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Métiers méconnus de la Monnaie : "Je suis un peu le fantôme de l’opéra !", explique Jo Heyvaert, surtitreur

Les yeux émerveillés comme ceux d’un enfant qui nous montrerait sa cachette secrète devant laquelle ses parents seraient passés mille fois sans y prêter attention, Jo Heyvaert nous ouvre la porte discrète, quasiment invisible, qui mène à son modeste Royaume caché. Tout là-haut, au dernier étage de la Monnaie, là où les places sont les moins chères tout en offrant une vue plongeante et vertigineuse sur la scène, il nous dévoile une pièce de quelques mètres carrés à peine où il officie les soirs de représentation.

Passionné depuis sa plus tendre enfance par les langues, le chant et l’opéra, il exerce à la Monnaie un travail méconnu, combinant dans une belle harmonie ses multiples qualités : celui de surtitreur. Complexe et varié, il consiste, en gros, à imaginer, mettre en place et assurer les surtitrages qui apparaissent en direct et dans les deux langues nationales sur des écrans disséminés aux quatre coins de la Monnaie, les soirs de représentation. "On essaie de ne pas trop charger les écrans pour donner au public l’information nécessaire à la compréhension du spectacle", explique notre interlocuteur. Il faut qu’il puisse pleinement en profiter plutôt que d’entrer dans un travail mental de déchiffrage."

« Essentiel à l’harmonie globale »

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Dans cette pièce exiguë et cachée du regard des spectateurs, Jo Heyvaert se sent tout cas comme chez lui, dans un rôle de l’ombre qu’il affectionne : "Quand je suis dans ma cabine, je me dis toujours que je suis un peu le fantôme de l’opéra !, s’amuse-t-il quand on l’interroge sur son importance dans la réussite d’un spectacle. La vue que j’ai sur la scène n’est pas obligatoire mais elle contribue au plaisir de mon travail. Je pousse sur un bouton pour lancer chaque phrase en lisant la partition. J’ai la chance de comprendre parfaitement les opéras et je les chante en même temps, souvent. Personne ne sait que je suis là, peu de gens savent à quoi sert réellement mon métier, pensant que le surtitrage est automatique. Parfois même, j’apprends que certaines personnes qui travaillent ici depuis des années ne connaissent pas l’existence de mon travail, qui est pourtant essentiel à la bonne compréhension et à l’harmonie globale d’un opéra. Quand la technologie connaît des ratés, les gens me trouvent très vite. Le moindre grain de sable dans un spectacle, on le voit tout de suite. Ce qui est assez drôle, c’est qu’on est invisibles et que si on le reste, c’est mieux pour nous !"

« Les langues, c’est mon assurance ici »

Doté d’un sens de l’humour et de l’autodérision remarquables, Jo Heyvaert s’installe alors au calme dans les balcons pour nous expliquer en long et en large les qualités nécessaires pour devenir un bon surtitreur, un métier d’une autre époque qu’il a découvert un peu par hasard.

"A la base, j’avais fait des études de langues slaves puis j’ai fait le Conservatoire pour devenir chanteur mais je n’étais pas forcément assez doué dans ce registre. Je me suis alors dit qu’il faudrait un miracle pour que je réalise mon rêve de devenir chanteur professionnel. J’ai donc jugé préférable de rejoindre une bonne chorale du côté de Saint-Nicolas. Au sein de celle-ci, il y avait une personne, Koen Van Caekenberghe, qui était traducteur pour les brochures et les programmes à la Monnaie et qui commençait à faire des productions avec des surtitres, ce qui était assez nouveau à l’époque. Comme il avait un temps plein à côté, il cherchait quelqu’un pour faire la conduite des spectacles. Il m’a proposé le poste parce que j’avais fait le Conservatoire et que je maîtrise bien les langues slaves. Mon avantage, c’est que je connais presque toutes les langues utilisées dans les opéras l’exception du hongrois, qui reste relativement rare. Par contre, je maîtrise le français, le néerlandais, l’italien, le russe, le tchèque et l’allemand. Je dis tout le temps que c’est quasiment mon assurance ici…"

« Pas un travail d’égo »

Si le métier de surtitreur s’est beaucoup modernisé au sein de structures plus récentes à l’étranger, qui proposent parfois des surtitrages individualisés sur chaque fauteuil, le travail de Jo Heyvaert reste quant à lui plus ‘artisanal’, avec un matériel parfois vétuste appelé à être mis à la page ces prochaines années. En Belgique, se pose également la question de la gestion des deux langues nationales, "qui induisent des difficultés supplémentaires", selon Jo Heyvaert.

"En général, je m’occupe de préparer un texte de base en version néerlandaise selon les phrases musicales, qui est ensuite adapté par un traducteur français. On essaie d’avoir une pensée par écran et comme l’ordre des phrases peut être différent, il y a souvent un véritable d’adaptation parfois chirurgical à mettre en œuvre. Il est essentiel que les gens puissent continuer à profiter du spectacle sans avoir toujours l’œil rivé sur les écrans. On essaie de s’adapter au mieux au spectacle, à sa mise en scène. On est au service du spectacle avant tout : ce n’est pas un travail d’égo ! Par contre, il est de longue haleine et génère pas mal de stress le soir de représentations."

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