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Bien-être

Marre de la ville ? Des Chinois tentent le retour à la terre

Comme Hu Siqin, des jeunes Chinois fuient le stress des grandes villes, direction la campagne.
23 nov. 2021 à 17:003 min
Par RTBF TENDANCE avec AFP

Malgré son travail bien payé dans une multinationale à Shanghai, elle a tout plaqué pour cultiver des légumes. Comme Hu Siqin, de jeunes Chinois fuient le stress des grandes villes, direction la campagne.

La trentenaire a abandonné une carrière qui lui permettait de se payer restaurants et sorties. Mais quelque chose lui manquait au milieu des étincelants gratte-ciel de la métropole de 25 millions d'habitants.

Les jeunes urbains veulent redonner du sens à leur vie

En manque de "racines", fatiguée de la course effrénée du monde du travail, Hu Siqin a sauté le pas il y a quelques années pour les joies simples d'un mode de vie rural. "Comme d'autres, j'en étais arrivée au point où le confort matériel n'arrivait plus à me motiver. Au fond de nous, on n'était plus satisfaits de nos vies", déclare-t-elle. "On se demandait : quel est le but de notre vie ? Pourquoi se lève-t-on le matin ?"

La Chine a été jusque dans les années 1980 un pays très majoritairement rural mais la tendance s'est inversée rapidement avec le développement économique. Il a entraîné une urbanisation croissante qui a permis de sortir plusieurs centaines de millions de personnes de l'extrême pauvreté et de construire une économie moderne axée sur la consommation.

Mais avec une certaine aisance désormais atteinte, les attitudes commencent à changer. Horaires à rallonge, transports bondés, hausse du coût de la vie, pression des parents pour "réussir" et se marier, avoir des enfants... Beaucoup de jeunes sont fatigués de ce style de vie, une lassitude qui se matérialise parfois par la métaphore de "la planche" : rester allongé chez soi plutôt que courir après la réussite sociale.

Les "nouveaux agriculteurs" sont éduqués et connectés

Ex-responsable du marketing ou de l'approvisionnement chez L'Oréal et Décathlon, Hu Siqin explique qu'elle semblait "heureuse à l'extérieur mais vide à l'intérieur".

Désormais, elle plante des patates douces, des haricots et autres légumes bio à Chongming, une grande île essentiellement agricole dans l'estuaire du Yangtsé. Les parcelles sont louées avec des amis partageant le même idéal.

Petite boule d'énergie, Hu Siqin peine à contenir sa satisfaction lorsqu'elle déterre des patates douces et goûte des plants de sorgho.

Elle fait partie de ce que le gouvernement appelle des "nouveaux agriculteurs" : des personnes en général jeunes, éduquées, qui apportent à l'agriculture de nouvelles idées ainsi que leur maîtrise des réseaux sociaux ou de la vente en ligne. Ils seraient 20 millions, selon des chiffres officiels. Le gouvernement se réjouit de voir des jeunes doués pour les technologies et le commerce intégrer le secteur agricole.

Leur plus grand défi ? Rassurer les parents !

Mais pour Liang Funa, 34 ans, la priorité est surtout d'avoir une vie plus sereine. Cet ancien cadre dans la publicité est arrivé à Chongming il y a quelques années après un surmenage.

"Notre génération est sous une énorme pression. Et les gens qui restent en ville n'ont pas vraiment d'échappatoire", explique-t-il. "Autour d'eux, les gens parlent constamment d'acheter une maison, une voiture ou de se marier. Comme si c'étaient les seuls marqueurs de la réussite et qu'il n'y avait pas d'autres voies possibles."

A son arrivée dans l'île, il a dû rapidement apprendre les bases de l'agriculture. Mais a bénéficié de l'aide de ses nouveaux voisins et s'est informé via des tutoriels sur internet. Pour compléter ses revenus, il travaille en ligne pour une organisation caritative.

Funa dit apprécier sa vie désormais exempte de stress et avoir réalisé qu'il a, en fin de compte, besoin de fort peu de biens de consommation.

Il mange uniquement les légumes bio qu'il cultive, se sent en meilleure santé et assure avoir réduit ses visites chez le docteur.

Mais pour ces jeunes, le plus difficile est souvent de convaincre leurs parents. Ceux de Siqin dénoncent régulièrement son choix de vie, qui s'apparente, selon eux, à un "retour en arrière".

Mais elle reste convaincue de son choix. Elle négocie actuellement un bail longue durée afin d'avoir sa propre ferme dans la province du Zhejiang (est). La jeune femme espère mettre en terre ses premiers plants au printemps. "Je suis sortie de ma zone de confort pour aller dans un endroit inconnu, sans savoir ce que j'allais trouver. Aujourd'hui, je peux dire que j'en sais bien plus sur la vie."

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