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Economie

Luc Coene (BNB): "Caterpillar? La faute au coût salarial"

Luc Coene (BNB): "Caterpillar? La faute au coût salarial"
02 mars 2013 à 11:30 - mise à jour 02 mars 2013 à 12:334 min
Par Julien Vlassenbroeck

Caterpillar? "Nous sommes le pays où il y a le moins de gens qui travaillent et le coût salarial horaire le plus élevé: il doit bien y avoir un lien entre les deux. Nous avons le coût salarial horaire le plus élevé de tous les pays. Quand vous regardez les charges fiscales et les charges en terme de cotisation de sécurité sociale, on dépasse de très loin, tous les pays de la Zone euro. On est vraiment le pays qui a la charge sur le facteur travail la plus élevée". Sa solution? Coene ne plaide pas pour qu'on touche aux salaires nets - "au niveau net, on est encore légèrement au-dessus (des autres pays) mais disons que c'est nettement dramatique que quand on regarde le salaire brut" - mais pour une action visant à réduire la charge sur le travail par le biais d'une réforme fiscale, par réduction des charges fiscales et parafiscales sur le salaire, à compenser ailleurs. Où ailleurs? Des idées? "II y a une inspiration à trouver. Mais ce n'est pas à la Banque nationale de trancher, c'est un choix politique".

Coene le reconnaît: la modération salariale décidée par le gouvernement est déjà une bonne chose - il salue vivement la réforme de l'indice -, mais constate que comme on fait la même chose dans les pays limitrophes, l'effet est réduit. Par contre, souligne-t-il, l'indexation des salaires , "elle n'existe que chez nous". A supprimer, l'indexation? Le gouverneur renvoie d'abord à l'étude réalisée par la Banque, approuvée par tout son comité de direction (qui comprend toutes les couleurs politiques) et son conseil de régence (à deux exceptions près). "Nous n'avons pas recommandé l'abolition, mais suggéré des pistes de réforme". La Belgique n'a-t-elle déjà pas pris une série de mesures ? "Pas mal de réformes prises en 2012 vont dans le bon sens, le rapport de la Banque le souligne. Mais notre conviction est que ce n'est pas suffisant. Nous n'arriverons jamais à atteindre les objectifs fixés en terme de taux d'emploi et de déficit public, avec les mesures prises jusque maintenant".

Alors quoi, l'indexation on la supprime? "Si on veut se donner toutes les chances et tout mettre sur le rétablissement de la compétitivité, c'est le plus simple", finit par reconnaître le gouverneur. Les sauts d'index, le gouverneur est pour? "Cela s'est déjà vu à la fin des années 70, dans une situation semblable. ce pourrait être une solution". Et le gouverneur d'insister sur le contrôle des coûts énergétiques. "La compétitivité est une matière très large qui concerne les coûts salariaux, l'énergie mais aussi l'innovation, la recherche".

"Relâcher l'effort budgétaire: la Belgique ne peut clairement pas se le permettre"

Dans une crise comme celle que nous traversons, ne serait-il pas urgent de pouvoir, notamment en Belgique, alléger les objectifs de réduction budgétaire imposés par l'Europe? C'est ce que demandent les socialistes francophones, comme Laurette Onkelinx?

Pour le gouverneur, c'est non, ce serait d'ailleurs pour lui une fuite de responsabilités pour la génération au pouvoir. "Il faut voir dans quelle situation nous vivons. En Europe, aux Etats Unis et au Japon, la dette publique est très élevée. Nous avons un niveau de dette publique jamais connu en temps de paix. Croire qu'on va aller mieux en augmentant la dette, je n'y crois pas! Cette dette a servi un niveau de consommation un peu excessif et pas du tout l'investissement".

Mais une exception n'est-elle pas possible pour la Belgique? C'est non. "Il y a des pays qui peuvent se le permettre. Nous ne sommes clairement pas de ceux là. Relâcher l'effort, remettre à demain en trouvant une autre excuse, c'est porter une charge sur les générations futures. Nous sommes responsables de cet endettement lourd pour financer de la consommation, c'est à nous de mettre les bases pour que la prochaine génération  ne porte pas cela".

Onkelinx l'agace? "La Banque centrale fait des recommandations. Nous ne sommes pas élus. La classe politique a, elle ,une autre responsabilité". Mais le système politique belge, les coalitions obligées ne rendent elles pas les réformes impossible? "Cela rend les prises de décisions plus complexes, plus difficiles mais le système politique belge ne les empêche pas".  Qu'est-ce qui manque, le courage? Il en faudrait plus? "Oui absolument". Vous trouvez qu'on manque de courage aujourd'hui ? "Non mais il faut bien constater qu'entre le Nord et le Sud du pays, il y a quand même des points de vue relativement différents à cet égard, il y a donc à voir comment faire la synthèse de ces deux et ce n'est pas évident, et ça, je comprends".

"Le populisme inquiète tout le monde"

Le gouverneur ne craint-il pas le populisme qui va résulter de ce maintien de l'austérité? Comme c'est le cas en Italie où le rejet du politique et de l'Europe est patent. "Le populisme inquiète tout le monde. mais je ne suis pas convaincu qu'en Italie, les résultats marquent le rejet de l'Europe. mais je sors de mon rôle".  

La N-VA, incontournable en 2014? "Cela dépend de ce que le gouvernement va faire"

La N-VA est-elle fatalement au bout du chemin belge en 2014? Les élections arrivent et traditionnellement, le gouvernement ne devrait plus avoir que 4 ou 5 mois de travail utile? "Ce serait une mauvaise chose, cela prouverait à certains partis politiques que cela ne fonctionne plus". 

Béatrice Delvaux

Le grand oral - Luc Coene

samedi 2 mars 2013

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