Belgique

Lucky, le chien de confidence qui soutient les victimes

Quand on parle de chiens policiers, on pense aussitôt aux chiens renifleurs ou aux chiens de patrouille. Mais au sein de certaines polices, il existe également des chiens de soutien émotionnel qu'on appelle aussi parfois chiens de confidence. Il y en a trois en Belgique, et l'un d'eux sera même présent aux audiences du procès des attentats de Bruxelles.

Un bureau rien que pour lui

Bienvenue dans le bureau de Lucky, qui se trouve dans les locaux de la police de Bruxelles Capitale Ixelles.
Bienvenue dans le bureau de Lucky, qui se trouve dans les locaux de la police de Bruxelles Capitale Ixelles. © RTBF

A la police de Bruxelles-Capitale Ixelles, il y a un bureau un peu particulier. Sur sa porte, il y a une photo : c'est celle d'un chien. Et un nom : Lucky. Quand on pénètre dans la pièce, on voit un tapis avec des jeux. Tout ça, c'est l'univers de Lucky. Il partage ce bureau avec Emy Maerens, inspectrice à Polbru. C'est elle qui a eu l'idée d'engager ce golden retriever comme chien de confidence. Un travail qu'il accomplit consciencieusement depuis août dernier. Ses tâches principales : rassurer et réconforter les victimes qui s'adressent à la police, faciliter leur déposition ou leur témoignage … Lucky est très réceptif aux émotions, et est doté d'une grande empathie. Par sa présence, par son attitude, il fait comprendre à une personne qu'il est là pour la soutenir.

Lucky bien installé dans son bureau.
Lucky bien installé dans son bureau. © RTBF
Emy Maerens, Inspectrice chez Polbru, et responsable de Lucky.

"Oui, il absorbe vraiment les émotions des gens.", confirme Emy Maerens. "On dirait qu'il ne fait rien, mais aller vers les gens, rester près d'eux, cela les apaise vraiment. Rien que le fait de le toucher et de le voir si calme, cela suffit."

Un vrai travail

Lucky ne travaille pas non-stop. Il n'est présent que lors d'auditions de personnes qui ont vécu un événement traumatisant, enfant ou adulte. Il a déjà participé à une quarantaine d'auditions. Et à chaque fois, la personne entendue est reçue avec égards pour ce qu'elle a vécu. Et s'adresser à un ou une inconnue pour raconter ce par quoi on est passé est loin d'être évident. Le but est de faire en sorte que le témoin, la victime se sente aussi détendu que possible malgré ce qu'il a dû traverser. L'agent qui recueille sa déposition respecte son rythme, ses appréhensions, indique que Lucky est là pour accueillir ses caresses… Et cela fonctionne! Le chien a l'air d'apporter un réel soulagement à une personne qui aurait, sans cela, eu beaucoup plus de difficultés à parler de son histoire.

Lucky en plein travail. Il est aux côtés d'une personne qui fait une déposition et lui fait comprendre, à sa manière, qu'il est présent pour elle.
Lucky en plein travail. Il est aux côtés d'une personne qui fait une déposition et lui fait comprendre, à sa manière, qu'il est présent pour elle. © RTBF

Et Lucky n'est pas que dans son bureau. En septembre dernier, il était là lors de l'audience préliminaire du procès des attentats de Bruxelles, comme le montre le compte Instagram qui lui a été dédié :

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Sara Margoum, victime de l'attentat du métro à la station Maelbeek, évoque avec un sourire ému sa rencontre avec Lucky.

Sur la photo ci-dessus, on aperçoit Sara Margoum, qui a longuement caressé Lucky lors de cette audience. Elle est l'une des victimes de l'attentat à la station de métro Maelbeek : "Quand les accusés sont entrés, là j'ai craqué et je pouvais plus me tenir. Et Lucky était devant moi et je l'ai caressé. C'était la première fois que je sens un… comment je peux vous dire? Un apaisement, mais franchement, qui vient du cœur!", déclare-t-elle avec un sourire ému.

Elle qui avait une phobie des chiens a demandé à ce que Lucky soit présent le jour où elle devra témoigner à la barre. Un chien de confidence dans un tribunal, ce serait une première en Belgique.

Eponge émotionnelle

Ouchi et Rancho aident les victimes lors de procès en France.
Ouchi et Rancho aident les victimes lors de procès en France. © Tous droits réservés

En France, en revanche, la présence d'un ou même de deux chiens lors d'un procès est plus courante. On l'a vu dernièrement lors du procès d'une conductrice d'un autocar scolaire : des enfants sont venus témoigner, des parents de victimes aussi. Ouchi et Rancho leur ont été d'un grand secours.

Sylvain Sede, père d'une victime, dans le cadre d'un procès d'une conductrice de car scolaire.

Le père d'une victime raconte : "Le fait d'aller le voir, le fait de le caresser, ça m'a libéré l'esprit et ça m'a permis de passer à autre chose. Et je me suis focalisé sur le chien et j'ai fait abstraction du reste."

Les chiens comme Lucky sont de véritables éponges émotionnelles. Alors ils ont besoin eux aussi de décompresser après avoir aidé des personnes à témoigner. C'est pourquoi il est indispensable de veiller sur eux, de jouer avec eux, de les promener régulièrement.

Le jeu et la promenade, des activités essentielles au bien-être des chiens de confidence.
Emy Maerens, inspectrice de la police de Bruxelles.

"Je vois la différence les jours où il n'y a pas d'audition.", explique Emy Maerens. "Il est beaucoup plus actif au bureau, vient apporter ses jouets, etc. Mais quand il y a une audition, après on retourne au bureau et là il se couche et il dort. Donc je pense que lui, effectivement, dans ces moments-là, il emmagasine beaucoup."

Lucky est un collaborateur précieux dont il faut donc prendre bien soin. Nous le reverrons bientôt lors du procès des attentats de Bruxelles, dont les débats démarreront le 5 décembre.

© RTBF

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