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Marc Coudron : "Un boulot énorme pour développer le hockey mondial"

21 mai 2021 à 16:47Temps de lecture4 min
Par Christophe Reculez

Marc Coudron sera-t-il le deuxième Belge à la tête d'une grande fédération sportive internationale, après Ingmar De Vos, président de la Fédération équestre internationale ? En tout cas, l’ancien recordman de sélections et actuel président de la fédération belge, brigue le mandat de président de la fédération internationale de hockey (FIH) pour les 3 années à venir. Le vote, via vidéoconférence, se tiendra ce samedi.

Une candidature surprise pour celui qui allait bientôt rentrer dans l'ombre après 16 années à la tête de la fédé belge, son mandat se terminant en juin prochain.  

" Cela faisait quelques années que des responsables internationaux me suggéraient une telle candidature ", explique Marc Coudron. " Cependant, j’avais le souhait de terminer mon travail du côté de la fédération belge. Mais après le report de l’élection (NDLR : initialement prévue en novembre 2020, l’élection a été postposée suite à la pandémie), j’en ai discuté avec beaucoup de monde : la fédération belge, la fédération européenne, ma famille bien entendu, afin de déterminer la pertinence de ma candidature. Et, finalement, tout ça s’est décidé rapidement puisque j’ai rentré ma candidature une semaine avant la date limite en mars. ".

Le seul adversaire du Belge sera le président sortant, l’Indien Narinder Batra, qui a été quelque peu critiqué pour sa gestion financière de la FIH. " Il y a un gros travail à faire. Il faut une meilleure gouvernance, plus de transparence. Par exemple, la Pro-League (NDL : Compétition regroupant les meilleures nations mondiales) a monopolisé beaucoup de budget. La fédération est en perte depuis plusieurs années à cause de cela. Bien entendu, les joueurs et le public, quand ils pouvaient être dans les stades, adorent cette compétition. C’est un magnifique produit pour populariser le hockey, entre autres, dans les médias. Mais si elle n’arrive pas à s’autofinancer, il faudra trouver une solution ", explique l’ancien international, banquier de profession.

Autre grief à l’encontre de son concurrent : une tendance claire à privilégier le hockey du top mondial. Certaines petites fédérations se sont d’ailleurs senties délaissées par la dernière présidence. Des petites nations que Marc Coudron a contactées, une à une, pour présenter son projet de développement du hockey mondial avec, à la clé, une confrontation avec une réalité parfois compliquée. " Nous, européens, sommes privilégiés. Moi le premier, on ne s’imagine pas toujours comment cela se passe ailleurs. Certains se débrouillent seuls pour porter notre sport à bout de bras. Au Sierra Leone, le président me disait qu’il n’avait aucun subside, qu’il devait se débrouiller seul. On me félicite souvent pour la réussite du hockey belge mais j’ai, derrière moi, une équipe incroyable. Au final, qui a le plus de passion pour son sport ? Lui qui se débrouille pour développer son sport avec des bouts de ficelle ou moi ? ".

Des difficultés budgétaires mais aussi, parfois, une réalité géopolitique qui freine le développement. " Le président Hondurien m’expliquait qu’il perdait, chaque année, de nombreux jeunes joueurs. Je pensais que c’était à cause des études, des départs à l’université comme c’est aussi parfois le cas en Belgique. Rapidement, j’ai compris que ces jeunes filles ou garçons partaient clandestinement vers les Etats-Unis, poussés par leurs parents, afin d’éviter de tomber dans la délinquance ou la prostitution. En Arménie, le président a dû déplorer la mort de 5 jeunes hockeyeurs suite à la guerre face à l’Azerbaïdjan. Ces rencontres, ces discussions m’ont ouvert les yeux. Il faut aider ces pays ".

Le développement qui est au cœur de sa candidature. " Il y a un boulot énorme. Le hockey, ce n’est pas que dix nations majeures. Il y a plus ou moins 140 pays pratiquants. Le nombre de joueurs, comme ce fut le cas en Belgique, doit augmenter dans chaque pays (NDLR : 30 millions de pratiquants actuellement). Il faut donc plus de terrains, de matériel. Il faut former des éducateurs et des entraineurs. Et pas seulement, comme cela est fait actuellement, via des formations uniquement en anglais, langue que tous ne maitrisent pas. Il faut aussi renforcer les partenariats entre pays du top, au niveau hockey, et les pays en développement. Et enfin, il faut aussi mettre en avant la parité hommes-femmes qui est déjà une réalité dans le hockey et une véritable force ".    

Conscient aussi que sa réussite à la tête de la fédération belge est un de ses atouts majeurs, le bruxellois compte bien sur ses champions du monde pour appuyer ses projets.

" Après cette crise qui nous affecte tous, tout le monde aura envie de voyager, de partir en vacances. Et les Red Lions ne feront pas exception. Pourquoi ne pas imaginer, au détour de leurs vacances dans des plus petits pays qu’ils puissent donner une journée de leur temps pour donner une petite initiation, un entrainement, ou simplement discuter avec les joueurs locaux ? Quand j’ai contacté le président de la fédération du Swaziland dans le cadre de ma candidature, il m’a fait part de son plaisir de voir les Red Lions jouer. Il m’a énuméré le nom de tous les joueurs. C’est la preuve qu’ils ont un impact et qu’ils peuvent, comme d’autres joueurs de nations importantes, être utiles au développement de leur sport. J’en ai déjà parlé avec certains d’entre eux et ils se sont montrés très ouverts à l’idée. ". 

Reste maintenant à voir si ces heures passées, via vidéoconférence, à présenter son projet aux différents votants, auront porté leurs fruits. Son adversaire, également président du comité olympique indien, peut compter sur un réseau puissant (particulièrement sur le continent asiatique qui lui semble promis).

Le belge, lui, devrait pouvoir compter sur le soutien des fédérations européennes.  La victoire s’obtiendra donc via les votes sur les autres continents.

Des pays qui pourraient espérer voir Marc Coudron appliquer, à la FIH, les recettes qui ont fait gripper la Belgique au sommet du hockey mondial. Mais du haut de ses 358 sélections en équipe nationale, il le sait bien : un match n’est jamais gagné d’avance !     

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