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Mali : après le retrait des troupes danoises, quel avenir pour la Task Force Takuba ?

Un officier français des forces spéciales forme des soldats maliens dans le cadre de l’opération Takuba, le 7 décembre dernier.
28 janv. 2022 à 16:44 - mise à jour 28 janv. 2022 à 19:323 min
Par Lisa Rouby

Ambiance tendue au Mali. Après avoir accepté ce jeudi de rapatrier les forces danoises, arrivées la semaine précédente, le ministre des Affaires étrangères danois Jeppe Kofod a dénoncé "le jeu politique sale", du Mali. Le gouvernement malien de transition avait à nouveau réclamé ce départ "avec insistance", dans la nuit de mercredi à jeudi.

Quelle est la situation à présent et qu’annonce-t-elle pour le Mali et la Task Force Takuba ?

Des échanges houleux

Initiée en 2018 par les Français, la Task Force Takuba assiste les forces maliennes dans la lutte anti-djihadiste au sein du pays et seconde l’opération Barkhane. Depuis, des alliés européens ont rejoint le mouvement, et se déplacent eux aussi au Mali. C’est dans ce contexte que le Danemark venait apporter son soutien aux Français, qui ont récemment perdu un militaire dans l’attaque d’une de leurs bases.

La ministre française des Armées Florence Parly a désapprouvé les "multiples provocations", de la junte. En réponse, un haut responsable malien l’a invitée à "se taire", en citant une "phrase d’Alfred de Vigny sur la grandeur du silence".

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian durant une conférence de presse, le 10 septembre dernier.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian durant une conférence de presse, le 10 septembre dernier. © Tous droits réservés

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a dénoncé l’attitude du gouvernement malien de transition, et a affirmé sa solidarité avec les danois. "Cette junte est illégitime et prend des mesures irresponsables […]. Elle porte l’entière responsabilité du retrait des forces danoises et s’isole davantage encore de ses partenaires internationaux", a-t-il déclaré hier à Paris, en présence d’Hassoumi Massoudou, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Niger.


►►► À lire aussi : La Belgique pourrait réexaminer son engagement au Mali si rien ne change, avertit Sophie Wilmès


"Vu cette situation, vu la rupture du cadre politique et du cadre militaire (au Mali), nous ne pouvons pas rester en l’état", a-t-il ajouté au micro de RTL. Il a également annoncé l’organisation de "discussions avec l’ensemble de nos partenaires" dans le but de "tirer les conséquences de cette double rupture marquée par la junte, à la fois politique et militaire". Ce vendredi, les autres pays membres de Takuba doivent débattre sur la situation.

Quel avenir pour Takuba ?

Spécialisé dans les questions de défense et de politique étrangère, Nicolas Gros-Verheyde estime que les opérations Barkhane et Takuba sont en danger en raison de l’escalade des tensions entre la France et le Mali. Selon lui, ces divergences sont nées lorsque les Français ont qualifié le nouveau régime de transition "d’illégal". Ce commentaire était une "réelle erreur politique". A cause de ce profond désaccord politique, "le ton est monté très vite", entre les deux pays.

"Les Maliens ne souhaitent pas le départ des Européens", déclare Nicolas Gros-Verheyde. Mais si la situation venait à empirer, alors cela pourrait se produire. "A partir du moment où on passe aux insultes, ça devient plus délicat […] L’avenir de Barkhane et de Takuba est clairement dans la balance". A cela s’ajoute le contexte spécial du Mali, qui fait face à un gouvernement de transition, et ne désire désormais plus seulement des formations militaires, mais surtout des moyens et de l’équipement.

Mais si la France et les Européens venaient à partir, qui les remplacerait ?

La Russie, vieil allié du Mali

Des manifestants paradent avec des drapeaux maliens et russes durant une manifestation contre l’influence française au Mali, le 27 mai 2021.
Des manifestants paradent avec des drapeaux maliens et russes durant une manifestation contre l’influence française au Mali, le 27 mai 2021. AFP et Belga

Des membres de la communauté internationale, Européens et Américains, auraient relevé la présence de militaires russes appartenant au groupe paramilitaire russe privé Wagner.

Toujours selon Nicolas Gros-Verheyde, Il est presque "naturel", que le Mali se tourne vers la Russie, puisque leur coopération est "très ancienne", et remonte à l’ex URSS. Un accord de coopération militaire avait été passé entre les deux pays à l’époque. Après l’indépendance du Mali, les Russes étaient venus remplacer la France en matière militaire, en matière d’économie. Les liens entre les deux pays sont donc anciens, et la présence russe est loin d’être anodine. "Il y a un jeu assez subtil", entre Wagner qui est privé, et la relation d’état a état entre la Russie et le Mali".

D’après lui, les prochains jours seront décisifs : "il faut une vraie réflexion à Paris et soit faire le choix de partir, ou bien de se taire (et donc de rester)"

Images d'archives de l'opération militaire Barkhane au Mali (images mars 2019)

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