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Madame l’ambassadrice ? Avec seulement 11% de femmes, la Belgique est dernière du classement mondial

02 nov. 2021 à 12:05Temps de lecture3 min
Par Daniel Fontaine

La diplomatie serait-elle un bastion de l’inégalité des genres en Belgique ? Un nouveau classement baptisé Shecurity s’intéresse entre autres à la place des femmes dans la diplomatie. Il a récolté les données disponibles pour une centaine de pays en 2020.

Le poste d’ambassadeur, sommet d’une carrière diplomatique, est celui qui donne prestige et visibilité. La tradition masculine y reste bien ancrée. Aucun pays n’atteint l’égalité hommes-femmes, même si certains s’en approchent. Mais pour trouver la Belgique, il faut regarder tout en bas du classement.

11% de femmes

Avec à peine 11% de femmes parmi son corps d’ambassadeurs, notre pays enregistre le pire résultat au monde, derrière le Kirghizstan et le Chili. En revanche, les premiers de la classe sont la Finlande, l’Autriche et la Lettonie.

Tous pays confondus, seul un quart des ambassadeurs était des femmes l’année dernière. Elles sont en revanche bien plus présentes dans le personnel des ministères des Affaires étrangères (47%). "Plus le poste est visible et prestigieux, moins les femmes sont présentes", conclut le rapport.

Manque de données, manque d’intérêt

Les chercheurs soulignent d’ailleurs que les données sur le sujet manquent dans de nombreux pays. Pour la Belgique, on ne connaît la proportion d’ambassadrices que depuis 2019. "Le manque de données est un résultat en soi", relèvent les chercheurs. Ils notent que, dans l’ensemble de leurs recherches sur la diplomatie et la défense, les statistiques sur les ambassadrices sont les plus pauvres.

Pour de nombreux pays, la question de l’égalité des genres n’est pas à l’agenda. Parmi ceux qui ne fournissent pas de données en la matière, certains n’ont probablement nommé aucune femme ambassadrice. Le tableau montre par exemple que c’était le cas pour l’Arabie Saoudite en 2018, dont les données n’ont plus été actualisées depuis lors.

La parité dans 249 ans !

Shecurity s’avance à faire des projections : au rythme actuel, la Finlande et l’Australie atteindraient la parité de genres parmi leurs ambassadeurs dès 2022. Pour la Belgique, le constat est, une fois de plus, cruel : si rien ne change, il faudrait attendre 249 ans avant d’arriver à une égalité hommes-femmes !

Avec pour la première fois une femme ministre à sa tête, le ministère belge des Affaires étrangères est pourtant très actif sur la défense des droits de femmes et de l’égalité des genres sur la scène internationale. Il ne semble pas être parvenu à s’appliquer cette priorité à lui-même.

Un visuel publié le 30 octobre par les Affaires étrangères pour promouvoir le travail des diplomates belges en faveur de l'égalité des genres à travers le monde.
Un visuel publié le 30 octobre par les Affaires étrangères pour promouvoir le travail des diplomates belges en faveur de l'égalité des genres à travers le monde. D.R.

11 femmes recrutées

Le ministère "est conscient de la faiblesse des chiffres concernant le nombre de femmes dans la diplomatie belge", nous assure Marie Cherchari, porte-parole du SPF. Cette situation est un héritage de décennies de déséquilibre. Le corriger "est un travail de longue haleine", confirme-t-elle. Etre nommé ambassadeur est en effet l’aboutissement d’une longue trajectoire professionnelle.

Lors du dernier concours diplomatique, en 2020, le SPF a tenté d’inverser la tendance : appel à candidates, capsules vidéos… Cela a fonctionné un temps : plus de la moitié des candidats étaient des femmes. Mais au final, 19 hommes et 11 femmes ont été engagés.

Les contraintes de l’expatriation

De nombreuses candidates ont abandonné au cours du processus de recrutement, longue succession d’épreuves et d’examens. "Le fait d’être envoyé en poste à l’étranger a un impact spécifique", souligne Marie Cherchari, en mentionnant la question du congé de maternité et le fait pour le partenaire de pouvoir trouver un travail. "Même si en 2021, c’est aussi une question qui vaut pour les collègues masculins", précise-t-elle.

Les diplomates consacrent les deux tiers de leur carrière à des postes à l’étranger, souvent très loin de la Belgique. Le SPF a adopté un plan d’action pour encourager les femmes à faire carrière : "mentoring par et pour les collègues féminines, accompagnement de carrière, campagnes de sensibilisation et de visibilité en interne comme en externe ou encore formations", énumère la porte-parole. Le chemin est encore long.

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