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"Maman, quand est-ce qu'on aura une maison?" : de plus en plus d'enfants se retrouvent sans abri

"Maman, quand est-ce qu'on aura une maison?" : de plus en plus d'enfants se retrouvent sans abri
13 janv. 2022 à 12:09 - mise à jour 13 janv. 2022 à 15:303 min
Par Sophie Mergen

Ils se partagent quelques mètres carré de chambre, au bout du couloir d'une ancienne école reconvertie en maison d'accueil. Expulsés de leur logement, c'est ici que Johanna, Jordan et leurs cinq enfants ont trouvé refuge. C'était ça ou la rue. 

"Mon rêve, ce serait d'avoir ma chambre à moi" lâche Amadeo, 8 ans. Arrivé dans cet hébergement il y a six mois, il fait mine de garder le sourire, mais se souvient de tout. "C'était dur. Quand on est arrivés ici, je croyais qu'il n'y aurait personne. Mais il y avait plein de gens". 

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Fini la vie de famille à sept. Ici, trente-six personnes se partagent un salon et des cuisines. "Mes enfants me disent qu'ils veulent partir d'ici, ils me demandent quand est-ce qu'on aura une maison" murmure Johanna, sans parvenir à contenir ses larmes. 

Mon bébé a six mois et n'a pas de vie stable. 

"Des fois, on penserait presque à tomber dans l'illégalité et ouvrir une maison pour qu'on ait notre bien à nous. Cela fait six mois qu'on est ici, depuis que mon père nous a expulsés de notre logement. Et rien ne bouge. Ce n'est pas parce qu'on est une famille nombreuse qu'on ne peut pas avoir de logement !" 

Le témoignage de Johanna

Mère de 5 enfants

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"En passant par ici, on devient humble. On se rend compte qu'on n'est personne"

Jamais Johanna et Jordan n'auraient pensé un jour se retrouver dans une telle situation. "La vie bascule du jour au lendemain. Elle n'est pas si belle qu'on le croit" lance Johanna. 

"J'avais un boulot, je travaillais dans l'horeca. SPJ, SAJ, on ne savait pas ce que c'était. On n'a jamais vécu en centre, mais on le fait vivre à nos enfants. C'est dur. Dans le fond, on se dit qu'on a raté quelque chose" ajoute Jordan. 

Des fois, on aimerait baisser les bras. On ne peut pas, en tant que parents, mais c'est dur.

"Un jour on est en haut, le lendemain on est au plus bas. Personne n'est à l'abri. Je ne souhaite cette expérience à personne" confie-t-il. 

Le témoignage de Jordan

Père de 5 enfants

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Dans trois mois, le contrat de Jordan et Johanna avec la maison d'accueil "Le Triangle" touchera à sa fin. Le délai pour trouver un nouveau logement s'amenuise. "Je garde espoir" lâche Johanna, les yeux humides. "Je me dis qu'un jour, on m'appellera pour me dire 'madame, on vous a trouvé une maison'". 

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"Ma plus grande crainte, c'est qu'on me prenne mes enfants"

Si Jordan, Johanna et leurs enfants peuvent au moins compter sur un hébergement de fortune durant plusieurs mois, ce n'est pas le cas de tous. 

Expulsés eux aussi de leur logement juste avant l'hiver, Angelo et sa compagne se retrouvent avec quatre enfants à la rue. A Charleroi, il n'y a plus de place en maison d'accueil. "On a d'abord été chez mon frère, puis chez des amis, mais ce n'est plus possible. On est donc à la rue". 

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Pour dormir, la famille trouve refuge à l'abri de nuit du "Triangle". Le jour, ils peuvent aller de temps en temps à l'abri de jour d'urgence, le centre "Transi Toi". Mais pour l'instant, aucune solution structurelle qui pourrait les accueillir quelques mois, le temps de rebondir. "Tous les matins, on se demande ce qui va se passer aujourd'hui, comment ça va aller. C'est dur. Très très dur" confie Angelo. 

S'il n'y avait que moi et ma femme, ça irait encore. Mais il y a les enfants. 

"Ma plus grande crainte, c'est qu'on me prenne mes enfants" murmure-t-il. 

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Au "Triangle", le constat est sans appel. "Nous battons de tristes records" évoque Emmanuel Mathieu, directeur pédagogique de l'ASBL. Le nombre d'enfants hébergés a doublé en un an. Quelle que soit la structure, abri de nuit, de jour, ou maison d'accueil, les chiffres de fréquentation sont en augmentation. La maison d'accueil est actuellement complète, dans l'impossibilité d'accueillir des familles supplémentaires. 

On aurait pu penser que le fait d'avoir des enfants préserve de se retrouver à la rue. Mais on voit bien que ce n'est pas le cas.

"Avant, quand une famille avait des enfants, elle pouvait encore se faire héberger chez des proches. Ici, la solidarité primaire ne suffit plus. Ce sont les institutions qui doivent pallier".

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Le nœud du problème, c'est la crise du logement. "Il est de plus en plus difficile de trouver un logement à loyer modéré et en bon état. Beaucoup de familles arrivent ici parce que l'isolation n'est pas bonne, il y a beaucoup d'humidité, et cela met la santé des enfants en danger. C'est très difficile de retrouver un logement car il y a plus de demandes que de logements disponibles". 

L'augmentation des prix de l'énergie n'arrange rien. "Ces familles ne savent plus honorer à la fois le coût du logement mais aussi le coût de l'entretien". 

Les travailleurs sociaux accompagnent sans relâche ces familles, pour qu'ils réapprennent à gérer leur argent et retrouver une stabilité. "Il faut à tout prix éviter que les situations s'enlisent". Car plus la période de galère dure, plus le chemin sera long et laborieux pour retrouver un équilibre. 

Notre reportage au Journal Télévisé 

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