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"Ma prof ne comprenait pas ce que j’avais" : Colin, 10 ans, atteint du TDA/H, trouble du déficit de l’attention avec hyperac​​​​​​​tivité

07 nov. 2020 à 13:15 - mise à jour 07 nov. 2020 à 14:16Temps de lecture4 min
Par Marianne Klaric

Quand on lui demande comment ça se passait à l’école, avant qu’il soit diagnostiqué TDA/H, Colin hausse les épaules : " ça se passait moyennement bien. J’étais en troisième, ma prof ne comprenait pas ce que j’avais et ça m’énervait un peu. Quand je faisais un truc sans le faire exprès, tout le monde me criait dessus, alors je claquais les portes, je sortais sans demander la permission ".

Wendy Bollu a deux fils : Nathan, 13 ans et Colin, 10 ans. Tous deux souffrent d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, dans une forme assez sévère (TDA/H). Pour cette famille, ces dernières années ont été une vraie galère. " Nathan, je l’appelais ma petite balle magique. Il partait tout le temps dans tous les sens, son débit de parole était incessant, il n’y avait pas moyen de le faire taire. Quand il était triste ou contrarié, il faisait des crises de colères très fortes. Pour Colin, c’étaient des crises de colère aussi avec beaucoup d’hyperactivité au niveau des mains, du corps en général ".

Ils étaient toujours punis

Des exemples de frustration ou d’injustice à l’école, ils en ont plein. Les enseignants connaissent pourtant le TDA/H et depuis 2017, la Fédération Wallonie – Bruxelles impose ce qu’on appelle des " aménagements raisonnables " pour les élèves qui ont des troubles de l’apprentissage. Mais Nathan et Colin sont mal tombés. Leur école n’a pas compris pourquoi ils avaient un comportement agité. " Ils étaient souvent punis, raconte Wendy, leur mère, ils avaient des mots kilométriques dans leur journal de classe, disant qu’ils étaient mal élevés, qu’ils étaient insupportables, insolents, qu’ils manquaient de respect, alors que ce n’est pas le cas ".

Une fois le diagnostic posé, les garçons ont été mis sous Rilatine, le médicament de référence pour traiter les troubles de l’attention. " Depuis que j’en prends, confie Nathan, je me sens beaucoup mieux, je peux canaliser mon énergie ", tout en ajoutant que ça l’assomme quand même un peu. Mais sans médicament, pas moyen de se calmer. Là aussi, il n’a pas eu de chance. L’école refusait de lui rappeler de prendre son comprimé le midi. C’était à lui de se gérer.

Je leur faisais honte

Le climat s’est tellement tendu dans sa classe que Nathan a développé une phobie scolaire : " Les élèves ne voulaient pas que je reste avec eux, parce que je leur donnais la honte… ". Nathan baisse la tête. En la racontant, il revit la souffrance d’alors.

Mais d’où vient le TDA/H ? " Il y aurait dans le cerveau une hyperactivité dans certaines zones, et une hypoactivité dans d’autres zones, explique le docteur Pierre Oswald, psychiatre, il n’y a pas de lésion au sens propre, mais il y a une différence d’activité dans certaines zones du cerveau. Celles qui contrôlent la réaction en stimuli fonctionnent un peu moins bien chez les personnes atteintes de TDA/H ".

Conséquence la plus directe, une intense distraction. Le moindre stimulus déconcentre la personne, un oiseau sur la branche, un papillon… Ensuite viennent l’hyperactivité et l’impulsivité. " L’enfant peut s’énerver très vite, parce qu’il n’a pas confiance en lui. Il peut devenir ingérable, et donc, il a cette image d’enfant mal éduqué dont les parents s’occupent mal ", nous dit Pierre Oswald.

Une seule école spécialisée en Communauté française, non subsidiée

L’enseignement traditionnel convient dès lors très mal aux enfants atteints de TDA/H. En Fédération Wallonie-Bruxelles, il n’y a qu’une seule école primaire, réservée aux enfants TDA/H, et elle ne reçoit aucun subside. Ingrid Evrard, institutrice à l’école Grandir Autrement, explique la méthode appliquée : les cours le matin et les activités l’après-midi : " Chez nous, ils ont l’autorisation de se déplacer dans la classe, ils peuvent chipoter tout en écoutant. Un enfant TDA/H a la bougeotte. Il se lève, mais il a la capacité d’écouter en même temps. L’après-midi, ils font de l’hippothérapie, de la méditation pleine conscience ou des activités dans la nature ".

Dans cette école expérimentale, les élèves arrivent quand ils sont en bout de course. Ils ont essayé plusieurs écoles, parfois ils sont tombés en dépression, ont été hospitalisés. " Nous faisons tout pour leur rendre une certaine confiance en l’adulte et surtout en leurs capacités, parce qu’ils ont une estime d’eux très médiocre ".

Nathan et Colin ont trouvé une école plus ouverte au TDA/H, mais Colin a dû passer en enseignement spécial. " C’est l’écriture qui me pose problème, explique-t-il, mais dans les autres matières, ça va bien ".

Supporter le regard des autres

Ce jour-là, comme toujours, leur mère devra les aider à s’occuper, toute la journée. " Dès qu’ils se lèvent, ils sont à 1000%. Je fais tout pour qu’ils soient le mieux possible. Je suis toujours occupée, que ce soit pour régler les différends, les angoisses, le stress qu’ils ont parfois, même si cela n’a pas lieu d’être ".

Deux enfants hyperactifs sur trois continuent de l’être à l’âge adulte. Il leur faudra compenser, trouver des astuces pour gérer leur trouble, que ce soit le sport, la méditation, ou tout autre moyen de canaliser leur énergie. " Ils vont continuer à avoir des symptômes plus ou moins forts. Le risque de dépression, de burn-out et d’assuétudes sera plus élevé chez ces adultes-là ", dit Pierre Oswald.

Pour les enfants TDA/H et leurs parents, la souffrance est vive. " Parce que ce qui est le plus difficile, c’est le regard des autres, confie Wendy Bollu, les gens ne comprennent pas. C’est fatigant de devoir leur répéter sans cesse les mêmes choses ".

Wendy, Nathan et Colin ont voulu témoigner pour que change le regard des autres. Pour les gens comprennent qu’ils ne sont pas responsables de nos troubles du comportement.

Adrien Devyver témoigne de son trouble du déficit de l'attention

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