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Maisons de repos : après la crise sanitaire, la crise financière s'annonce déjà

La CNE redoute à présent les licenciements parmi le personnel des maisons de repos
04 juin 2020 à 10:34 - mise à jour 04 juin 2020 à 10:34Temps de lecture2 min
Par Véronique Fievet

Wojciech Kacprzycki est inquiet. Ce délégué permanent de la CNE pour le secteur des maisons de repos à Bruxelles, vient d’apprendre que cinq membres du personnel d’une maison de repos jettoise, viennent de recevoir leur lettre de licenciement. "Ils travaillaient à la résidence Archambeau et le motif invoqué est l’organisation du travail". Pour ce syndicaliste, pas de doute, il s’agit clairement d’une conséquence indirecte de la crise sanitaire. "Cette résidence a été durement touchée par la crise avec 17 décès attribués au coronavirus. L’armée a même été appelée en renfort. Aujourd’hui, comme d’autres maisons de repos bruxelloises, ses lits ne seraient occupés qu’à 70%". La CNE a fait ses comptes. Selon ses estimations, sept cents à mille emplois sont ainsi menacés en Wallonie et à Bruxelles.

30% de lits inoccupés, ce n’est pas exceptionnel

La direction de la résidence concernée ne nous a pas encore confirmé ces licenciements. Mais, de toute façon, il ne s’agirait, selon Wojciech Kacprzycki, que de la pointe de l’iceberg. Car de nombreux autres établissements rencontrent des difficultés de trésorerie. En cause, trop de lits sont désormais inoccupés et pas seulement en raison des décès liés à la pandémie (les décès confirmés ou attribués au Covid-19 s’élèveraient à près de 700 personnes dans les maisons de repos bruxelloises). Ce que confirme Vincent Frédéricq, secrétaire général de Femarbel (fédération des maisons de repos privées) : "Nous avons malheureusement continué à enregistrer des décès pour d’autres causes que le covid. Par ailleurs, les entrées en institution se sont aussi quasiment interrompues depuis trois mois". Les familles ont préféré postposer, voire parfois renoncer à placer un parent âgé en institution. Le taux d’occupation des lits aurait ainsi chuté de 10% en moyenne, ces dernières semaines.

Un secteur dominé à Bruxelles par des entreprises multinationales

Beaucoup de maisons de repos (et de soins) bruxelloises, connaîtraient donc des difficultés de trésorerie. Certaines sont carrément menacées de faillite. Femarbel, sans surprise, en appelle donc à un soutien massif au secteur. Appel entendu, du moins en partie. Les interventions forfaitaires pour les soins de santé sont actuellement maintenues sur base du nombre de lits occupés au dernier trimestre 2019. (L’effet Covid est donc neutralisé). A Bruxelles, les maisons de repos se sont vues octroyer un forfait de 250 euros par lit pour les dépenses exceptionnelles liées aux mesures sanitaires (masques, gants, tabliers, vitre plexiglas). Plusieurs mesures fiscales (venant du fédéral) sont également à l’étude. Cela ne suffira pas, prédit déjà Femarbel. Mais du côté syndical, on rappelle aussi que la surcapacité d’accueil, et donc la fragilité du secteur, était bien antérieure à la crise. Les grands groupes internationaux, spécialisés dans l’hébergement de personnes âgées, ont massivement construit ces dernières années. 60% des maisons de repos sont aujourd’hui gérées par des entreprises commerciales (appartement souvent à des groupes internationaux) contre 22% par le secteur public et 17% par des asbl. Or les tarifs pratiqués par le privé (groupe Orpea, Senior Living Group (SLG) ou Armonea notamment) sont bien souvent inaccessibles pour la plupart des retraités bruxellois.

"Après avoir été applaudi dans la rue et envoyés au front sans masque, le personnel des maisons de repos (souvent des aides familiales, à temps partiel) risque de payer la note une deuxième fois", prévient Wojciech Kacprzycki, "en faisant les frais d’une restructuration redoutée du secteur."

 

 

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