Belgique

Menaces envers les journalistes sur les réseaux sociaux : la justice dans l’impasse ?

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15 juil. 2022 à 04:01Temps de lecture2 min
Par Alisson Delpierre

Les agressions, la haine et les menaces n’épargnent personne sur les réseaux sociaux. Et les journalistes sont de plus en plus régulièrement pris pour cible. Problème ? Pour lutter contre cela, la justice belge ne dispose pas vraiment de levier.

L’administrateur de la RTBF, Jean-Paul Philippot, tire la sonnette d’alarme. Face à ce genre de situation, "on a pour habitude de systématiquement réagir et saisir les autorités judiciaires pour que le débat démocratique que le réseau social permet et qui est très riche ne devienne un espace où il y a une autorisation d’impunité à agresser et proférer dans certains cas des menaces de mort."

La liberté d’expression n’est pas la liberté d’agression

Sur les réseaux sociaux, les agresseurs se cachent derrière des pseudos. "Nous nous trouvons aujourd’hui face à un vide juridique qu’une récente décision a souligné. La justice ne remet pas en cause la gravité des faits mais constate l’impossibilité à obtenir du réseau social Twitter la communication du nom de la personne derrière le pseudo utilisé pour proférer une menace de mort vis-à-vis d’une journaliste" précise Jean-Paul Philippot.

Pourquoi un tel blocage ?

La justice ne permettrait donc pas de réagir face à des menaces proférées sur les réseaux sociaux. "On est dans une impasse. Impossibilité via la voie civile. Blocage de Twitter qui se réfère à ses conditions générales. Et la voie pénale nous amène à la cour d’assises avec deux réalités : cela va durer des années et il est probable que cela n’aboutisse jamais" constate l’administrateur général de la RTBF.

A l’inverse, pour les menaces proférées par téléphone par un numéro anonyme, une procédure existe dans le droit belge. L’opérateur doit, à la demande d’un médiateur, fournir l’identité de la personne derrière l’appel.

Une tendance générale

Les agressions envers les journalistes sont en augmentation partout, surtout depuis la crise sanitaire. C’est ce que constate l’Association des journalistes professionnels.

"C’est compliqué parce qu’il y a de vraies conséquences dans la vie. Certains journalistes ont changé de métier, d’autres se sont retirés des réseaux sociaux or c’est un outil pour eux ou ils ne couvrent plus certaines matières pour éviter de faire face à ces harceleurs. Cela a donc des conséquences sur le journaliste et l’information pour le public" explique Martine Simonis, la secrétaire générale de l’AJP.

La Belgique s’inspirera peut-être de la France. Là-bas, la justice permet, dans certaines circonstances, de lever l’anonymat sur les réseaux sociaux.

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