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Lutter contre l'abstention électorale impliquera d'agir à court et long terme selon une étude

Lutter contre l'abstention électorale impliquera d'agir à court et long terme selon une étude
30 nov. 2021 à 15:473 min
Par Belga

Si elle veut permettre à 500.000 électeurs de retrouver le chemin des urnes, la Belgique doit mettre en œuvre des moyens de court et de long terme, souligne une étude réalisée par le Centre d'étude de la vie politique (Cevipol) de l'ULB et le "Vakgroep Politieke Wetenschappen" (VUB).

Aux dernières élections, le taux d'abstention s'élevait à 11,6% soit le deuxième taux le plus faible d'Europe après le Luxembourg. Le phénomène est toutefois en augmentation et doit être mis en relation avec les 5,4% d'électeurs qui ont émis un vote blanc ou nul.

Au total, 17% des électeurs inscrits n'ont pas participé à choisir leurs représentants, note l'étude, soit 1,3 million d'électeurs, un nombre supérieur au total des électeurs de la N-VA, premier parti de Belgique.

Des causes multiples

Les causes de l'abstention sont multiples. Elle peut être liée à des difficultés pratiques mais aussi à un choix délibéré.

Les groupes dans lesquels la participation est la plus faible sont les plus jeunes, les seniors, les moins diplômés, les personnes d'origine étrangère et ceux qui vivent en ville. De manière plus générale, l'étude montre également que la participation électorale s'ancre dans la socialisation politique.

"Les réseaux sociaux de l'individu comme la famille, l'école ou les associations encouragent la participation électorale", relève l'étude.

Autre constat: au plus le citoyen a confiance dans le système politique et se sent représenté, au plus il ira voter.

Jouent aussi la nature du scrutin (le système proportionnel favorise la participation mais distend le lien entre l'élection et la formation d'une majorité), les modalités du vote (par exemple la possibilité de vote à distance) ou encore le ou les jours de l'élection

Plusieurs solutions pour y remédier

Plusieurs pistes sont avancées pour remédier à cette évolution.

L'étude insiste entre autres sur le lancement de campagnes d'information de proximité pour tenter de contrer le sentiment selon lequel voter ne sert à rien.

Elle propose aussi certaines réformes comme la suppression de l'effet dévolutif de la case de tête ou l'octroi d'un "bonus" au parti arrivé en tête pour former le gouvernement. Elle jette en revanche un sort à la fin du vote obligatoire. Aux Pays-Bas, la suppression de celui-ci en 1971 a fait chuter la participation de plus de 10%.

"Ce n'est pas un choix anodin car la suppression de l'obligation changerait le discours social sur le vote -qui serait moins perçu comme un devoir- et créerait une abstention structurelle mais aussi occasionnelle en fonction des scrutins", a expliqué Jean-Benoît Pilet (ULB).

L'un des effets redoutés est de renforcer encore le discours politique de ceux qui ont déjà un discours politique. Chacun disposerait du même droit mais ceux qui l'utilisent seront favorisés.

Des effets différents en fonctions des partis

Quel serait l'effet sur la composition du paysage politique ? Plusieurs analyses ont été menées dans le passé ou plus récemment.

Il apparaît ainsi que la gauche socialiste souffrirait d'une abolition de l'obligation de vote alors que les libéraux, la N-VA mais également les écologistes en bénéficieraient.

Selon une étude menée sur les élections de 2019 par l'un des autres auteurs -le Pr Didier Caluwaerts (VUB) - dans un livre intitulé "Belgian Exceptionalism", les résultats sont toutefois plus nuancés. En Flandre, c'est surtout le Vlaams Belang qui y perdrait (environ 3%) alors que la N-VA y gagnerait (autour de 5%). Le nombre de votes blancs ou nuls diminuerait sensiblement (autour de 5%) comme en Wallonie (jusqu'à 12%) où les autres partis y gagneraient, à l'exception du PTB.

D'autres facteurs analysés

L'ouverture de bureaux de vote durant plusieurs jours, la possibilité de vote à distance ou la simplification des démarches administratives pour les non-Belges permettrait aussi de ramener un certain nombre d'électeurs, 650.000 potentiellement.

A long terme, le renforcement de l'éducation civique à l'école semble primordial et d'autant plus intéressant s'il accompagne certaines réformes comme l'abaissement de l'âge de voter. L'étude vise aussi directement les élus en prônant le maintien d'une démocratie de proximité, et note que les petites communes connaissent un taux d'abstention moindre. Une dernière façon de s'attaquer au phénomène est d'assurer une meilleure représentation des groupes minoritaires et des femmes.

Ce travail a été réalisé en coopération avec l'entreprise Belgian Mobile ID, maître d'œuvre de l'application "itsme" qui compte 5,5 millions d'utilisateurs. Celle-ci a droit à son chapitre pour offrir aux électeurs la possibilité de voter à distance, une solution qui pourrait séduire certains groupes cibles spécifiques: jeunes, personnes indécises, Belges à l'étranger, etc.. "L'application possède toutes les capacités techniques pour permettre aux personnes de voter facilement", dit l'étude.

 

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