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Matin Première : E. Coli, un désastre sanitaire?

Sabine Laruelle
06 juin 2011 à 04:05Temps de lecture10 min
Par Sandrine Pauwels
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INVITEE                       Sabine Laruelle   Ministre de l'Agriculture

 

JOURNALISTE           Bertrand Henne

 

Georges Lauwerijs       Et notre invitée ce matin, c'est Sabine Laruelle, MR, Ministre de l'Agriculture, Bertrand Henne, sécheresse et bactérie

E-Coli au menu de votre interview.

 

BH             : - Bonjour Sabine Laruelle.

 

SL              : - Bonjour !

 

BH             : - Après la fausse piste du concombre espagnol, les soupçons se portent désormais sur les graines germées vendues par une entreprise de jardinage du nord de l'Allemagne, il faut être précis, comme vecteur donc de transmission de la bactérie E-Coli. Est-ce que les graines de soja dont on parle, seraient commercialisées chez nous ? Est-ce que vous le savez ?

 

SL              : - Ecoutez, je n'ai pas d'information encore aujourd'hui. On a appris hier soir qu'il y avait une nouvelle piste qui était ces graines germées de soja, qui viendraient d'une ou deux entreprises situées en Allemagne, à mon avis, on ne doit pas en importer des tonnes. On est évidemment averti, on est alerté, on attend la confirmation des analyses qui devrait arriver aujourd'hui et le système d'alerte qui devrait alors être actionné au niveau européen. Je suis en tout cas heureuse qu'on avance parce que depuis des jours maintenant, ce que nous attendons de l'Allemagne, c'est qu'elle mette tout en oeuvre pour trouver l'origine de la contamination, elle a d'abord accusé avec légèreté les concombres d'où,

 

BH             : - Oui, on avait d'ailleurs interdit chez nous l'importation des concombres espagnols

à cause de ça ?

 

SL              : - Non, des concombres espagnols venant des deux exploitations, donc il faut bien aussi dire aux consommateurs et les rassurer, la traçabilité des produits agricoles européens, est totale. Il y a un problème en Allemagne où on retrouve l'origine, qu'elle soit en Espagne, qu'elle soit ailleurs. Et donc ça, c'est quand même un élément excessivement important, aujourd'hui, je crois que ce qu'il faut dire aux consommateurs, c'est qu'on n'a pas de cas en Belgique, que la toute grande majorité des personnes touchées aujourd'hui, sont passées par l'Allemagne et qu'ils peuvent consommer aujourd'hui des légumes crus, des légumes cuits, toute une série de produits. Il faut évidemment comme chaque fois, rappeler un certain nombre de normes d'hygiène de base, se laver les mains, laver ses légumes, enfin, ça, ce sont des choses récurrentes.

 

BH             : - Le Ministre de l'Agriculture du Land de Basse-Saxe dit que les présomptions sont si fortes sur les graines de soja notamment germées, il n'y a pas que du soja, il recommande aux consommateurs de renoncer à la consommation. Est-ce que vous dites la même chose en Belgique ?

 

SL              : - Mais je trouve qu'en Allemagne au niveau de la communication tout d'abord, on se rend compte que tout est laissé au niveau du Land, ce qui pose quand même un problème aussi au niveau européen. Il y a des télé-conférences, le Commissaire Dali va envoyer une équipe pour aller voir ce qui se passe en Allemagne. Donc ça montre aussi que le modèle allemand que d'aucunes prônent, tout ne fonctionne pas nécessairement merveilleusement bien.

 

BH             : - Il y a eu des erreurs de gestion grave,

 

SL              : - Moi, ce que je recommande,

 

BH             : - Dans la gestion de la crise en Allemagne ?

 

SL              : - J'ai demandé, j'ai été au Conseil européen informel des Ministres de l'Agricuture, j'ai déjà demandé mardi de la semaine passée, qu'il y ait après la crise, ce qu'il faut maintenant, c'est la régler, c'est trouver l'orgine, c'est voir comment on fait pour aider les producteurs lésés, c'est en tout cas qu'il y ait un audit, vous savez que nous en Belgique, on a beaucoup appris des crises précédentes,

 

BH             : - Notamment de la dioxine ?

 

SL              : - On est tous interdépendants en Europe ; on s'en rend évidemment bien compte aujourd'hui et il faudra évidemment que la Commission fasse son travail et qu'on puisse aussi analyser si tous ces systèmes de contrôle d'analyses, de recherches, sont aussi performants les uns que les autres.

 

BH             : - Oui et donc vous ne dites pas ce matin, que les graines germées sont à proscrire dans l'alimentation des prochains jours, quoi ?

 

SL              : - Mais de toute façon, l'Allemagne l'a bien dit elle-même, les graines germées qui sont suspectes aujourd'hui d'avoir ramené cette bactérie, sont produites par une firme en Allemagne et donc arrêtons de jeter la suspicion sur l'ensemble des produits.

 

BH             : - D'une filière ; il y a quand même une forme de crise de confiance qui s'est installée, on le voit bien dans la production notamment des concombres, qui continuent à mal se vendre. Est-ce que ça veut dire qu'il va falloir, comment est-ce qu'on va remédier à ça ? Est-ce que, ce qui s'est passé en Allemagne, aurait pu arriver chez nous, avec notre système de veille sanitaire, avec l'AFSCA notamment ?

 

SL              : - Ecoutez, nous,

 

BH             : - Ou est-ce que c'est un système totalement différent ? Et ce qui s'est passé là-bas, n'aurait pas pu arriver chez nous ?

 

SL              : - Mais un problème sanitaire, il peut s'en passer partout. Maintenant la capacité d'un Etat à réagir, à trouver la source du problème, à remonter tout ça, dépend évidemment de la mise en place des services. Cela dit, on a eu une crise de la dioxine, je ne vais pas le rappeler, un élément excessivement douloureux. On a maintenant une agence intégrée qui intègre les contrôles du début à la fin de la chaîne alimentaire, qui contrôle ce que nous exportons, qui contrôle ce que nous importons. Et par le passé, elle a pu montrer son efficacité. Elle est d'ailleurs, il y a eu une crise de la dioxine en Allemagne en janvier. La Commission européenne a montré l'Afsca en exemple ; ça ne veut évidemment pas dire qu'on ne peut pas avoir de problèmes chez nous. C'est ça que je demande, c'est qu'à l'avenir, au niveau européen, on ait des audits pour être sûr que tous les systèmes fonctionnent de façon aussi optimale qu'en Belgique.

 

BH             : - Alors en attendant la crise de confiance des consommateurs, évidemment elle fait des dégâts chez les producteurs. Est-ce que vous allez demander des compensations pour les Belges et d'ailleurs en fait pour tous les Européens qui ont subi des dégâts et comment on va mesurer ça ?

 

SL              : - Mais je vous le disais, j'ai eu Conseil européen formel, mardi, j'ai évidemment demandé que l'on mette ce point à l'ordre du jour. Nous avons abordé cette problématique, il faut savoir que ma collègue espagnole, elle m'a dit qu'elle perdait plus de 200 millions d'Euros en quelques jours, mon collègue néerlandais, c'est 5 millions d'Euros par jour. Nous sommes à 2-3 millions d'Euros sur la semaine passée et d'autres aussi, la France, c'est 50%, enfin, d'autres acteurs. Ces producteurs n'ont évidemment rien fait de mal. Ils n'ont commis aucune faute, aucune erreur. C'est parce qu'à un moment donnée, une agence allemande a jeté la suspicion sur eux, que tout le marché s'est écroulé.

 

BH             : - C'est l'Allemagne qui doit payer les pots cassés ?

 

SL              : - Et donc je demanderai, non, non, je demanderai une solidarité européenne, je trouve que c'est la moindre des choses, c'est que ces producteurs qui n'ont rien fait mais qui sont suspectés à tort, je rappelle quand même que tout ça maintenant, c'est terminé, que l'on peut,

il n'y a plus aucun doute sur les concombres, les tomates, la salade, etc, tout ça est sain. Eh bien, je demanderai évidemment une solidarité européenne.

 

BH             : - Parce que de toute façon, cette histoire va coûter très cher, puisque derrière, c'est, il y a une solidarité européenne, c'est quand même d'une manière générale, les contribuables européens qui vont payer, ça va coûter tout ça ?

 

SL              : - C'est-à-dire qu'au niveau du budget de la Politique agricole commune, chaque année, on a un peu des surplus et donc moi, je ne demande évidemment pas de budget complémentaire,

 

BH             : - Ce n'est pas un budget extraordinaire, c'est ça, oui ?

 

SL              : - C'est de dire, dans le budget agricole, utilisons ce qui n'est pas utilisé à autre chose et chaque année, on a du surplus pour réagir et pour aider ces producteurs lésés.

 

BH             : - Alors évidemment ce qui concerne aussi les agriculteurs, c'est la sécheresse, il a plu aujourd'hui, c'est bien, mais enfin, bon, ça ne va pas régler grand chose. On a entendu René Ladouce tout à l'heure, nous dire que ce n'est pas suffisant. Il y a des mesures qui ont été prises au niveau régional pour faucher notamment plus tôt certaines prairies, quelle réponse peut apporter le Fédéral ? On va dire que le Ministre régional Benoît Lutgen, vous a écrit vendredi, afin que vous activiez le Fonds des calamités agricoles. Est-ce que vous allez le faire, est-ce que vous allez lui répondre positivement ?

 

SL              : - Mais de toute façon, j'ai déjà répondu à Benoît Lutgen et je lui ai expliqué un certain  nombre de principes qui prévalent en matière de calamités agricoles ; je suis parfois un petit peu étonnée de devoir rappeler ça chaque fois qu'on a un incident climatique, alors que c'est une législation qui existe depuis quand même très longtemps.

 

BH             : - Il ne connaît pas la législation, Benoît Lutgen,

 

SL              : - Comment fonctionnennent, comment fonctionnent les calamités agricoles ? Un agriculteur qui se sent lésé aujourd'hui parce que, et aujourd'hui, le gros point noir, ce sont les éleveurs, les pâtures n'ont pas repoussé, il n'y a plus de repousses, il n'y a plus à manger pour les bêtes, donc les mesures les plus urgentes, c'est bien la Région wallonne de les prendre et j'espère qu'elles seront activées rapidement. Si un éleveur se sent lésé en disant, mais moi, ma pâture, j'ai vraiment de gros dégâts, ce qu'il faut faire, c'est faire passer la Commission communale de constat de dégâts, autrement dit, il faut constater les dégâts,

 

BH             : - C'est l'agriculteur qui doit l'appeler, oui ?

 

SL              : - Pour les pâtures, on peut évidemment le faire maintenant, pour les escourgeons, il faudra faire les récoltes, savoir si les rendements sont moyens ou mauvais, parce qu'ils ne seront évidemment pas bons et pour les froments comme tout le monde sait, ça, c'est plutôt en août qu'il faudra attendre ou fin juillet, en fonction de la saison. Cette Commission,

 

BH             : - Donc c'est pas à vous d'activer quelque chose ?

 

SL              : - Cette Commission communale passe, constate, chiffre les dégâts ; le Gouverneur de chaque Province, collectionne, collationne tous ces constats, les envoie chez moi et une fois que j'ai tout ça, je vois alors le montant que je dois demander au Gouvernement fédéral et j'espère que quand je viendrai avec ce dossier en demandant des budgets complémentaires, le Secrétaire d'Etat, CDH au Budget, me donnera les moyens.

 

BH             : - Melchior Wathelet en l'occurrence. Est-ce que la Région wallonne a bien géré pour vous, la crise de la sécheresse ?

 

SL              : - C'est une particularité dans le monde politique, peut-être même politique agricole, c'est que je ne me permets jamais de porter des jugements ou positifs ou négatifs sur un autre niveau de pouvoir. J'essaie à mon niveau de faire le maximum dans mes compétences, que ce soit pour les agriculteurs, pour les indépendants, pour les PME ou en politique scientifique, j'espère, j'espère que chaque Ministre, quel que soit son niveau de compétences, agit de même.

 

BH             : - Mais vous n'en êtes pas sûre ?

 

SL              : - Mais moi, je ne me prononce pas là-dessus, je vous dis, moi, j'essaie de faire mon maximum. Alors tout le monde évidemment, nous sommes tous des êtres humains, j'espère que chaque Ministre à chaque niveau de pouvoir, fait de même.

 

BH             : - Mais à part porter le dossier des calamités agricoles, mais on l'a, on se reporte dans plusieurs mois au Fédéral, si vraiment, ce dossier aboutit, aujourd'hui, vous pouvez faire quoi de plus pour les agriculteurs ?

 

SL              : - Mais la compétence agricole a été régionalisée ; donc ou bien, elle est régionalisée, ou bien elle ne l'est pas ; moi, si on me dit demain, écoute, reprends tout, je le reprendrai et

je ferai,

 

BH             : - Mais c'est tout ce qui vous reste de compétences, plus grand chose, quoi, vous ne pouvez plus faire grand chose ?

 

SL              : - Aujourd'hui au niveau des éleveurs, les mesures urgentes à actionner, sont de compétences régionales. Je rappelle aussi que tout indépendant, les agriculteurs sont des indépendants, il y a dans le statut social des indépendants, dont je m'occupe, un certain nombre de possibilités pour alléger les trésoreries.

 

BH             : - Alors vous êtes aussi Ministre de la Politique scientifique, je le disais et vous avez la tutelle sur la Station Princesse Elisabeth en Antarctique. Alain Hubert se plaignait, c'était la semaine passée, du fait qu'avec les affaires courantes, le sort de la station était menacé. Est-ce que vous avez pu le rassurer, enfin, le sort de la station, c'est peut-être un peu trop gravissime mais en tout cas, qu'il y avait des problèmes ?

 

SL              : - Oui, je ne l'ai pas entendu, je suis en contact évidemment très réguliers avec Alain Hubert, je ne l'ai pas entendu dire que l'avenir de la station Princesse Elisabeth, était en danger parce que,

 

BH             : - En tout cas, il s'inquiétait ?

 

SL              : - Parce que ça ne l'est pas. Ca ne l'est pas, ça ne l'est pas, pourquoi ? Parce que le Fédéral a investi 13 millions d'Euros dans la construction de cette station, parce que mon département a les moyens, plus de 2 millions d'Euros par an, pour assurer sa maintenance

et parce que nous avons quasi 3 millions d'Euros par an pour y faire de la recherche et notamment de la recherche fondamentale. La question qui se pose aujourd'hui, vous savez que l'armée, la Défense nationale était un partenaire essentiel dans la construction de cette base polaire,

 

BH             : - Il y avait une dizaine d'hommes qui étaient là-bas sur place.

 

SL              : - C'est de voir à l'avenir, comment va-t-on faire en sorte de pouvoir continuer à collaborer avec la Défense nationale, mais je comprends aussi mon collègue de la Défense, au niveau du Budget, on lui dit, tu dois faire des économies, tu dois limiter tes dépenses et

donc il doit évidemment faire un certain nombre de choix mais mon collègue de la Défense n'a jamais dit qu'il arrêterait toute collaboration, je n'ai pas entendu Alain Hubert dire qu'il y avait une menace sur la station Princesse Elisabeth, tout simplement parce qu'il n'y en a pas.

 

BH             : - Et donc est-ce que, en l'occurrence, ce dossier est tranché ; est-ce qu'on sait si la Défense nationale va continuer à octroyer des hommes ?

 

SL              : - Non, tout ça, est on est en train de réfléchir, donc il y avait évidemment la mise en place de la station, toute une série d'adaptations, on va évidemment voir à l'avenir comment on peut collaborer au mieux avec la Défense nationale, avec la Politique scientifique et avec la Fondation polaire.

 

BH             : - Merci, Sabine Laruelle.

 

SL              : - Merci beaucoup.

 

BH             : - On vous retrouve tout à l'heure, 8:35 heures, pour les questions des auditeurs.

 

Georges Lauwerijs : - Sabine Laruelle est votre invitée ce matin : 070/22 37 37 ou matinpremière.be pour vos questions et commentaires.

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