Guerre en Ukraine

Mobilisation, menace nucléaire... Un aveu d’échec de Vladimir Poutine ?

Poutine déclare une mobilisation partielle de 300 000 hommes.
21 sept. 2022 à 15:31 - mise à jour 22 sept. 2022 à 08:58Temps de lecture3 min
Par Valérie Labonne

Le président russe, Vladimir Poutine, s’est exprimé, ce matin lors d’une rare allocution télévisée pour annoncer la mobilisation de 300.000 réservistes. Elle fait suite à l’annonce de l’organisation de plusieurs référendums d’annexion dans les zones occupées par les Russes dans l’est de l’Ukraine. Des annonces faites dans la précipitation et qui présagent d’un changement de stratégie du pouvoir russe.

C’est avec un air grave et un ton martial que Vladimir Poutine s’est adressé ce matin à sa nation. Une allocution rare, d’une quinzaine de minutes, qui a pour but de montrer les muscles à l’Occident alors que l’armée ukrainienne lui a infligé de nombreux revers sur le terrain. Un moyen également de rassurer sa population qui voit "l’opération spéciale" durer plus que prévu.

Contrée l’avancée des Ukrainiens dans l’Est

Cette allocution intervient alors que les avancées ukrainiennes des dernières semaines vers l’est mettent sous pression les forces russes. Elle permet d’appuyer la décision d’organiser, dans la précipitation, ces référendums d’annexion dans les "régions séparatistes du Donbass". Comme l’affirmait, mardi, Dimitri Medvedev, vice-président du puissant conseil de sécurité russe et ancien Premier ministre, ces référendums permettraient à Moscou de renforcer son offensive militaire.

Une analyse confirmée par Olivier Corten, professeur de droit international à l’Université libre de Bruxelles (ULB) : "La conséquence c’est que ces territoires deviendraient des parties de la Russie et dès lors si l’armée ukrainienne essaye de reconquérir ces parties, l’Ukraine s’attaquerait alors directement à la Russie. C’est comme cela qu’il justifie une mobilisation plus grande de ses forces et aussi l’usage éventuel de l’arme nucléaire".

Par ailleurs, cette annonce permet à Vladimir Poutine de justifier en interne que cette guerre ne serait plus une guerre de conquête mais une guerre défensive. Un moyen de rendre plus acceptable à l’opinion publique russe le prix à payer en termes de pertes humaines et financières.

Vladimir Poutine prévoit une guerre longue

Cette mobilisation était une rumeur lancinante qui courrait dans les rues du pays depuis plusieurs semaines. Une mesure considérée comme impopulaire car elle "casse" le contrat passé avec la population russe et l’annonce d’une opération spéciale qui n’est pas censée s’allonger dans le temps.

Pour Aude Merlin, spécialiste de la Russie à l’ULB, cette déclaration est un aveu d’échec et "le reflet des difficultés que l’armée russe a en Ukraine". Selon elle, les pertes de l’armée russe sont très importantes. Le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, a déclaré, qu’à ce jour, l’armée russe avait perdu 5937 hommes depuis le début de son offensive, fournissant un premier bilan depuis début mars. Mais selon Aude Merlin la réalité est bien différente : "On a différentes sources qui estiment à plusieurs dizaines de milliers de morts russes. En plus il y a un très gros problème d’effectif et de recrutement. Les bataillons volontaires n’ont pas vraiment pris. La société militaire privée Wagner est allée directement recruter dans les prisons des détenus de droit commun contre une remise de peine, on sait que là aussi les recrutements n’ont pas été à la hauteur des attentes". Une situation qui explique la nécessité pour Poutine de faire appel aux réservistes et de hausser le ton dans ce conflit.

La menace nucléaire pour gagner du temps ?

Le dirigeant russe n’a pas hésité à brandir la menace nucléaire. Même si elle est prise au sérieux par les Occidentaux, ce n’est pas la première fois que cette possibilité est évoquée. Pour Aude Merlin, cette annonce fait partie de la stratégie de surenchère employée par la Russie : "Cela participe d’une escalade verbale, cela participe d’une rhétorique mais il sait bien que ce recourt-là peut-être tout à fait fatal pour lui".

C’est également un moyen pour Vladimir Poutine de gagner du temps et de cacher la faiblesse de ses capacités militaires réelles. Il aura besoin de plusieurs semaines voire de plusieurs mois pour mobiliser et former les soldats qu’il prévoit d’envoyer sur le front ukrainien. Il doit également faire face à des problèmes d’approvisionnement de munitions à cause des sanctions internationales. Le Kremlin tente d’entériner une extension du conflit dans le temps. "Je crois qu’il faut être absolument réaliste et lucide, Monsieur Poutine est dans une fuite en avant. Tant qu’on n’a pas compris que c’est dans ce logiciel-là qu’il se trouve on a beaucoup de mal à reconnaître le fait que cette guerre risque de durée", prévient Aude Merlin.

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