RTBFPasser au contenu
Rechercher

Actu médias

Médias : le CSA adopte un code de conduite pour lutter contre les publicités sexistes et stéréotypées

L'invité dans l'actu

Code de conduite sur les publicités sexistes

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

02 août 2022 à 10:48Temps de lecture4 min
Par Kevin Dero, sur base d'une interview d'Aline Gonçalves

Le CSA, le Conseil supérieur de l’audiovisuel, a adopté le 14 juillet un code de conduite sur les publicités sexistes, hypersexualisées et fondées sur des stéréotypes de genre. Ce matin, nous sommes revenus sur ce sujet pour le développer avec Saba Parsa, vice-présidente du CSA. Au micro d’Aline Gonçalves, elle nous en apprenait davantage sur ces nouvelles dispositions.

L’objectif est ambitieux et pousse à clarifier les choses : "c’est avant tout de donner au secteur, et a priori aux éditeurs, un ensemble de lignes de conduite, de règles beaucoup plus précises en matière de publicité sexiste, hypersexualisée, et permettre en réalité aussi de changer les mentalités sur ces questions", explicite Saba Parsa.

Voitures et bikinis

Tout d’abord, comment définir ce qu’est une publicité sexiste ? Une publicité hypersexualisée ? En premier lieu la méthode : "On a mis en place au CSA quatre grosses réunions de travail avec les experts et les acteurs du terrain pour justement définir. Le premier article du code consiste justement en un ensemble de définitions, notamment sur l’hypersexualisation, sur le stéréotype de genre. Et sur le stéréotype sexiste, que l’on distingue du stéréotype de genre".

C’est avant tout l’excès


Pour consulter ce code du CSA plus en détail, cliquez sur ce lien.


Qu’est-ce qui fait qu’une publication est sexiste ou pas ? Pour la vice-présidente du CSA "C’est avant tout l’excès. C’est vraiment ce qui ressort du code. Le caractère excessif, inapproprié". Et Saba Parsa de clarifier : "on n’est pas en train de dire, par exemple, qu’on ne peut plus vendre de maillots de bain en montrant des jeunes femmes ou des jeunes hommes en maillot de bain. On est en train de dire que ce n’est pas forcément nécessaire et ça ne sert pas la publicité de vendre une voiture en mettant une jeune femme étalée de tout son long en bikini sur le véhicule, par exemple".


A lire aussi : Non au sexisme dans la pub : une vidéo choc et sans détour


 

Les jeunes générations semblent assez sensibles à ces questions de genres et de clichés. Pour l’experte "c’était quelque chose qui ressortait de la parole de nos experts. Les jeunes générations, ceux qui sont aujourd’hui assis sur les bancs des universités et des hautes écoles, ne se reconnaissent pas dans ce genre de publicité. Ce n’est plus leur réalité". Et les annonceurs, donc, de devoir utiliser d’autres stratagèmes pour conquérir le cœur de ces jeunes cibles.

Notre vision du monde est en partie basée sur des stéréotypes. Ces stéréotypes ne sont pas forcément mauvais ou erronés. Mais "ce qu’on a appris, ajoute Saba Parsa, c’est que catégoriser est quelque chose que l’esprit humain fait en toutes circonstances. Ce qui est important, c’est quand ce stéréotype de genre finit par enfermer un certain rôle dans un genre, par exemple". Et la jeune femme de donner un exemple : "c’est quand, de manière systématique, la femme apparaît comme hystérique ou quand la femme apparaît comme attachée à des rôles de ménage, etc."


A lire aussi : Comment mettre fin au sexisme au travail ?


Un de ces exemples eut lieu au JEP. Le Jury d’Ethique Publicitaire est chargé de d’autorégulation sanctionnant les publicités hypersexualisées ou sexistes. L’organisation avait – certains s’en rappellent…- une publicité pour un organisme public (Le Forem en 2017, ndlr). Sur la publication, on pouvait voir ", une fillette, bigoudis dans les cheveux et un plumeau ou je ne sais plus quel ustensile de nettoyage. Avec un message : " Vis ton rêve, forme-toi pour ce métier-là ". Cette publicité a été sanctionnée et ils ont d’ailleurs même reconnu que c’était tout à fait inapproprié de vouloir assimiler la femme à ces rôles de ménage.

Pas si simple de cibler un écart…

Il n’y a donc pas que le privé qui "dérape" de temps en temps. Et les médias pour qui s’applique le fameux code sont de tous types. "Il vise évidemment les éditeurs, c’est-à-dire la RTBF ou RTL TVI. Les annonceurs, eux, continuent à être régulés par le jury d’éthique publicitaire qui fait un très bon travail et qui a collaboré avec nous à la rédaction" souligne la vice-présidente du CSA.

 

Le public visé est plus spécifiquement les mineurs. "C’était nécessaire d’aller sur ce terrain-là parce qu’il est important aussi, aux jeunes âges, de leur apprendre qu’on ne doit pas rester clivés ou enfermés dans des rôles de genre ou dans des stéréotypes". Des individus "en construction" nécessitant une vigilance particulière.


A consulter aussi sur RTBF Info : les articles de la rédaction des "Grenades"


Le CSA prévoit aussi dans ce code que les médias se dotent d’un ou d’une référente genre et communication commerciale au sein de l’entreprise. Il s’agit, précisons-le, d’une recommandation faite aux médias par le CSA. Pourquoi ? "On les retrouve de plus en plus dans les médias", note Saba Parsi. "Des référents sur différentes questions. L’accessibilité, par exemple… Ce sont des personnes-ressources extrêmement utiles parce qu’elles ont une connaissance spécifique de la réalité du terrain". Des personnes qui sont là pour guider les plus jeunes. C’est parce que ce n’est pas toujours évident de savoir si oui ou non on est dans de la publicité hypersexualisée, si oui ou non on est dans du sexisme ou si on est dans de l’humour…" Ces acteurs référents seront, pour la spécialiste, "vraiment des ressources pour les éditeurs".

A revoir : "clés de l’info" dans le JT du 6 mars 2018

Les clés de l'info : enquête sur le sexisme

JT 19h30

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sensibilisation

Prochainement, le CSA devrait rédiger un guide pratique. "Il nous semblait donc important de ne pas se limiter à ce code de conduite. Nous aimerions travailler toujours avec les mêmes acteurs, toujours avec les experts, toujours avec les éditeurs et les annonceurs, à la réalisation d’un guide pratique qui va véritablement les aider, et plus encore travailler à des formations. On est persuadé que c’est vraiment nécessaire. On ne peut pas arriver simplement au moment de la sanction. On doit aussi arriver en amont, en formant les gens et en formant les jeunes également". Des formations tous azimuts, avec un large spectre. Hautes écoles, universités, les annonceurs de publicité aussi. Sans oublier le CSEM. Le CSEM, Conseil Supérieur d’Education aux Médias, organisme public "pourrait aider à mettre en place des formations", selon Saba Parsa.

 

Sensibiliser et non plus systématiquement punir, voici donc un des objectifs du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel pour mener la lutte contre les publicités sexistes, hypersexualisées et fondées sur des stéréotypes de genre.

Sur le même sujet

Le sexisme au quotidien persiste, selon un rapport

Relationnel

Sexisme, harcèlement : "Il y a trop peu de sanction" estime Violaine Alonso, membre de Fem&Law

Belgique

Articles recommandés pour vous