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Belgique

Mohamed Abrini au procès des attentats de Paris: "J’étais prévu pour le 13, mais je suis incapable de tuer"

Mohamed Abrini lors de son interrogatoire sur les faits du 7 au 13 novembre 2015
29 mars 2022 à 07:00 - mise à jour 29 mars 2022 à 17:40Temps de lecture3 min
Par Melanie Joris du service judiciaire

En cette 101e journée d’audience devant la cour d’assises de Paris, Mohamed Abrini, dit l’homme au chapeau, a été interrogé sur les derniers préparatifs et sur la journée du 13 novembre. Mardi dernier, il a affirmé à l’audience : "J’étais prévu pour le 13, je parlerai de ça la semaine prochaine". La journée s’annonçait particulièrement intéressante. Elle aura pourtant été source de déception.

D’emblée, Mohamed Abrini a reconnu avoir rencontré Abdelhamid Abaaoud en Syrie, à Raqqa. Et puis, plus tard, le 10 septembre en Belgique. C’est à ce moment-là, dit-il, qu’Abaaoud lui annonce qu’il va être intégré à un projet d’attentat. Abrini explique qu’il est incapable de refuser à cause de sa loyauté vis-à-vis du coordonnateur des attentats : "Il a risqué sa vie pour aller chercher la dépouille de mon frère en Syrie. Je lui suis loyal".

"Je ne peux pas tuer des gens"

Abrini explique toutefois avoir renoncé au projet et l’avoir annoncé à Brahim Abdeslam. Le président lui demande à de nombreuses reprises de situer le moment où il fait savoir qu’il ne participera pas aux attentats. Abrini répond : "Je l’ai dit à Abaaoud le dernier jour. Moi, je ne peux pas aller tuer des gens dans la rue. Attaquer des soldats armés, pas de problème. Mais tirer sur des gens à des terrasses, impossible".

Le président tente aussi à de nombreuses reprises de comprendre pourquoi Abrini a continué de participer aux préparatifs et a accompagné les terroristes alors qu’il avait décidé de ne pas participer aux attaques. Abrini reste évasif : "À cette époque-là, j’étais perdu. J’avais déjà fait de la prison et ça avait été très dur pour moi". Abrini participe d’ailleurs à ces préparatifs à visage découvert. Il explique naïvement : "Je pensais que je passerais sous les radars".

Selon Abrini, c’est son désistement qui a précipité le rôle de Salah Abdeslam dans les attentats. "Brahim a vu qu’il restait un gilet explosif. Il a sûrement demandé à Salah de prendre ma place. Et dans toutes les familles, c’est la même chose : le petit frère obéit au grand frère". Sur son désistement, Abrini estime par ailleurs qu’il a "peut-être permis d’éviter des morts". Une remarque qui a particulièrement heurté les parties civiles. 

Par ailleurs, Abrini maintient qu’il ignorait la date des attentats et les cibles choisies par Abaaoud. Par contre, il est persuadé d’une chose : "Je suis sûr et certain que j’aurais dû être dans la Seat, prévu pour les terrasses avec une kalachnikov et un gilet".

"Il avance à pas de géant"

L’avocat de Mohamed Abrini, Me Stanislas Eskenazi estime que son client a fait des pas de géant lors de cette audience. "Il a avancé sur sa vérité, il s’est expliqué. Il a parlé des caches et des gilets explosifs, mais aussi du cloisonnement qui existait au sein du groupe".

L’avocat est aussi convaincu de l’honnêteté de son client quand celui-ci affirme être incapable de tuer. "Son passé criminel le prouve. Il n’a jamais commis d’acte de violence, il en est incapable".

Attentes et déception des parties civiles

Cette journée d’interrogatoire aura apporté son lot de déception du côté des parties civiles. Sentiment d’autant plus marqué que les attentes étaient grandes. Mardi dernier, Abrini avait annoncé qu’il expliquerait son rôle aujourd’hui.

Une question est revenue souvent dans la bouche des avocats des parties civiles. Mohamed Abrini était au courant du projet terroriste. Pourquoi n’a-t-il pas tenté d’empêcher les attaques ? Est-ce parce qu’il approuve ces attentats ? Abrini a des réponses évasives avant de dire : "J’aurais aimé que le 13 novembre n’ait jamais lieu. Et que l’origine du mal, le conflit en Syrie, n’ait jamais lieu".

Philippe Duperron, président de l’association 13Onze15 Fraternité-Vérité, s’est dit en colère face à l’attitude de l’accusé. "Il minimise son rôle. Je suis très choqué de l’avoir entendu dire qu’il a amélioré la situation en ne participant pas aux attaques".

Me Gérard Chemla, avocat de plusieurs parties civiles, estime, lui, qu’Abrini a joué à un drôle de jeu d’équilibriste en essayant de dédouaner son ami Salah Abdeslam : "Il nous parle beaucoup de Salah Abdeslam. Et au lieu de le mettre dans le box, il est en train de l’en sortir".

Il sera intéressant de suivre l’interrogatoire de Salah Abdeslam demain. L’accusé était au centre de nombreuses questions adressées à Mohamed Abrini aujourd’hui. Sa réponse était souvent la même : "Vous lui demanderez demain".

 

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