Sous couverture

Lucas Belvaux : Les Tourmentés, un premier roman percutant

Lucas Belvaux entouré de Thierry Bellefroid et de Lucile Poulain dans Sous Couverture
16 sept. 2022 à 13:35 - mise à jour 19 sept. 2022 à 13:32Temps de lecture3 min
Par Sous Couverture

Pour la deuxième émission de cette saison, Thierry Bellefroid et Lucile Poulain reçoivent le cinéaste belge, Lucas Belvaux, venu leur présenter son premier roman Les Tourmentés paru aux éditions Alma.

"Les Tourmentés" de Lucas Belvaux aux éditions Alma

Un roman sous tension qui met en scène un trio diabolique. D'un coté, Skender, un ancien légionnaire clochardisé qui ne voit plus son ex-femme ni ses enfants,

De l'autre, Max, ancien légionnaire également. C'est comme ça que les deux hommes se sont rencontrés, Max était le sergent et le frère d'armes de Skender. Il s'est reconverti comme homme à tout faire au service de Madame qui vit des rentes de son défunt mari.

Madame aime l'art et la chasse. Elle a tué quasi tous les gibiers du monde. La seule chose qu'elle n'ait pas encore tuer, c'est un homme !

A Max, de trouver l'homme qui acceptera de tenir le rôle du gibier dans une ultime chasse à l'homme. Il pense alors à Skender et lui propose un contrat en bonne et due forme de trois millions de dollars pour qu'il accepte d'être la cible traquée par Madame dans une réserve montagneuse de quinze mille hectares, au nord de la Roumanie.

Le livre raconte comment le trio se prépare à cette traque prévue six mois plus tard et analyse les sentiments, les peurs, les questionnements de chacun des protagonistes.

Un intrigue inattendue pour un premier pas dans la littérature!

Lucas Belvaux venait de terminer l'adaptation au cinéma du roman de Laurent Mauvignier Des hommes quand il s'est lancé dans ce projet d'écriture. Une envie d'écrire mais aussi une envie de laisser libre cours à son imagination sans les contraintes d'un scénario. Alors pourquoi pas un roman ? Son dernier film Des hommes mettait en scène un Gérard Depardieu en vétéran traumatisé par la guerre d'Algérie. Faut croire que l'humanité décalée de ces combattants qui ont coudoyé la mort de près, a profondément marqué Lucas Belvaux pour qu'il l'aborde à nouveau dans son livre. Livre où se côtoient également les sujets que l'on retrouve dans son cinéma : les questions de justice et de morale, la notion de vérité souvent fluctuante au gré des regards, les différences de classe, la violence.

Un acteur et un réalisateur engagé

Le cinéma, Lucas Belvaux le découvre à l'adolescence. Son père, directeur d'un pensionnat à Philippeville, programme un film par semaine pour les internes. Rapidement, le jeune Lucas se rêve devant les caméras. A tel point qu'à 18 ans, il fugue pour aller tenter sa chance à Paris. Deux ans plus tard, il se retrouve dans la peau  d'un soldat antimilitariste dans le "Allons z’enfants" d’Yves Boisset. Sa justesse et sa spontanéité séduisent deux ans plus tard Chabrol qui lui confie un rôle dans Poulet au vinaigre en 1982. Il fera également le premier film d'Olivier Assayas Désordre en 1986.  Une dizaine d'années plus tard avec à son actif, près d'une vingtaine de rôles, il se tourne vers la réalisation, influencé peut-être par son frère Remy qui vient de coréaliser le mythique C'est arrivé près de chez nous.

Au début des années 2000, il fait le pari fou de réaliser trois films en même temps Un couple épatant, Cavale et Après la vie. Trois genres différents où les rôles secondaires de l’un deviennent les protagonistes de l’autre. Le mélange de comédie et de drame séduit les festivaliers mais pas encore les spectateurs dans les salles. Lucas Belvaux reprend le thème de la responsabilité individuelle dans La raison du plus faible qui réussit à mélanger le social et l'humour.

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Des films qui poussent à la réflexion

Le réalisateur excelle dans l'observation des destins humains et la manière dont ils entrent parfois en collision avec une histoire qui les dépasse... C'est le cas à nouveau dans Rapt où il s'inspire de l'affaire du Baron Empain, film qui lui permet de traiter de sujets tels que les jeux du pouvoir, du grand capital, l'instinct de survie.

Avec 38 témoins, il pose la question de la responsabilité collective en reprenant un fait divers américain des années 60, où aucun voisin n’avait cru bon d’alerter la police en étant témoin d’un meurtre. Dans Chez nous, il s'interroge sur les mécanismes de séduction qu'utilise le populisme pour amener les gens à voter extrême droite. Si tous les films de Lucas Belvaux repose sur un fond moral, on est bien loin de la pensée simpliste :

Je fais des films pour transmettre et pour provoquer la réflexion et la discussion, et je sais que le cinéma doit se tenir toujours en deçà de la réalité, en raison notamment de l'effet de condensation produit par le film."

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Les tourmentés, le premier roman de ce réalisateur engagé ne manquera probablement pas de susciter à nouveau de riches débats. Pour vous en faire une idée, rendez vous ce dimanche 18 septembre à 23h sur La Trois dans Sous Couverture

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