond  avec des surplus budgétaires qui ne sont jamais venus. Chez le Ministre du Budget (Olivier Chastel), on tire la même conclusion: "En réalité, on n’a plus enregistré d’excédent budgétaire depuis 2008, qui aurait pu être affecté à alimenter le Fonds."

Pas de financement sans surplus budgétaire

Une autre critique de l’étude Roland Berger porte sur le mécanisme d’alimentation du fonds. Cette alimentation est conditionnée par la libération d’excédents budgétaires. Faute d’excédent, il n’est donc plus alimenté depuis … 2008. Roland Berger y voit un manque de volonté politique alors qu’il ne s’agirait que d’un impératif économique. Des sources gouvernementales rétorquent que tout ce qui est proposé dans l’étude est en cours de développement. Enfin, la même source déclare que la valeur nominale du coût du vieillissement en 2060 ne coïncide pas avec la méthode de calcul classique qu'utilisent les experts. A commencer par ceux du Comité d’Étude sur le Vieillissement, qui ont recours au pourcentage du PIB. Michel Jadot assure de son côté qu’aucun expert digne de ce nom n’oserait chiffrer des prédictions pour une période de 50 ans.

Un fonds de 14 ou 20 milliards?

Dès 2008, Michel Jadot avait constaté que le Fonds de Vieillissement  n'était déjà plus alimenté "depuis 2 ou 3  ans". Il avait alors déclaré dans une interview à la DH «Je crains que l'actif en soit détourné."

5 ans plus tard, la bonne nouvelle est que contrairement à ce qu’a laissé entendre Melchior Wathelet, ce fond existe toujours. Michel Jadot ajoute que non seulement ce fonds de financement des pensions existe, mais qu’il se monte non pas à 14 milliards comme l’écrit le rapport Roland Berger, mais à 19,7 milliards. Soit pratiquement l’équivalent de la moitié de ce qu’il faut pour financer une année de retraite  (30 à 35 milliards). Il émet aussi des doutes sur l’année 2018 qui sera la date ultime du financement des pensions "parce qu’on n’a pas encore commencé à toucher à ce fonds."

Les solutions pour éviter le clash

Bruno Colmant, partenaire chez Roland Berger, propose quatre pistes de sortie de crise: augmenter l'âge effectif (et non l'âge légal) du départ à la retraite, augmenter le taux d'emploi, évoluer vers un régime de pension hybride combinant les principes de répartition et de capitalisation et enfin, renforcer des incitants en faveur des deuxième et troisième piliers.

Le porte-parole d'Alexander De croo, ministre responsable des pensions, argumente que tout cela est déjà mis en œuvre par le gouvernement actuel qui a déjà reculé l’âge effectif de la pension de deux ans. Michel Jadot ajoute  que l’étude incriminée semble ‘découvrir la lune’. 

En Belgique explique Michel Jadot sur les ondes de la RTBF, les pensions font partie du système global de la sécurité sociale dont le budget est supérieur à 70 milliards par an.  "On ne peut donc pas traiter le budget des pensions sans évoquer celui de la sécurité sociale en général."

Pour lui, le défi sera effectivement d’augmenter l’âge auquel chacun prend sa pension, notamment par la technique des bonus de pension pour ceux qui continuent à travailler au-delà de 62 et 65 ans.

Il remarque également que c’est dans les pays scandinaves, où le taux d’emploi des personnes âgées est le plus important, que le taux de chômage des jeunes est le plus bas.

Quant au développement des 2ème et 3ème piliers, Michelt Jadot remarque qu’il faudra financer ces cotisation sous  forme de déductibilités fiscales: "Il faudra alors généraliser ces deux piliers, les contrôler de façon sérieuse". Tout en rappelant qu’en Belgique, une centaine de fonds de pension ont connu des problèmes de restructurations provoqués par la crise financière. Pour lui, il ne fait pas de doute que "bien financer la sécurité sociale passe par la baisse des exonérations de sécurité sociale accordées sur le travail pour l’achat de voitures de société ou de GSM».

Une autre étude pour mars prochain

Les amateurs d’études devront attendre jusqu’au printemps pour connaître les conclusions (officielles, celles-là) de la Commission pour la Réforme des Pensions, initiée par sabine Laruelle. Selon le porte-parole du ministre du Budget, cette commission est chargée d’examiner "quelles réformes spécifiques contribueraient à garantir l’efficacité ainsi que la durabilité sociale et financière des régimes de pensions belges à moyen et à long terme." Cela devrait permettre au prochain gouvernement de prendre des décisions qui auront un impact structurel pendant la période 2020-2040. Une chose est sûre: faute de mesures, le temps joue contre les futurs retraités.

Jean-Claude Verset

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