Coupe de Belgique

Michael Ngadeu (La Gantoise) sur le Gril : "Il y a beaucoup d’enfants gâtés dans le foot, moi j'en ai bavé !"

Sur le Gril

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C’est le pilier de l’équipe en forme du moment, le leader de la 2e meilleure défense de l’élite : avec La Gantoise, il veut purger par une victoire en Coupe la déception d’avoir échoué à la porte des Champions Play-Offs. Le défenseur buffalo évoque les soldats, Hugo Broos, les enfants gâtés, Neymar, le macabo, Julien De Sart, les minutes et Tomas Soucek. Mais aussi sa vie d’entrepreneur immobilier, Roger Milla, la manipulation médiatique, Hein Vanhaezebrouck, la critique, l’Afrique à la FIFA, les chaînes Primark et Claude Makelele. Et surtout… les caméléons. Michael Ngadeu (La Gantoise) passe " Sur Le Gril ".

Ghelamco Arena, en ce milieu de semaine : il se présente à nous en survêt élégant, juste après la séance du matin… mais légèrement sur ses gardes. Le colosse d’1,92 m a pourtant mené bien des batailles…

30 minutes d’interview ? Mouais… mais après, je dois allez faire ma sieste, car j’ai besoin de beaucoup de repos " commence Michael Ngadeu, le défenseur central de La Gantoise. " Les interviews, j’avoue que ce n’est pas mon truc : j’ai eu de mauvaises expériences au Cameroun, certains journalistes ont tendance à manipuler ce qui est dit, juste pour avoir de l'audience. Soyez sûr qu’après ma carrière de joueur, ce n’est pas le métier dans lequel je me reconvertirai… " (clin d’œil)

Michael Ngadeu face au Standard
Michael Ngadeu face au Standard © BELGA

Davy Roef, Laurent Depoitre, Sven Kums : les joueurs buffalos défilent en salle de presse, en cette journée unique d’interviews avant la finale de Coupe.

Cette Coupe, on va la gagner ! " reprend Ngadeu. " On doit se rabibocher (sic) avec nos supporters, car on a bien loupé le coche en championnat… malgré notre belle série de 25 points sur 27. On se devait d’atteindre le Top 4 et notre coach a eu bien raison de nous critiquer après notre partage au Cercle Bruges, en fin de phase classique. Il nous avait prévenus que c’était le match-clé, et nous n’avons pas répondu présent : nous avons fauté ! (sic) J’accepte la critique quand elle est juste et pertinente, car elle permet de s’améliorer. Mais je me fâche (sic) quand elle n’est là que pour détruire, insulter ou humilier ! "

" J’ai commencé en 9e division allemande… "

Devant lui, Ngadeu a, posés sur la table, deux téléphones qui ne cessent de vibrer, affichant le préfixe du Cameroun. Car le colosse est aussi, en parallèle avec son parcours de footeux, un homme d’affaires très occupé.

Je dois gérer mes sociétés au Cameroun : j’y construis et j’y loue des appartements, j’y dirige une entreprise de transports et j’ai aussi investi dans l’agriculture et dans l’élevage de poulets. Il faut toujours penser à l’avenir et se diversifier, car on ne sait jamais comment une carrière peut tourner... Quand je suis arrivé en Europe, il y a 11 ans, c’était pour étudier comme ingénieur civil : il se fait qu’on a remarqué mes capacités footballistiques et qu’on m’a encouragé à tenter ma chance. Mais ma mère ne voulait pas au départ ! Elle voulait que j’étudie : j’ai donc commencé à jouer… en 9e Division allemande, puis j’ai gravi les échelons. "

Michael Ngadeu (La Gantoise)
Michael Ngadeu (La Gantoise) © BELGA

" De Roumanie, je suis reparti en héros "

Véritable globe-trotter, Ngadeu a ainsi évolué dans divers clubs régionaux allemands, avant de rejoindre Nuremberg, puis de signer pro au sein du club roumain de… Botosani. " On m’y a hué à mon premier match car j’ai commis un penalty avant de me faire exclure… mais quand je suis parti, on m’a traité en héros. "

Et d’exploser ensuite dans les rangs du Slavia Prague, où La Gantoise le pêcha voici 3 ans pour 4,5 millions d’euros. Et où il côtoya un certain Tomas Soucek.

C’est un fameux joueur, très discret au vestiaire… mais énorme sur le terrain. Il avait un volume de jeu gigantesque et sa réussite actuelle à West Ham ne m’étonne pas : il nous battait tous aux tests physiques. On avait à Prague une équipe de guerriers, des joueurs moins talentueux qu’ici à Gand mais qui ne lâchaient jamais rien. Je garde de très bons souvenirs de cette époque… sauf de la nourriture locale : j’aimais bien une sorte de côtelette de porc épicée et sucrée mais pour le reste, ce n’était pas de mon goût… (clin d’œil) Moi, mon plat favori c’est le macabo camerounais préparé par ma mère : un régal ! C’est un tubercule noir qu’on râpe, une sorte de pomme de terre cuite dans des feuilles de bananes… et ça donne des boulettes de couscous qu’on nappe de sauce aux cacahuètes ou à l’arachide. Oui, c’est assez lourd… (Il sourit) Si je mange des caméléons ? (Il éclate de rire) Vous me demandez ça car j’ai avoué dans un interview que j’avais peur des reptiles, des caméléons et des serpents, hein ? C’est vrai : je n’ai peur de rien… mais si un caméléon ou un serpent apparaît là, je suis glacé ! Ca remonte à mes 12-13 ans, j’étais dans une école où ils pullulaient. En même temps, c’est logique : le serpent est l’animal maudit par Dieu, non ? (sic) Et en Belgique, c’est quoi, votre spécialité ? Moi, je ne connais que le chocolat… Les boulettes ? Ah oui, le cuisinier du club nous en fait des excellentes ! "

Michael Ngadeu (La Gantoise) en mode selfie
Michael Ngadeu (La Gantoise) en mode selfie © Tous droits réservés

" Je prenais le bus la nuit dans le froid pour aller bosser "

Et de nous servir le plan-langues en enchaînant les phrases en allemand… et en roumain.

Je parle aussi l’anglais et un peu l’espagnol… sans compter les dialectes camerounais. Le football m’a permis de parcourir de nombreux pays, mais c’est aussi un milieu où on n’est pas toujours conscient de la chance qu’on a. Moi, j’en ai bavé pour arriver où je suis aujourd’hui : j’ai bossé comme livreur chez Primark, je me levais à 4 heures du matin, je prenais le bus dans le froid pour enchainer 8 heures de travail… avec juste 30 minutes de pause. Mais franchement, je suis content du parcours qui a été le mien : je suis content d'être passé par là parce que je sais ce qu’est la souffrance de certains. Dans le foot, il y a tellement d’enfants gâtés… "

Michael Ngadeu en Conference League
Michael Ngadeu en Conference League © BELGA

Le joueur de champ le plus aligné… au monde !

Marathonien du taf, le Camerounais l’est aussi sur le terrain. Avec 5.094 minutes prestées cette saison sur 51 matches (NDLA : et encore un minimum de 7 rencontres à boucler…), il est le joueur de champ… au monde affichant le plus gros temps de jeu !

" Oui, j’ai lu ça… et je commence à le sentir, physiquement, mentalement et émotionnellement ! Mais c’est mon métier : on me demande de jouer, alors je joue ! Mais c’est vrai que plus on avance dans une saison, plus le cerveau se fatigue ! (sic) Le championnat belge est aussi sous-coté : des équipes comme Anderlecht et Bruges développent un football rapide et puissant, avec beaucoup de pressing et d’intensité. Mon rêve, c’est de jouer en Angleterre… mais à mon âge (NDLA : 32 ans fin d’année), mes chances d’y aller sont minces. Ce sera peut-être mon plus grand regret dans ma carrière, mais on n'obtient pas toujours ce qu'on veut dans la vie… Je suis aussi très bien à Gand et je ne pense pas spécialement à partir : si des opportunités se présentent, je verrai ça avec mes conseillers. "

" Julien de Sart est le plus fort "

Deuxième joueur gantois le plus utilisé par Hein Vanhaezebrouck cette saison après Andreas Hanche-Olsen (mais le Camerounais fut requis par la CAN un mois durant…), Michael Ngadeu a aussi contribué à faire de la défense buffalo la deuxième ligne arrière la plus imperméable (après celle de l’Union) de D1A.

Notre coach est un ancien défenseur central et il est très soucieux des mécanismes défensifs. Moi, son chouchou ? Je ne sais pas, il faut le lui demander (clin d’œil) : il me fait jouer tout le temps… mais ce n’est pas le genre à expliquer les raisons de ses choix. Mais la défense est d’abord un travail d’équipe : protéger sa cage débute par le travail de pressing des attaquants, qui sont à intégrer dans le même éloge. (sic) Le coach en veut toujours plus et ne se contente pas de ce qui va bien : après notre 0-3 de Coupe à Bruges, il relevait encore des détails dont il n’était pas satisfait. C’est comme ça qu’on progresse, et ça me plaît. Notre équipe regorge de talent : Alessio Castro-Montes, Matis Samoise qui est pour moi LA révélation de la saison, Tarik Tissoudali si doué… même s’il est parfois très égoïste (clin d’œil). Mais le plus fort pour moi, c‘est Julien de Sart : quelle saison, il fait ! "

Julien de Sart, Vadis Odjidja et Michael Ngadeu
Julien de Sart, Vadis Odjidja et Michael Ngadeu © BELGA

" Le racisme invisible est bien présent "

Petit finaliste de la CAN avec les Lions Indomptables, Michael Ngadeu vient de se qualifier pour le Mondial qatari. Où le Cameroun a été versé dans la poule… du Brésil !

C’est une malchance… ou une chance, on le voit comme on veut. On connaît leurs qualités offensives : je serai sans doute opposé à Gabriel Jesus ou à Neymar, mais je ferai avec mes qualités. Surtout, il faut rester vigilant et concentré : sur le terrain, on va se tamponner… puis à la fin, on se serrera la main, c’est comme ça pour chaque match. Mais croyez-moi, on entendra parler du Cameroun au Qatar ! On a une grosse tradition en Coupe du Monde, avec à l’époque Roger Milla, qui reste une légende chez nous… et qui passe parfois au vestiaire nous motiver et nous tuyauter. Il y a aussi Samuel Eto’o qui a gagné les dernières élections fédérales, et qui rend enfin le foot aux footballeurs : il était temps ! Il y a toujours eu des ingérences politiques dans le foot au Cameroun et il fallait changer les choses. J’espère aussi qu’il va porter la voix de l’Afrique au niveau mondial : sans lui, la CAN 2022 n’aurait sans doute pas eu lieu. Il a résisté aux pressions de la FIFA et de l’Europe, qui voulaient reporter le tournoi pour ne pas libérer les joueurs. L’Afrique reste sous-représentée au sein des instances et parmi les entraîneurs : pour un Patrick Vieira coach à Crystal Palace, quelles ont été les chances réelles des Claude Makelele, Thierry Henry et autre Clarence Seedorf ? Il y a toujours une forme de racisme invisible, mais je ne sais pas comment on peut changer les choses. Moi, au moins, je n’ai jamais subi le racisme dans les stades… et de toute façon, si c’était le cas, je m’en ficherais ! "

Michael Ngadeu (Cameroun) à la lutte avec Mo Salah (Egypte) lors de la récente CAN
Michael Ngadeu (Cameroun) à la lutte avec Mo Salah (Egypte) lors de la récente CAN © BELGA

" Hugo Broos était juste et intègre "

Candidat à la Coupe de Belgique ce lundi, Ngadeu a déjà deux Coupes nationales sur son CV… avec le Slavia Prague. Mais son titre majeur reste la CAN 2017 avec ses Lions Indomptables.

C’est le sommet de ma carrière… grâce à un homme de chez vous, qui reste un référent pour moi : Hugo Broos ! Cet homme est juste et intègre : c’est lui qui m’a donné ma chance en équipe nationale. Il nous a fait bosser comme des forçats et n’a pas hésité à écarter certains cadors, qui n’étaient pas prêts à se sacrifier pour la Nation. Il a fait de nous un commando de soldats : nous n’étions pas les plus talentueux, mais il a fait de nous des vainqueurs, prêts à perdre leurs jambes pour le pays ! (sic) J’ai appris que Mr Broos était aujourd’hui en Afrique du Sud et je pense souvent à lui, même si nous ne sommes plus spécialement en contact. "

Et Ngadeu de s’en aller, apparemment satisfait. " Cet entretien ? C’était merveilleux ! C’était magnifique ! " On n’en demandait pas tant. Mais de quoi peut-être le réconcilier avec les interviews…

Michael Ngadeu lors de la récente CAN
Michael Ngadeu lors de la récente CAN © BELGA

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