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Made in Belgium

"Ma vie de basket" : un spectacle de marionnettes-chaussures pour parler d'immigration

Créé par le collectif Hold Up, ce spectacle familial sensibilise les plus jeunes à la question des sans-papiers.

Elles sont trois à s'affairer et à discuter sur la scène de La Vénerie/Ecuries, où un décor de cordonnerie a été installé. Devant ces comédiennes qui bavardent entre elles tout en manipulant de multiples chaussures, on pourrait presque croire que le spectacle n'a pas encore commencé, mais les enfants présents dans la salle évitent déjà de trop parler. Quelques rires et quelques remarques mis à part, leur attention est captée par ce qui se joue sur scène. Les trois interprètes-cordonnières ont une histoire personnelle à partager avec nous — une histoire qui gagne à être mis en scène plutôt que d'être raconté. Puisque nous sommes dans une cordonnerie, ce sera donc avec des chaussures qu'elle nous sera relatée.

© Chlo CORNELISSE

Transformés en marionnettes, les souliers nous entraînent dans leur monde de lacets et de semelles. Un monde où il est nécessaire, sous peine de terribles répercussions, d'avoir une étiquette. Ce que Sara, la basket qui est l'héroïne du spectacle, n'a pas, elle qui vient d'ailleurs, et a perdu ses parents en chemin. Persécutée par des combat boots à l'allure menaçante, elle ne peut compter que sur le soutien d'autres chaussures pour la cacher, la protéger et peut-être la sauver de la cage aux oubliettes — une référence assez explicite aux centres fermés.

Des chaussures pleines d'humanité

C'est avec une certaine simplicité mais une vraie force de conviction que "Ma vie de basket" évoque la question de l'immigration. "C'est une thématique qui me bouleverse " affirme Léa Le Fell, co-autrice et comédienne du spectacle, qui souligne son caractère très personnel. “C'est vraiment l'histoire de ma famille. La cordonnerie a vraiment existé, mais on ne le dit pas explicitement parce qu'on n'avait pas envie d'aller dans ce sens-là.” Inspirée par son histoire familiale, elle propose à Elodie Vriamont, une comédienne qu'elle a rencontrée à l'IAD, d'en faire un spectacle avec des chaussures. "Ça a été le début et puis tout le reste s'est créé sur le plateau, en improvisation."

© Chlo CORNELISSE

"On a tâtonné, on a vraiment mis du temps pour trouver la forme. Pour chaque personnage, on a cherché le style de chaussures qu'on voulait" nous explique Elodie. Une paire de combat boots assure le rôle des menaçants agents de contrôle, tandis que divers souliers en cuir jouent les personnages qui aident Sara la basket. Les boutons pour les yeux et l'ouverture sur le devant comme bouche leur donnent une certaine humanité mais ce sont leurs manipulatrices qui insufflent vraiment une personnalité à ces drôles de marionnettes. Enfilant leurs mains (et occasionnellement leur pied) à l'intérieur des chaussures, elles leur donnent avec humour et énergie une façon de se comporter et de se déplacer qui leur est propre.

A découvrir : Quel avenir pour le festival de la marionnette ? Un reportage de Notélé.

@notélé

Un spectacle familial

Sur scène, la compositrice et musicienne Lien Saey les accompagne avec son violon mais aussi des petits instruments comme des petites cloches brésiliennes, des claves, un vibraslap ou une cabasa. "De la musique sur scène, c’est attiser la curiosité des enfants sur le fonctionnement d’une musique en live. Cela lui apporte une autre dimension qu’une musique enregistrée. Cela éveille une autre écoute. Pour certains, cela peut offrir l’opportunité de découvrir certains instruments.", peut-on lire dans le dossier de présentation du spectacle.

Les enfants sont la principale cible de "Ma Vie de basket", qui s'adresse selon ses créatrices "à toutes les pointures à partir du 29, autrement dit 6 ans”. Même si, de leur propre aveu, le propos sur l'immigration et les sans-papiers risque de leur échapper. “6 ans, c'est encore un peu petit. Ils n'ont pas encore la notion de carte d'identité” souligne Elodie. “C'est pour ça que j'insiste auprès des professeurs ; lisez le dossier pédagogique. C'est une super belle piste pour commencer cette discussion. Dès qu'ils ont 7-8 ans, ils voient très bien ce parallèle-là, mais aussi le parallèle de se sentir étranger, comme pour un enfant qui a déménagé et qui va dans une nouvelle école.”. Léa acquiesce : “Quand ils ont cet âge-là, ils vont plutôt avoir tendance à ramener ça à leur réalité”.

© Chlo CORNELISSE


Mais le public ne se limite pas aux plus jeunes, comme nous l'explique Elodie : “On a une classe de rhéto en théâtre qui est venu nous voir, et ils ont adoré. Il y a beaucoup de choses à observer. Même si le spectacle s'adresse aux enfants, c'est très familial, il y a plusieurs niveaux de lecture. Et c'est très riche au niveau visuel et sonore, il y a toujours quelque chose à voir, la musique apporte beaucoup".

Après avoir été obligé de reporter plusieurs fois leur spectacle à cause de la crise sanitaire, le collectif Hold-Up multiplie les dates. La troupe vient de terminer une série représentations à Bruxelles, Beauchevain et Nassogne, et sera sur la scène du centre culturel de Libramont le 24 mars. 

 

Plus d'infos : https://www.mademoisellejeanne.be/ma-vie-de-basket

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