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Mise au Point: "La Belgique reste le paradis de la fraude"

Dessin paru dans l'émission Mise au Point du 30/10/2011.

Entre 45 à 60 milliards d’euros. Selon certaines études, c’est le montant qu’atteindrait l’économie souterraine de notre pays, l’un des plus élevés en Europe.

"Malgré tout ce qu’on a fait, dans la vie réelle, sur le terrain, la Belgique reste le paradis de la fraude", estime, dès les premières secondes de l’émission, Marco Van Hees, agent du fisc, écrivain et militant du PTB. "Malheureusement, le ministre chargé de combattre la fraude, Didier Reynders, est un peu le ministre des fraudeurs et de ceux qui ne paient pas d’impôt légalement."

S’il est plus modéré dans ses propos, Georges Gilkinet (Ecolo) égratigne également le ministre libéral des Finances. "Nous avons demandé et déposé des propositions de loi pour lever le secret bancaire qui existait ici en Belgique. Une loi a été votée, nous attendons sa mise en application. Tout cela est très lent et difficile car il y a beaucoup de résistances, y compris de la part de notre ministre des Finances."

Bernard Clerfayt (FDF) : "Je ne suis pas fier"

Le ton est donné. Sur le banc en face, la droite ne peut laisser passer ces attaques.

"On mélange tout", se plaint Bernard Clerfayt. Et d’expliquer qu’il existe différents types de fraudes : fiscale, sociale et économique. Ainsi, la traite des êtres humains, le trafic de drogue, une partie de la prostitution relèveraient également de la fraude. "Je ne suis pas fier de l’importance de cette économie souterraine", poursuit le secrétaire d’État (FDF) chargé de la lutte contre la fraude fiscale. "Mais il ne faut pas raconter n’importe quoi et tout résumer sur le volet fiscal. L’instrument fiscal n’est pas le seul permettant de lutter adéquatement contre la fraude dans ce pays."

"Moi, j’ai toujours beaucoup de problèmes quand un fonctionnaire est sur un plateau en tant que représentant d’un parti politique. Il faudrait peut-être que monsieur Van Hees clarifie sa position", lance Sabine Laruelle, MR. "Et j’entends monsieur Gilkinet, qui n’est pas à un raccourci près dans ses propos et dans ses déclarations."

Fraude fiscale contre fraude sociale

La ministre des PME avance alors quelques chiffres : 4,5 milliards d’euros auraient été récupérés l’an dernier grâce à la lutte contre la fraude fiscale pour 120 millions à peine récupérés via la lutte contre la fraude sociale. Et Sabine Laruelle d'accuser la gauche d’être responsable de ce fossé.

Dans les rangs socialistes, Alain Mathot réagit et souligne que "le PS n’a aucun problème à lutter contre la fraude sociale" mais que ce n’est pas l’objet de ce débat dominical. Revenant à la fraude fiscale, le député socialiste note que seules 17 des 108 recommandations votées en 2009 en matière de lutte contre la fraude ont été mises en applications. Et d’exiger que ceux qui sont responsables de ces domaines mettent rapidement en place ces mesures.

Vice-président du cdH, Maxime Prévôt tente de calmer quelque peu les esprits. Mais estime tout de même que l’État est trop laxiste en matière de fraude. Et demande dès lors plus de rigueur "quand on voit les enjeux budgétaires auxquels on est confrontés. Il n’y a aucune raison que les efforts doivent demain être portés sur les travailleurs alors qu’il y a encore un nombre trop important de fraudeurs et en particulier de gros bonnets."

"On se bat avec des pistolets à bouchon"

D’aucuns estiment que l’administration fiscale n’a pas les moyens (humains et matériels) de lutter contre la fraude. "On se bat contre la fraude fiscale avec des pistolets à bouchon", lance l’agent du fisc Marco Van Hees.

Réplique cinglante de Sabine Laruelle : "C’est totalement faux, ce que dit monsieur Van Hees. Il ferait peut-être bien d’être un peu plus au bureau et de lire les lois qui passent plutôt que d’écrire ses bouquins poujadistes."

Thierry Evens, représentant de l’Union des Classes Moyennes (UCM), affirme qu’il n’y a ni laxisme ni absence de contrôles. Selon lui, 22% des indépendants ont déjà été contrôlés. 80% des déclarations auraient été rectifiées suite à ces contrôles, pour des montants moyens récupérés de 538 euros. "Les indépendants sont clairement visés par les contrôles. Ils ne sont pas les principaux auteurs de la fraude mais les principales victimes", martèle Thierry Evens.

Plusieurs invités réclament également plus de pouvoirs et de prérogatives pour les agents du fisc. "Oui, à certaines conditions et dans certaines situations", réplique Sabine Laruelle.

Pour Georges Gilkinet, Didier Reynders doit quitter son poste

Marco Van Hees et Georges Gilkinet s’attaquent alors de manière directe au bilan de Didier Reynders. Le représentant des Verts regrette ainsi que les intérêts notionnels, si chers à l’ancien président du MR, "favorisent le capital plutôt que le travail".

"Nous avons le même ministre des Finances depuis 1999. Est-ce qu’il sera encore ministre des Finances ou plutôt remplacé? Si oui, par qui et pour faire quoi? Je pense que si on veut changer de cap, il faut aussi changer de pilote en la matière", souhaite Georges Gilkinet, pour des raisons "d’alternance et d’efficacité des politiques publiques".

PIAB

 

Olivier Maroy et Thomas Gadisseux recevaient ce dimanche midi : Bernard Clerfayt, FDF, secrétaire d'Etat aux Finances ; Sabine Laruelle, MR, ministre des Indépendants et des PME ; Alain Mathot, PS, député fédéral ; Georges Gilkinet, Ecolo, député fédéral ; Maxime Prévôt, vice-président du cdH ; Thierry Evens, porte-parole de l'Union des Classes Moyennes ;  Marco Van Hees, agent du fisc, écrivain, PTB ; Christophe Goosens, avocat fiscaliste.

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