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L’UCLouvain accusée de harcèlement par une professeure : l’auditorat du travail donne raison à la plaignante

L’UCLouvain accusée de harcèlement par une professeure : l’auditorat du travail donne raison à la plaignante. Photo d'illustration.
17 sept. 2022 à 12:27 - mise à jour 18 sept. 2022 à 09:55Temps de lecture4 min
Par Hugues Van Peel

Le tribunal du travail du Brabant wallon s’est penché vendredi sur une délicate affaire de harcèlement. Caroline Nieberding, professeure de biologie à l’université, se dit victime de violence en raison de son genre et de harcèlement au travail. Elle accuse son employeur, l’UCLouvain, de ne pas avoir pris les mesures adéquates, et même de laisser la situation se détériorer. En agissant de la sorte, selon la plaignante, l’université se rend elle-même coupable de violence et de harcèlement. La procédure en justice a pour objectif que le tribunal constate l’existence des faits reprochés à l’UCLouvain et en ordonne la cessation.

Avant l’intervention de l’auditorat du travail, dont l’avis sur ce dossier était très attendu, ce sont les deux parties qui se sont exprimées. L’avocate de la professeure, Violaine Alonso, a pris la parole en premier, livrant une plaidoirie très incisive. Elle a d’abord évoqué les faits dont sa cliente dit avoir été victime de la part de ses collègues au sein de l’institut ELI (Earth and Life Institute) : dénigrement de son travail, exclusion, remarques sur son physique, harcèlement moral et sexuel, entre autres.

Elle a ensuite détaillé les démarches entreprises depuis deux ans par la professeure Nieberding, au sein de cet institut et de l’université, pour que ces faits soient reconnus et qu’une solution soit trouvée afin qu'elle puisse accomplir son travail dans de bonnes conditions.

Pas de réelle médiation, selon la plaignante

Mais surtout, Violaine Alonso s’est attachée à démontrer que l’UCLouvain, en dépit des obligations qui lui incombent, n’a pas pris les mesures urgentes pourtant préconisées par les différents organes, internes et externes, qui ont reconnu le climat extrêmement tendu régnant au sein de l’institut et confirmé l'existence de certains comportements graves. Malgré les demandes répétées de la plaignante, il n’y aurait pas eu de réelle médiation. Pour l’avocate, l’université semble considérer qu’elle n’a aucune prise sur les faits et dysfonctionnements dénoncés et que c’est la professeure Nieberding elle-même qui est responsable de cette situation.

Comble de l’affaire, Caroline Nieberding est visée depuis le mois de juillet par une procédure disciplinaire "pour propos calomnieux" proférés à l’encontre d’un autre professeur. Dans un courriel adressé à cet enseignant, la plaignante lui reprochait précisément d’avoir eu à son égard un comportement déplacé qui pourrait être qualifié de harcèlement sexuel.

Pas de harcèlement, selon l’université

Lorsque son tour est venu, Carine Doutrelepont, avocate de l’UCLouvain, a d’abord dénoncé des amalgames et des inexactitudes dans le récit de sa consoeur. "Il est faux de dire que l’UCLouvain n’a rien fait", a-t-elle notamment déclaré.

Mais en fin de compte, l’avocate de l’université ne s’est pas tellement attardée sur ce que l’UCLouvain a réellement mis en place. Elle a plutôt tenté de démonter les accusations, en s’en prenant à la plaignante elle-même : Caroline Nieberding serait une femme en mal de reconnaissance, qui n’aurait pas supporté certaines décisions qui lui étaient défavorables.

Pour l’avocate de l’université, la professeure n’est pas exempte de tout reproche dans cette affaire. En entretenant de mauvais rapports avec ses collègues, avec le personnel administratif et technique, et même parfois avec des étudiants, elle serait aussi responsable du climat qui règne au sein de l’institut.

Ce climat conflictuel peut-il néanmoins être considéré comme du harcèlement ? Non, selon Carine Doutrelepont, qui évoque "un ressenti", "une souffrance". Selon elle, la plaignante se présente abusivement comme la victime d’un système alors qu’elle a elle-même infligé des violences à son entourage professionnel. Et porter plainte ne veut pas dire qu’on a raison.

Quant à la procédure disciplinaire, l’université dit respecter le règlement interne et souligne que cette procédure est aussi l’occasion pour la professeure Nieberding de venir s’expliquer sur les accusations qu’elle profère.

Absence de réaction coupable

Les plaidoiries ont duré presque trois heures. Une fois terminées, c’est donc l'auditorat du travail, représenté par le substitut Renaud Dethy, qui a donné son avis sur l'affaire. Et l’UCLouvain en a pris pour son grade.

Indépendamment de la responsabilité de chacun pour les faits et dysfonctionnements constatés au sein du service du professeur Nieberding, l'auditorat estime que l’employeur avait l’obligation de régler cette situation dès le moment où les responsables de l’institut étaient dans l’incapacité de le faire eux-mêmes. Mais l’UCLouvain n’a pas agi, ou pas assez, ce qui constitue bien une forme de harcèlement. Dans son avis, le substitut Dethy a évoqué une absence de réaction coupable qui a porté atteinte à l’intégrité psychique et morale de la plaignante.

Et ce n’est pas tout. Concernant la procédure disciplinaire visant la professeure, l'auditorat a estimé que l’université faisait preuve de partialité. Pourquoi une procédure si rapide, pouvant éventuellement déboucher sur le licenciement de l’intéressée, alors qu'aucune procédure similaire n'a été entamée contre qui que ce soit lorsque Caroline Nieberding a elle-même dénoncé des faits de harcèlement il y a deux ans ? L'auditorat n’a pas trouvé d’explication à cette différence de traitement. Il a donc demandé l'interruption de la procédure.

Le président du tribunal n’est évidemment pas obligé de suivre l’avis de l’auditorat. Peut-être lira-t-il le dossier d’un point de vue plus favorable à l’UCLouvain. Sa décision est attendue pour le 7 octobre au plus tard. Rien n’est donc fait, mais vendredi soir, la plaignante et son avocate ne cachaient pas un certain soulagement.

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