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Mathilde Fernandez, diva lyrique et moitié d'ascendant vierge : "On a réussi à s’imposer comme la nouvelle pop"

Mathilde Fernandez, diva lyrique et moitié d'ascendant vierge : "On a réussi à s’imposer comme la nouvelle pop"
01 janv. 2022 à 09:007 min
Par Aline Glaudot

Artiste, musicienne, chanteuse, performeuse, en seulement quelques années, Mathilde Fernandez s’est révèlée nouvelle icône pop, baroque bien dans son époque. Pourtant loin des standards de la nouvelle chanson française, elle réussit à imposer son univers gothique et surréaliste un peu la manière d’une Mylène Farmer ou d’un David Bowie dont elle revendique (entres autres) clairement les influences. En 2019, elle fait la rencontre du producteur de techno hardcore, Paul Seul, avec qui elle fait le pari fou de mélanger son répertoire lyrique à son univers gabber.

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Difficilement qualifiable mais extrêmement efficace, ascendant vierge et sa néo techno trans, conquis en moins d’un an un public multigénérationnel, éclectique et avide de nouveautés. En décembre dernier, nos deux punk 2.0 faisaient la couverture du célèbre magazine français "Tsugi", s’imposant encore un peu plus dans le paysage musical comme étant la révélation à suivre en 2022.

Curieux, Jam a discuté avec Mathilde autour d'un thé à la menthe dans un bar saint-gillois. Rencontre !

Enzo Orlando

Qui es-tu Mathilde Fernandez, chanteuse/diva lyrique et moitié d’ascendant vierge ? Quel est ton parcours ?

J’ai toujours fait de la musique. D’abord comme un hobby et c’est aux alentours de 2015 que j’ai eu envie d’en faire mon métier. A l’époque, je me voyais devenir metteuse en scène. J’ai fait les beaux-arts à Nice, d’où je viens, puis je suis partie un an en Suisse avant d'arriver ici à Bruxelles car je voulais faire la formation mise en scène à l’INSAS. Finalement, ils ne m’ont pas prise et ce fût une très bonne chose. Ça m’a permis de mettre un point final à mes études mais je suis restée en Belgique car les compagnies pour lesquelles je voulais travailler étaient basées ici. En tant que française provinciale, je n’avais pas d’autre choix pour travailler dans le domaine de la culture que de partir à Paris… et je déteste Paris. J’étais déjà venue quelques fois à Bruxelles car mon frère y habitait et tout convergeait pour que j'y reste. Je me suis installée et j’ai démarré mon projet solo. A Nice, je prenais des cours de chant avec une des chanteuses qui tourne actuellement avec Magma. J’ai aussi pris des cours avec Armande Altaï. Arrivée à Bruxelles, on m’a guidé vers une prof de chant lyrique qui habite à Forest et qui m’a vraiment enseigné les bases.

Comment tu qualifierais ton projet musical à ce moment-là ?

Je ne sais pas trop. A l’époque, en 2015, je débarquais complètement dans le milieu de la musique. Je traînais dans le milieu de l’art contemporain, du théâtre, des arts vivants, de la danse contemporaine mais le milieu de la musique j’y connaissais que dalle. J’ai rencontré assez vite les gars de La Femme et j’ai participé à plusieurs de leurs albums en tant que chanteuse. Il y avait ce côté nouvelle chanson française. Donc à ce moment-là, si je devais me qualifier ça serait ça. A l’époque, il y avait aussi beaucoup de chanteuses très pop comme Clara Luciani et beaucoup disait qu’il y avait un tronc commun à cette chanson française mais moi je ne me suis jamais trop sentie appartenir à ça. On me qualifiait souvent de chanteuse "performeuse". Pour moi, ça faisait écho à quelque chose du ressort des arts vivants, contemporains, un milieu dans lequel j’avais évolué mais que je n’avais pas forcément envie de prendre avec moi dans le milieu de la musique. Et puis j’y suis revenue car je me suis remise à faire des performances en 2017 et je me suis dit "ok, mon travail rassemble les deux."

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En 2019 naît le duo ascendant vierge que tu crées avec Paul Seul des Casual Gabberz. Comment s’est passée votre rencontre ?

Faut savoir que j’aime beaucoup danser, j’aime les choses qui font bouger, j’ai toujours voulu faire ça avec mes projets solos. Du coup, chaque fois que je sors un EP j’aime bien y ajouter des remixes pour pouvoir les passer en club. En 2017, j'ai sorti mon deuxième EP "Hyperstition" et j'ai découvert au même moment Casual Gabberz. J’aimais beaucoup ce qu'ils faisaient et surtout le travail de Paul au sein du collectif 

un travail très boum boum mais aussi très mélodique, très mélancolique et je me suis vraiment dit "j’ai envie que ce mec fasse un remix d’un de mes morceaux".

Je l’ai contacté sur internet et il a accepté de remixer "oubliette", le single du deuxième EP. Ça été une espèce de coup de foudre. Il a fait le remix en moins de 24h. Je me suis dit "ok, c’est le meilleur morceau de tout l’EP". On s’est rencontré en vrai à Paris et on s’est dit qu’on avait envie de continuer à bosser ensemble, à essayer de faire des choses. Il pensait qu’il allait continuer à bosser sur mon projet en tant que producteur et là je lui ai dit "faisons table rase de nos projets respectifs et montons quelque chose ensemble".

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D’où vous est venu l’idée du nom ? A quoi fait-il référence ?

Le nom ascendant vierge, on l’a trouvé super vite. Paul est vierge et moi ascendant vierge. Quand, en studio, on a dû nommer notre premier projet musicale, comme on venait d'avoir cette discussion Paul a écrit "ascendant vierge" et c’est resté.

Ascendant vierge, ça fait aussi un peu référence à quelque chose de mystique, cosmique, futuriste et ça a donné des clefs au gens avec qui on a travaillé pour les visuels.

Alexis Hennecker

Qu’est ce qui nourrit la musique d’ascendant vierge ?

Je dirais, nos deux projets solos mais pas que. Il y a une volonté de faire danser les gens, de rendre compte d’une époque, en tout cas dans les textes. De continuer à écrire sans pression et de ne pas forcément faire de la pop radiophonique comme beaucoup d’artistes aujourd’hui. On avait envie d’un truc pop mais qui, en même temps, défonce dans tous les sens du terme, qui défoule, qui soit un genre de catalyseur d’émotion, d’euphorie, de mélancholie. On voulait pousser un maximum ce qu’on savait bien faire chacun dans notre style et de créer une fusion.

Notre volonté, c’était de ne pas ressembler à ce qu’on faisait chacun de notre côté.

Ascendant vierge n’a vraisemblablement fait l’expérience de la scène et du public qu’en 2021. Comment s’est passée cette première rencontre ?

On n’a jamais peur, ce n’est pas quelque chose qui nous caractérise. On est assez excité en général, dans l’émotion. On a commencé par deux dates en Allemagne qui se sont débloquées juste deux semaines avant. Après on ne savait pas ce qu’on allait faire, on avait aucune visibilité sur notre été. En mai, dans notre tête, on allait commencer à bosser sur l’album. Pour nous, c’était hors de question de faire des concerts assis, autant pour mon projet solo c’est possible et encore c’est limite, mais sur ascendant vierge c’est mort. On est donc parti en Allemagne, puis on a eu une date surprise à Paris avec Casual Gabberz et notre troisième date c’était les Nuits Sonores à Lyon. Là j’avoue que j’ai un peu halluciné. Je n’avais pas capté qu’il y avait plus de 2500 personnes dans le public puisqu’on avait fait nos balances dans une salle vide.

Quand après Sébastien Tellier, on est arrivé sur scène sur un morceau à 160 BPM et que 2500 personnes totalement surexcités connaissaient toutes nos paroles …c’était comme un courant électrique ! Comme si tu prenais le jus, le courant pendant une heure.

Je suis sortie de scène et je me suis vraiment demandé ce qu’il venait de se passer. C’était énorme…

Ascendant vierge a débarqué un peu comme un ovni dans le paysage techno, tu es d'accord ?

Plus maintenant. Je pense qu’on a quand même bien réussi notre pari : commencer comme un groupe complètement secret, indé, pour toucher des gens assez intéressés par le clubbing et la techno pour arriver à un projet plus pop. Et on le voit, là on essaye d’être programmé sur les festivals d’été, on est par exemple au Printemps de Bourges à côté de Laylow et plein d’autres, c’est assez généraliste comme programmation.

On a réussi à s’imposer comme la nouvelle pop

Comment est ce que tu qualifierais votre public ?

Assez hétéroclite. En concert, il y a souvent beaucoup de gens queer mais pas que, aussi de gens qui aiment faire la grosse teuf, beaucoup de très jeunes et puis un public plus âgé aussi entre 30 et 45 ans. Je pense qu’on touche autant des fans de métal que des gens qui aiment la techno, que des gens qui aiment l’indus ou la chanson française.

Et le public de Mathilde Fernandez ?

Un peu comme ascendant vierge mais plus vieux et hyper queer. Depuis le début ils sont là, j’ai vraiment un ancrage dans ce public-là. Sur les performances scéniques, il y a un truc assez extraverti visuellement, un espèce de féminin poussé à l’extrême et puis il y a quelque chose avec la voix aussi du ressort des divas. Aujourd’hui pas mal de chansons d’ascendant vierge sont reprises dans des cabarets. J’ai toujours aimé ça !

Mylène Farmer, David Bowie, Maryline Manson, ça draine un public pas mal différent et ce sont mes références…

Est-ce que c’est dans ascendant vierge que tu te retrouves le plus ?

Je pense qu’ascendant vierge, c’est l’évolution de mon projet solo. C’est un projet dans lequel je peux me lâcher entièrement. Là, je pense qu’il n’y aura plus rien en solo avant 2023, 2024. Mais il n’est pas impossible qu’à un moment avec Paul on ait besoin de prendre des routes séparées pendant un petit temps… ou pas. En tout cas moi je sais que j’ai des chansons qui ne sont pas encore sorties et j’ai très envie de faire un album solo. Mais pour moi il y a finalement assez peu de différences entre l’un et l’autre projet. J’ai toujours pris des EP comme des chapitres.

Ascendant vierge c’est un chapitre, un gros gros gros chapitre, c’est un peu une saga même. Là on bosse sur notre premier album mais d’ici la il y aura plein de surprises…

 

Le premier album d'ascendant vierge devrait voir le jour à l'automne 2022. Ils seront en concert au Botanique le 13 mai 2022.

Mathilde Fernandez a quant à elle sorti son dernier EP "Sensible" en mai dernier et sera également en concert au Botanique le 14 janvier prochain!

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