RTBFPasser au contenu
Rechercher

Vivre ici - Gens d'ici

Métiers méconnus de la Monnaie : "Un travail digne de Steven Spielberg" explique Martin Veys, cintrier

Le premier travailleur de l’ombre que nous rencontrons à la Monnaie, Martin Veys, est jeune et svelte. Sportif et passionné. A la fois directif et à l’écoute des autres parce qu’il ne s’agit pas de se la jouer perso quand on pratique le métier atypique et exigeant qui est le sien, celui de cintrier. Un métier, où, affirme-t-il, il est " arrivé un peu par hasard ".

Mais en quoi consiste-t-il, au juste ? Aujourd’hui, ils sont six ou sept à l’exercer à temps plein à la Monnaie, sans compter plusieurs cintriers plus occasionnels, qui donnent un sacré coup de main quand cela s’avère nécessaire au sein de l’imposante fourmilière bruxelloise.

" Pour résumer mon boulot, je dirais qu’il s’agit d’un travail de machiniste qui travaille dans les cintres ", nous explique Martin Veys perché à quelques mètres au-dessus de la scène, un jour de répétition. Plus bas, ses collègues s’activent à soulever et déplacer des éléments de décors sous ses coups d’œil régulier, créant un brouhaha impressionnant.

" Les cintres, c’est toute la partie supérieure de la machinerie. Ici, à la Monnaie, il y a par exemple trois balcons techniques ainsi qu’une passerelle. Il s’agit donc de tout ce qui est au-dessus du cadre de la scène, qui partage le volume en deux jusqu’à atteindre 12 mètres de haut. Même si le théâtre de la Monnaie s’est modernisé avec le temps, on est dans l’idée d’un théâtre à l’italienne où on a grosso modo le même volume au-dessus de la scène qu’en scène elle-même. Tout cela nous permet d’échapper efficacement et rapidement les décors de la vue du public : il peut s’agir de toiles, de murs, d’un avion, peu importe… Dans ce théâtre de manière plus spécifique, on n’a pas beaucoup de dégagements sur les côtés. Comme on ne sait pas échapper les divers éléments par les coulisses, on le fait par le haut. "

© Tous droits réservés

Des contraintes supplémentaires

Forcément, chaque théâtre possède ses spécificités propres qui nécessitent que les personnes chargées du décor, parmi lesquelles les cintriers, puissent faire preuve de flexibilité, d’imagination, de professionnalisme et de précision pour ne pas mettre en péril la tenue globale d’un spectacle qui génère souvent de nombreuses contraintes. Ni la sécurité de ces travailleurs multifonctionnels.

" Ainsi, par exemple, la Monnaie ne peut accueillir qu’un spectacle à la fois parce qu’on ne peut dégager un décor qu’une seule fois, vers le haut, poursuit Martin Veys. D’autres théâtres peuvent le faire trois fois, stocker deux autres décors et donc changer de spectacle à leur guise. Ici, il y a donc des contraintes supplémentaires. Mais c’est ce qui fait la richesse et la diversité de notre métier. L’une de nos spécificités, c’est de savoir comment on accroche les divers éléments du décor, comment on va les lever. Il faut être sûr que la motorisation soit adaptée. On fonctionne avec un bureau d’études propre à la Monnaie, qui recense des ingénieurs et des architectes. Ceux-ci en étudient la faisabilité théorique. Il faut notamment savoir combien pèse un élément de décor et quel moteur il faut utiliser pour le soulever ou le déplacer. On a deux types d’engins de levage à disposition : les porteuses, qui sont en réalité des doubles perches métalliques, et les points ponctuels qui fonctionnent comme des points de grue. Sur une seule porteuse, on peut ainsi répartir jusqu’à 750 kilos alors que nos points ponctuels peuvent supporter des charges de 250 ou de 500 kilos. Il faut jongler avec tout cela. "

© Tous droits réservés

« Il y a un humain derrière tout cela »

Lorsque l’on se promène sur les plateformes qui surplombent la scène majestueuse de la Monnaie, on prend pleinement conscience de la difficulté et de la technicité de ce métier méconnu pour lequel il ne faut pas ménager ses efforts ni manquer de réactivité ou de créativité. Et de préférence ne pas souffrir du vertige !

" Le vertige, c’est avant tout mental, assène notre interlocuteur alors qu’on jette un regard dans le vide que l’on surplombe. Quand je suis en vacances au bord d’une falaise, j’ai le vertige. On peut l’avoir aussi sur une échelle de trois mètres. Quand je me retrouve ici, par contre, c’est mon boulot de porter des trucs en hauteur et je dois assurer, pour moi et pour mes collègues. Je ne souffre pas du vertige parce que je sais que ce que je fais a du sens. "

Un opéra, cela se prépare souvent des années en amont. Lors de chaque représentation, le moindre détail compte et le travail du cintrier, même s’il n’est pas forcément visible et a fortiori apprécié à sa juste valeur, est essentiel à son bon déroulement général.

" Franchement, les spectacles que l’on réalise sont dignes de Steven Spielberg au niveau des effets spéciaux ! Mon plus grand kif, c’est de pouvoir innover dans la technique, de trouver de nouvelles idées, de nouvelles façons de faire. Être créatif, exploiter la machinerie, aussi. Et savourer les applaudissements au final même si notre travail n’est pas encore terminé une fois que le rideau se baisse. Après, il y a des choses que le public ne comprend pas forcément, notamment le fait que quand on échappe un décor, il y a un humain derrière. On crée en quelque sorte des ‘effets spéciaux' avec pour différence qu’on ne recommence pas ici, qu’on n’a donc pas le droit à l’erreur. On doit donc communiquer sans cesse entre nous et l’esprit d’équipe doit donc être très fort. Cela crée une dynamique forte, une ambiance particulière. C’est nous qui sommes derrière tout cela, pas quelqu’un qui clique sur un bouton. "

Vincent JOSÉPHY

Sur le même sujet

Histoire(s) d'orchestre : Mortier, Ono, Pappano, des personnalités qui insufflent de nouvelles impulsions et sonorités à l'orchestre (5/5)

Musiq3

Articles recommandés pour vous