Regions

Maisons de ressourcement : un endroit hors du temps pour oublier le cancer

©

Comment arriver à se battre lorsqu’on est atteint d’un cancer ? La question est délicate, les traitements sont souvent longs et lourds. Alors pour permettre aux patients de surmonter la maladie, certains hôpitaux ont mis en place des " maisons de ressourcement ". Des endroits à deux pas de l’hôpital et pourtant hors du monde médical qui peuvent parfois devenir des refuges pour les patients.

En février dernier, Véronique apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Une terrible nouvelle qui vient totalement renverser sa vie. "Tout au début quand j’ai appris que j’étais malade, c’était la douche froide", explique-t-elle. Et puis, quelques semaines plus tard, Véronique entend parler de la maison de ressourcement "le joli clos", là à quelques mètres de l’hôpital de Jolimont où elle vient plusieurs fois par semaine suivre sa chimiothérapie. "J’ai commencé les soins médicaux et puis on m’a proposé de venir ici pour prendre soin de moi autrement. J’ai découvert cette bulle ici où je peux vraiment me poser et me ressourcer et ne pas non plus peser seulement sur ma famille et sur mes amis. Ça me permet de rencontrer d’autres personnes et de pouvoir parler ici de comment je vis les choses dans un endroit très bienveillant".

Art floral, soins pour le corps, réflexologie plantaire, etc. Dans cette maison de ressourcement, tout est fait pour que les patients puissent se ressourcer et oublier, le temps d’un instant, la maladie.
Art floral, soins pour le corps, réflexologie plantaire, etc. Dans cette maison de ressourcement, tout est fait pour que les patients puissent se ressourcer et oublier, le temps d’un instant, la maladie. RTBF

Un endroit bienveillant à 200 mètres à peine de l’hôpital. Mais ici, pas de blouse blanche, pas de matériel médical ; juste une maison comme les autres. Chaque semaine, les patients peuvent s’essayer à l’art floral, certains font des compotes avec les pommes du jardin, d’autres profitent d’un soin du visage ou d’une séance de yoga. "D’abord ça remplit mon agenda d’autres choses que de rendez-vous médicaux et ça c’est super important", explique Véronique. "J’ai par exemple eu l’occasion de faire de l’hypnose et du reiki. Grâce à ça quand je suis dans des examens médicaux, que je suis dans une machine où je dois rester tout un temps sans bouger, ce n’est pas confortable, je suis stressée ; j’utilise vraiment des tas de choses que j’ai découvertes ici et qui me permettent de tenir le coup".

Quand on entend le mot " cancer ", tout de suite on pense à la mort alors que finalement on peut très bien s’en sortir

Car ici, l’idée n’est pas de remplacer le traitement médical mais bien d’offrir un lieu où les patients peuvent se ressourcer comme l’explique Florence Van Obbergh, hématologue à l’hôpital de Jolimont. "On se rend compte que l’adhésion des patients à leurs traitements est hyper importante. A certains moments, les patients ont peut-être envie de lâcher et grâce à ces soins de support, on peut leur permettre de reprendre confiance en eux et confiance en leur traitement". Reprendre confiance tout en ayant la possibilité de parler avec un psychologue ou de demander des conseils à une infirmière spécialisée en oncologie ; le but de cette maison est donc d’offrir une bulle d’air en dehors de l’hôpital tout en conservant un encadrement médical.

Maggie’s home : un concept venu d’outre Manche

L’idée des maisons de ressourcement est née de l’autre côté de la Manche en Angleterre. Une idée qui a germé dans la tête de Maggie Keswick Jencks. Après un premier traitement contre un cancer du sein, elle a appris quelques années plus tard que son cancer avait finalement refait surface. Elle a donc décidé de créer une première maison qui lui apporterait le soutien émotionnel dont elle avait besoin. Aujourd’hui, les maggie’s home ou maisons de ressourcement se répandent un peu partout.

Des maisons qui fonctionnent aussi grâce à l’aide de bénévoles. C’est le cas de Christie. "Il y a 6 ans j’ai eu un cancer et là j’ai eu la révélation d’offrir du temps aux personnes qui souffrent d’un cancer ou qui sont en rémission". Depuis, Christie donne de son temps plusieurs fois par semaine à la maison de ressourcement du "joli clos". "Quand on entend le mot " cancer ", tout de suite on pense à la mort alors que finalement on peut très bien s’en sortir".

Maison de ressourcement : un endroit hors du temps pour oublier le cancer

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Un lieu adapté

Ce matin-là, nous nous rendons aussi à la "maison du mieux-être" de Charleroi. Nous sommes à quelques pas du grand hôpital de Charleroi (GHDC). Dans cette ancienne maison de maître, au rez-de-chaussée des femmes sont occupées autour d’un montage floral. A l’étage, dans une pièce plus discrète, Catherine profite d’une séance de réflexologie plantaire. Elle vient ici pour la première fois "Pendant mon traitement, je n’avais pas du tout envie. J’avais juste besoin d’être tranquille mais là maintenant j’ai juste envie de me faire chouchouter et je me suis dit que c’était le bon endroit".

Le bon endroit mais pas forcément l’endroit le mieux adapté. Car dans cette maison de maître, les étages et les nombreux escaliers ne sont pas forcément adaptés aux personnes à mobilité réduite ou aux séniors. Alors, le GHDC a décidé d’investir pas moins de 2 millions d’euros dans la construction d’une toute nouvelle maison de ressourcement. Elle devait ouvrir ses portes en même temps que le nouvel hôpital en 2024. "Les patients nous demandent toujours des endroits où ils peuvent être seul à seul avec leurs soignants le temps d’un soin. D’autres, vont demander plutôt des activités collectives", explique le docteur Vincent Verchaeve, oncologue au GHDC. "On a donc besoin de développer un espace plus grand où les deux types de soin sont bien séparés. Et puis, le nombre de patients pris en charge au grand hôpital de Charleroi ne fait qu’augmenter. On est à 2330 nouveaux cas de cancer par an et ça augmente de 10% chaque année donc on a besoin d’accueillir plus de monde".

D’autant que 10% de ces personnes qui viennent d’apprendre qu’elles ont un cancer viennent ensuite frapper à la porte de cette maison de ressourcement. "Ce sont essentiellement des femmes atteintes de cancer du sein".

La maison du mieux-être du grand hôpital de Charleroi existe depuis 2016. Aujourd’hui, fort de son succès, l’hôpital veut investir dans un nouveau lieu.
La maison du mieux-être du grand hôpital de Charleroi existe depuis 2016. Aujourd’hui, fort de son succès, l’hôpital veut investir dans un nouveau lieu. RTBF

Fonctionner sur base de dons

Jusqu’à présent, les maisons de ressourcement ne sont pas encore reconnues par l’INAMI. Résultat, ces structures fonctionnent sur base de dons. C’est pourquoi le grand hôpital de Chaleroi propose une visite virtuelle du futur bâtiment dans l’espoir de motiver les citoyens à participer. De son côté, "le joli clos" à La Louvière, propose lui aussi de contribuer au projet via son site web.

Sur le même sujet

L’hypnose chirurgicale : une alternative à l'anesthésie générale

La Grande Forme

L'UCLouvain fait une découverte prometteuse pour empêcher le développement des métastases

Santé & Bien-être

Articles recommandés pour vous