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Belgique

Mettre Dexia en faillite coûterait plus cher que la recapitalisation

Mettre Dexia en faillite coûterait plus cher que la recapitalisation
11 nov. 2012 à 13:09Temps de lecture4 min
Par Adrien de Callataÿ

Quand ça va mal, les citoyens passent à la caisse, quand ça va bien, les banques se remplissent les poches. Les réactions de l'opinion publique sont virulentes ces derniers jours. Pour Karel De Boeck, administrateur délégué de Dexia, sans ces (presque) trois milliards injectés par le gouvernement, c'était clairement la faillite pour Dexia: "Selon moi, il n'y avait pas d'autre solution", affirme-t-il sur le plateau de Mise au Point. 

"Il faut arrêter de banquer, il faut arrêter d'utiliser l'argent public pour sauver Dexia", réagit Renaud Vivien, porte-parole du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM). "Dexia n'a pas d'avenir, Dexia est en voie d'extinction", dit-il en insistant sur la conséquence qu'aura ce troisième sauvetage de Dexia sur la dette, "un prétexte pour imposer des mesures d'austérité sur la population" selon lui. Arnaud Vivien le dit clairement: "Il faut mettre Dexia en faillite immédiatement".
 
Chez les politiques, cette idée est loin de faire l'unanimité: "C'est de la folie", commente Marie-Christine Marghem. "Il faudrait arrêter cette hypocrisie permanente qui consiste à vouloir des choses comme si elles étaient réalisables et à le faire croire aux gens", estime la députée et présidente de la Commission parlementaire Dexia. Recapitaliser, il n'y avait pas d'autre choix, pour la députée libérale.
 
Dexia, une épée de Damoclès
 
Du côté d'Ecolo, on estime "qu'on est pris au piège". Georges Gilkinet rappelle que, si on laisse Dexia aller en faillite, "on doit activer les garanties. Ce qui serait pire que les trois milliards qui sont sur la table". Ce nouvel accord ? "Difficile de faire pire ce qui avait été fait précédemment. Mais un peu meilleur que 'très très mauvais', ça reste 'très mauvais'. L'épée de Damoclès reste là: quand Dexia aura encore besoin d'argent, on appellera de nouveau les citoyens belges pour payer". 
 
Pour le député PS Yvan Mayeur, "on ne va pas aller vendre avec un revolver dans le dos. C'est le meilleur moyen de tout perdre. Et là, ce sont les Belges qui payeront ! C'est ce qu'il faut éviter, et c'est ce que fait le gouvernement". 
 
"Si les pertes potentielles de Dexia sont encore considérables, il y a deux possibilités", expose Eric de Keuleneer, professeur d'économie à la Solvay Business School. "Soit la banque est mise en faillite et les pertes sont supportées par l'ensemble des créanciers, soit la banque continue avec un soutien des États belge et français qui vont prendre à charge l'ensemble des pertes en recapitalisant régulièrement la banque". L'économiste se demande si la mise en faillite n'est pas de nature à accroître les pertes.
 
Si on retire la prise de Dexia, les pertes potentielles se chiffrent entre 30 et 50 milliards, assure Karel De Boeck, l'administrateur délégué de Dexia. 
 
Impunité totale pour les responsables de Dexia ? 
 
Marie-Christine Marghem a présidé la commission Dexia et a mis en lumière un certain nombre d'erreurs. On s'attendait à des poursuites mais, finalement, on ne voit rien venir. "Nous n'avons pas trouvé dans les lois civiles et pénales de quoi mettre en responsabilité quelqu'un", se défend la libérale. "On ne s'en est pas donné les moyens", juge pour sa part Georges Gilkinet. Pourquoi ? "Il y a vraiment une volonté de remettre le couvercle sur la marmite et de ne pas changer fondamentalement le système", estime l'Ecolo. "Il y a pourtant urgence après Dexia et Fortis, si on ne l'a pas compris...".
 
Yvan Mayeur regrette ce manque de responsabilité. Il faut, selon lui, que les anciens dirigeants viennent rendre des comptes.
 
Les banques sont-elles en bonne santé ?
 
Outre la recapitalisation de Dexia, l'actualité des banques est assez mouvementée. Un plan de restructuration a été annoncé par Belfius, ING annonce des suppressions d'emplois au niveau européen. "Depuis 2008, les banques ont beaucoup changé", remarque Filip Dierckx, président de la fédération belge du secteur financier (FEBELFIN). La rentabilité de certaines banques est trop basse, il faut donc agir et prendre des mesures, constate-t-il. Dans le cas de Belfius, "ce n'est pas facile, mais il faut que la rentabilité de cette banque devienne plus élevée".
 
"Pourquoi l'emploi est-il toujours la variable d'ajustement ?", se demande Georges Gilkinet qui s'étonne de voir que le gouvernement s'étonne de voir la situation actuelle de Belfius, banque 100% publique. "Il faut des compétences techniques, mais aussi sociétales dans une banque 100% publique". Pour l'Ecolo, c'est clair, Belfius ne remplit pas vraiment son rôle et ne se différencie pas des autres banques. 
 
"L'État n'a pas vocation à être une banque", réagit Marie-Christine Marghem. "L'État est actionnaire par nécessité, mais les administrateurs ont un projet": que Belfius retrouve des couleurs pour la revendre à un prix "au moins au prix où on l'a acheté". Yvan Mayeur s'oppose à cette idée: "Je suis pour qu'on garde une banque nationalisée pour financer l'économie réelle".
 
"On peut avoir confiance dans les banques belges"
 
Pour Eric de Keuleneer, "on peut avoir confiance dans les banques belges aujourd'hui". "Mais le citoyen est en droit d'exiger qu'un certain nombre de choses changent profondément: le système de rémunération. On sait que c'est ce système qui a conduit les banques à prendre des risques absurdes et à vendre aux citoyens des produits dangereux".
 
L'économiste insiste une fois encore sur la nécessité de séparer les banques de dépôts et les banques de marchés. 
 
RTBF
 
Olivier Maroy avait invité ce dimanche :
 
Karel De Boeck, administrateur délégué Dexia
Filip Dierckx, président Febelfin
Eric de Keuleneer, économiste Solvay business school
Renaud Vivien, porte-parole CADTM
Yvan Mayeur, député PS
Marie-Christine Marghem, députée MR, présidente de la commission parlementaire Dexia
Georges Gilkinet, député Ecolo

Extrait Mise au Point

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