Economie

Mesures de soutien pour l’Horeca : une fois réparties sur plusieurs mois, elles ne sont pas toujours suffisantes

05 févr. 2021 à 13:36Temps de lecture3 min
Par RTBF

Depuis le début de la crise, les différents gouvernements de notre pays enchaînent les annonces d’aides aux secteurs qui ont dû fermer leurs portes. Mais quand on fait les comptes, ce soutien permet tout juste de garder la tête hors de l’eau. C’est en tout cas l’avis de Maxence Van Crombrugge. Il est patron de cinq établissements en Wallonie.

1139 euros par restaurants par mois : c’est la moyenne des aides publiques calculées par ce restaurateur depuis le début de la crise sanitaire. "Après sept mois d’interruption, la moyenne n’est que de 1139 euros par restaurant. Alors, vous parliez de gros chiffres, de 40.000 euros ou de 9000 euros, mais il ne faut pas oublier de les répartir sur les mois de fermeture", explique-t-il.

Et les nouvelles aides annoncées par le gouvernement wallon ? "En ce qui me concerne, elle pourrait être de 12.000 euros parce que j’ai plus de 10 travailleurs. Si je l’additionne aux aides déjà reçues et que je remets deux mois de fermeture, une hypothétique ouverture mi-avril, cette moyenne chute encore de 100 euros. Donc, chaque restaurant reçoit en moyenne 1000 à 1500 euros par mois, d’une situation à l’autre."

20.000 euros de sa poche tous les mois

1500 euros par mois, c’est loin d’être suffisant pour ce patron qui doit débourser 25.000 euros par mois pour ses 5 restaurants. Avec les aides, "je reçois en moyenne 5000 euros. Donc, je mets 20.000 euros de ma poche tous les mois. Tous les mois, répète-t-il. Et j’en connais qui perdent bien plus."

Pour ce patron, ces primes ne sont d’ailleurs pas des "aides". "Quand on dit " aide ", on ne peut pas être trop exigeant. Moi, je voudrais rappeler que c’est avant tout une indemnité compensatoire. On a été réquisitionné, on a réquisitionné notre personnel et on appelle ça " aide ". Non !"

Il faut des indemnités compensatoires à la hauteur des pertes, clame-t-il. "Je pense surtout aux locataires. À Bruxelles, le loyer moyen est entre 3000 et 5000 euros et ça monte parfois à 20.000 ou 25.000 euros. Le gars qui reçoit 1000 euros par mois et qui doit payer un loyer pour lequel, pour la plupart, ils sont cautions solidaires, ne l’oublions pas. Donc, même s’ils déposent leur bilan, on va quand même les poursuivre sur leur maison de famille, et c’est un drame socio-économique important et majeur."

Le patron est lucide, il sait qu’en demandant une ouverture le 1er mars, il serait possible d’ouvrir dans le courant du mois. "Je crois qu’on veut vraiment une perspective dans le courant du mois de mars et une date butoir, non négociable, au 1er avril. Et je ne choisis pas cette date au hasard. Le 1er avril, c’est le début des vacances de Pâques."

La population a besoin d’une petite bulle d’oxygène, autant que ce soit en Belgique

Si le retour vers la convivialité est nécessaire au secteur, il l’est aussi pour la santé mentale des Belges. "Je crois avant tout que tous nos clients et toute la population ont besoin d’une petite bulle d’oxygène. Et autant la prendre en Belgique. Que tout le monde puisse sortir. Les beaux jours sont là depuis quelques années en avril, il fait magnifique, donc ouvrons les hôtels, de la côte aux Ardennes, ouvrons les terrasses, et que tous les Belges puissent enfin respirer, sortir avec les enfants. Donnons-leur les moyens de ne pas avoir envie de quitter le pays, de ne pas avoir envie d’aller skier, de ne pas avoir envie de se mélanger à d’autres types de virus." Il faut libérer la population de cette usure morbide qu’on vit tous, plaide ce patron.

Et pourquoi pas une tournante entre les secteurs ?

Si les courbes repartent à la hausse avec l’arrivée des variants sur notre sol, la réouverture de l’Horeca sera repoussée. Cette façon de procéder est à revoir pour Maxence Van Crombrugge et à remplacer par une tournante entre les secteurs.

"Je demanderai à tout le monde demain de cesser de prendre le métro et le train et d’aller à vélo et à pied, et de libérer l’Horeca. Fermez les centres commerciaux et libérez l’Horeca. Chacun son tour ! Nous, on a déjà tenu huit ou neuf mois, à d’autres de faire l’effort."

Et quand l’Horeca rouvrira, il sera important de continuer à soutenir le secteur selon ce patron.

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