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Cinéma

Metropolis, un futur vieux de 95 ans

Un savant fou et son androïde, c’est aussi ça Metropolis

Le film "Metropolis" de Fritz Lang a été montré pour la première fois au public le 10 janvier 1927, il y a 95 ans jour pour jour. Si aujourd’hui, il est considéré comme l’un des grands films de l’Histoire du Cinéma, à l’époque, il fut un échec tant critique que public.

Ta cité magnifique… et nous tous, dans la lumière de la cité… mais où sont les gens dont les mains ont bâti ta cité ? Dans les profondeurs ? Et si un jour ceux des profondeurs se soulèvent contre toi ?

Le jeune Freder n’est pas tendre avec son père Joh Fredersen, le maître de Metropolis. Mais il est juste. Nous sommes en 2026. Metropolis est une gigantesque cité. En haut, vous avez les riches, les familles dirigeantes, les nantis. Tout ce beau monde s’amuse, se divertit comme il peut, comme il veut, dans le luxe. En bas, vous avez les autres, les ouvriers, ceux qui survivent tant bien que mal. Pour éviter la moindre révolte du bas vers le haut, Rotwang, un savant fou, construit une terrible machine… une femme androïde. Enfin, ce n’est que le début de son plan diabolique…

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Adapté du roman éponyme de Thea von Harbou, "Metropolis" est projeté pour la première fois de son histoire le 10 janvier 1927 au cinéma le Ufa-Palast am Zoo, situé à quelques pas du Jardin zoologique de Berlin. Le bâtiment est magnifique, tout comme sa salle de cinéma unique qui peut accueillir plus de 1700 spectateurs. Dans cette Allemagne culturellement riche et inspirée, c’est là qu’ont lieu les grandes premières des films à succès. Sauf que ledit "Metropolis" fait exception à la règle. Le film est un échec. Trop long, trop dense, avec son montage confus et ses nombreux niveaux de lecture, personne ne le comprend. Pour limiter les dégâts, au grand dam de son réalisateur Fritz Lang, la production décide de remonter la chose. De 153 minutes, le film est ramené à 116 minutes. En réalité, ces coupes vont accentuer les incompréhensions. Même les fans de science-fiction vont en perdre leur latin, à l’image de l’écrivain anglais H.G. Wells ("L’homme invisible", "La machine à explorer le temps", tout ça c’est lui et plus encore) l’avoue et balance…

" Metropolis est un ramassis d’à peu près tous les clichés, sottises et autres platitudes possibles… "

Outch ! Luis Buñuel, le réalisateur espagnol surréaliste, tempère sans réellement sauver le film. Pour lui…

Metropolis n’est pas un film unique. Metropolis, ce sont deux films collés par le ventre, mais avec des nécessités spirituelles divergentes, d’un extrême antagonisme…

L’affiche du film Metropolis de Fritz Lang
L’affiche du film Metropolis de Fritz Lang UFA
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Pourtant le film a d’énormes qualités. La mise en scène de Lang célèbre on ne peut mieux le mouvement. Sa vision du futur est davantage impressionnante qu’expressionniste (comme on a souvent classé le film). Il imagine déjà des voitures volantes. Sa ville, aussi magnifique et lumineuse dans les hauteurs que laide et sombre dans ses bas-fonds, a influencé les créateurs de Superman. Sans "Metropolis" pas de "Blade Runner" de Ridley Scott. Sans sa femme androïde dorée pas de C3-PO dans "Star Wars" de George Lucas. Du côté des effets spéciaux, ils sont confiés à l’un des experts en la matière, le grand Eugen Schüfftan. L’idée des éclairs qui illuminent le laboratoire de Rotwang sera reprise par le réalisateur James Whales en 1931 pour la création de son film "Frankenstein". Et last but not least, "Metropolis" c’est aussi une critique sociopolitique… certes un poil naïve mais une critique quand même. Il nous met aussi en garde contre les dérives de la science et des technologies.

Maintes fois restauré et remonté, Metropolis n’a jamais rien perdu de son génie visuel
Maintes fois restauré et remonté, Metropolis n’a jamais rien perdu de son génie visuel UFA

En attendant, avec le temps, le film a gagné en reconnaissance. En 1984, le compositeur italien Giorgio Moroder le remonte, le colorise et surtout, il réécrit la musique originale de Gottfried Huppertz (influencé/e par Wagner et Strauss). Sur cette nouvelle bande-son, on retrouve Pat Benatar et Freddie Mercury. Le film devient pop rock mais ça ne gâche en rien sa redécouverte.

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En 2010, "Metropolis" est encore restauré et une fois de plus remonté. Sa durée ? 148 minutes ! Juste comme ça, ce lifting lui a depuis permis d’entrer dans le Top 100 des Meilleurs films du Cinéma mondial (établi par le magazine américain Empire) ! Cela méritait bien une dernière réplique…

Aucune entente n’est possible entre le cerveau et la main à moins que le cœur n’agisse comme médiateur…

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21 mars 2022 à 07:19
3 min

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